[Point Programme] Le chômage pour tous !


#41

Quantifions un peu :

  • 1848: la durée maximale de la journée de travail est fixée à 12 heures. La durée hebdomadaire est donc de 84 heures.
  • 1900 : la journée de travail est ramenée à 10 heures dans l’industrie, soit 70 heures par semaine.
  • 1906 : la loi institue pour la première fois un jour de repos hebdomadaire obligatoire, le dimanche, soit 60 heurse.
  • 1919 : la durée légale du travail est fixée à 8 heures par jour à raison de 6 jours par semaine, soit 48 heures hebdomadaire.
  • 1936 : le gouvernement du Front populaire ramène la durée hebdomadaire du travail à 40 heures et accorde deux semaines de congés payés.
  • 1982 : la durée légale du travail passe à 39 heures par semaine, sans perte de salaire, et la cinquième semaine de congés payés est étendue. L’âge de la retraite est abaissé à 60 ans.
  • 2002 : passage aux 35 heures pour les entreprises de moins de 20 salariés

On est passé de 84h à 35h, 5 semaines de congé payés, retraite entre 60 et 65 ans. On parle au moins d’une réduction par trois.

J’évoquais la semaine de 4 jours pour continuer sur cette baisse.

L’emploi disparaît, parler d’altération c’est ne pas l’accepter.
Et il faut vraiment faire la différence entre emploi et travail (le temps de travail est le temps légal consacré par un employé à son employeur)


#42

Attention, en 1848 une large partie de la population ne travaillait pas, et notamment toutes les femmes qui n’en avaient pas l’absolue nécessité. Il y avait aussi un reste de société féodale, avec des classes oisives reconnues, davantage qu’aujourd’hui où même les héritiers ont une occupation officielle… Les structures sont très différentes, je ne sais pas si une véritable comparaison est aujourd’hui possible.

Après, c’est clair que ce que nous appelons travail aujourd’hui (promener toute la journée ses doigts sur un clavier) fait bien rire mon beau-père qui a été maçon toute sa vie. Mais justement, c’est une mutation, avec toujours plus de dématérialisation, pas une disparition.


#43

On ne peut pas dire que les femmes ne travaillaient pas. Les femmes ont presque toujours travaillé (pour moins cher) soit dans des boulots régulier genre à la mine comme dans germinal, soit des petits boulots, soit pour du travail non payé (garde des enfants, couture, agriculture…). Les femmes bourgeoises qui ne faisait presque rien étaient assez minoritaires. La quantité de travail totale (en temps, pénibilité et en énergie) s’est effondrée depuis la mécanisation/automatisation. C’est pas plus mal, mais il faut clairement s’occuper du problème de la répartition du coup.

Et sinon, il ne faut pas croire que la production de services est non polluante (certes moins que l’industrie manufacturière) et que nous pouvons consommer une quantité infinie de services (on ne vit que 24 heures par jours).


#44

ah ? et les enfants qui travaillaient, et le retraite tu oublies ?

On passe de 7j/7 à 5j/7, on a des CP, une réduction légale du temps de travail, et tu parles de simple mutation ? Je parle personnellement de raréfaction.

“Oh désolé l’emploi mute mais en attendant on va vous culpabiliser”
“Je suis pour un retour du plein-emploi” - “comment ?” - “Je suis pour un retour du plein-emploi”

C’est un peu le discourt actuel.

Et c’est sans compter tous les emplois inutiles créés par des bureaucraties qui ont soit envie de survivre soit ordre d’employer - oui je vous regarde CAF et Administration Fiscale, oui le RdB et l’impôt à la source vous “menace”.
Et je ne vise pas précisément la fonction publique. Chez Airbus, par exemple, ils pourraient facilement dégraisser et pas seulement chez les sous-qualifiés, le nombre d’outils “informatique” qui tournent sur du matos obsolète irremplaçable parce qu’il y a une obstruction au changement (passer de 3j pour une tâche à 10mn, je sais j’ai bossé sur une telle optimisation) afin de conserver habitude et poste, avec aussi des jeux de politique interne quand il est plus facile d’avoir du poids quand tu as plein de personnels sous tes ordres. Voire la demande de subvention avec une menace au chômage envers l’Etat.

Bref, les gens qui ont un emploi travaillent trop, et on culpabilise les chômeurs. Le seul avantage est pour le “patronat” qui peut tirer les salaires vers le bas en sortant la menace du chômage et de la honte sociale.


#45

Les jeunes filles, en général, travaillaient, mais une fois mariée elles s’occupaient de l’espace domestique, un travail certes, mais qui n’est pas reconnu comme tel par les économistes (des féministes parlent d’ailleurs d’une sorte d’esclavagisme), et qui a été (en partie !!) libéré par la robotisation (sweet machine à laver :heart:) ou par la développement des services (les crèches par exemple). Les femmes qui travaillaient le faisaient soit avec leur mari (commerçants, paysans…), soit parce que miséreux (les ouvriers dont tu parles). Les bourgeoises non seulement ne travaillaient pas, mais avaient du personnel de maison pour ce genre de tâche, c’est encore autre chose.

Mais on s’éloigne, on s’éparpille, et c’est un domaine beaucoup trop vaste pour être traité dans un post ! Ce que je voulais souligner par cet exemple, c’est que le calcul est vraiment complexe, et qu’on ne peut le ramener à l’évolution du contrat de travail tel qu’il nait en 1848, parce qu’il concerne alors juste une partie de la population, et que si la classe ouvrière pèse encore lourd dans l’imaginaire collectif, elle n’est plus représentative du travailleur actuel.

Perso je trouve plus intéressant d’anticiper et d’accompagner les nouveaux modèles (freelance & Cie) pour faciliter la transition. Ne pas dire aux gens, “tu perds ton boulot t’es une merde”, mais “tu perds ton boulot, cool, on va te donner les moyens de te réaliser toi, de voir ce que tu as d’original à apporter à la société”.

Le temps de travail diminue sans doute, tu as raison, il s’éparpille aussi, se difracte, se cache parfois sous un post FB, ou dans une formation… On ne travaille tellement plus de la même façon ! Juste, je ne crois pas à l’annonce de sa disparition. Le monde entièrement automatisé et autorégulé est il me semble un sujet de SF (tendance dystopie).


#46

Je vais faire court. On ne parle pas de la disparition du travail mais de l’emploi.


#47

D ailleurs en passant moi jpost ca jdis rien :x


#48

Il me semble que justement, en France, Crédit Mutuel s’est acheté une instance de Watson et demande a ses personnels à le nourrir sur les rendez-vous client.

Voilà voilà :smiley:


#49

J’arrive en cours de conversation, et je vois qu’il y a déja beaucoup de réflexions et documentation sur la question du revenu universel, mais rien sur le “salaire à vie”, qui a été notamment théorisé par Bernard Friot, et qui s’oppose radicalement à la définition amoindrie du revenu pour tous à 700 euros. Il y a cette vidéo vraiment très bien faite et passionnante, qui questionne notre vision du travail et de la société capitaliste :

:slight_smile:


#50

Sauf que le salaire à vie, j’en veux vraiment pas.

Oui le RdB est un peu capitaliste, mais dans la vie il FAUT des entrepreneurs.
Oui le SaV est franchement communiste, et seuls ceux qui arriveront à passer des échelons auront de la valeur (et ça veut pas dire que ce sera utile à la société).

Ce n’est pas parce qu’on est pour le RdB qu’on est contre le commun, mais le SaV c’est la base.

Si le RdB est pour certains une utopie, je n’ose même pas parlé du SaV au niveau de la faisabilité à court terme.

Et pour en finir, en l’état, le Parti Pirate a choisi le Revenu de Base


#51

C’est vrai que ça relève de l’utopie, et oui ça questionne plus largement encore notre modèle économique !

Je trouve simplement que la réflexion mérite d’être posée.

Et je ne pense pas que le salaire à vie rejette les entrepreneurs, mais plutôt l’actionnariat à tout prix. L’idée c’est de valoriser le ré-investissement et la capacité d’auto-investir justement, plutôt que de dépendre de gros actionnaires qui concentrent les richesses (qu’ils n’ont pas produites eux mêmes…).

Ensuite, tout dépend de quel Revenu de base on parle, évidemment. (si c’est qui implique de ne plus verser aucune côtisation sociale et de se contenter de 700 euros pour vivre…)


#52

L’argumentaire du SaV pour rejeter le RdB, toujours le même. Je ne dis pas que c’est risible, je dis juste que ce n’est pas une discussion.

Personnellement je suis à l’origine physicien, et en physique on aime bien les différences de potentiel pour faire des moteurs. Et je pense, comme la plupart des philosophes des siècles derniers que les comportements (de masse) et la physique sont des modèles équivalents. Le SaV gomme, pour moi, les différences entre les gens et par le même coup l’envie d’entreprendre. Ce qu’autorise le RdB.

Ceci n’est pas un problème du capitalisme, on n’en fait pas aujourd’hui, mais du protectionnisme, des lobbies et de l’interventionnisme ciblé dans le néolibéralisme (deux mots différents, il y a donc deux sens différents). Les gros s’enrichissent simplement parce que les états le permettent et qu’ils préfèrent (on se demande pourquoi) se faire concurrence sur la partie fiscale plutôt que de limiter les choses. Tu veux stopper l’enrichissement, favoriser l’investissement : impôts sur la succession, impôts progressif, taxe Tobin…

Les communs posent “problème” parce qu’ils sont justement un symptôme du néolibéralisme, où l’Etat fait souvent les investissement et le privé par le biais de la gestion - qu’il a obtenu en “charmant” le politique - en retire les bénéfices.


#53

Désolée alors si ce n’est pas une discussion… Je suis nouvellement pirate et je trouve ça un peu dommage de fermer le sujet ! Toute réflexion me semble intéressante là-dessus.

Pour le reste, je ne partage pas cette vision où l’on entreprendrait uniquement en étant motivé par l’argent ou les inégalités (ou les “différences”). Mais on peut “agree to disagree” !

Pour ce qui est des taxes, on est d’accord, c’est un autre moyen de stopper l’enrichissement.


#54

C’est pas ce que j’ai dit. J’ai dit :

Ce que je voulais dire c’est que cet argumentaire du SaV n’ouvre pas à la discussion, tant il moque le RdB sur quelque chose qui factuellement est à décider.

En revanche, le Parti Pirate a statué, il est vrai, qu’il soutenait le concept de Revenu de Base, dans le sens “revenu d’existence” et non dans la forme “libérale”. Ce qui pour une part ferme un peu la discussion.

Je ne crois pas à l’hyperamour de son prochain, chez tous. Il y a peut-être des gens qui fonctionnent comme ça, mais croire que chacun peut vivre comme ça, je ne le crois sincèrement pas. Nous sommes des êtres uniques, dans le sens ou malgré nos similitudes nous sommes différents. De ce fait nous voulons différentes choses. Je ne dis pas que la course à l’argent ou au pouvoir soit louables, je dis juste qu’il y a des gens qui fonctionnent comme ça et beaucoup plus que tu ne le crois (sinon pourquoi cette course à la plus grosse voiture ?).

Bref, le travail sur les communs n’est pas le seul apanage du Salaire à vie, et je ne suis pas convaincu que le communisme (qui ne se sent plus depuis la ré-apparition du termes “communs’”) soit fondamentalement mieux que le capitalisme (quand l’univers sera mort c’est qu’il sera à l’équilibre …)


#55

Au temps pour moi, j’avais mal interprété le “ce n’est pas une discussion” du coup.
Mais oui en effet il a statué ! Après c’est toujours intéressant de confronter les points de vue, ne serait-ce que d’un point de vue personnel, malgré la ligne définie.


#56

Bon, je n’ai pas trop le temps d’approfondir, les experts du Salaire à Vie râleront peut-être, mais bon …

J’aimerais simplement donner mon point de vue sur deux ou trois bases du salaire à vie :

La qualification

C’est un truc hyper important dans le Salaire à Vie, c’est ce qui permet de définir ton salaire (tu es salarié niveau 1/2/3/4). On peut rajoute des critères compatibles avec se salaire à vie (ancienneté dans le niveau par exemple) voir faire des sous-niveaux. Pour un lecteur de convention collective, rien de neuf (ce qui n’est pas une critique !) MAIS … Complétement déconnecté de la réalité de la majorité des Français pour moi.
Pour exemple, ma “qualification” n’a rien (mais alors vraiment rien) avoir avec mon travail réel. J’ai un salaire bien supérieur au minimum de ma “qualification” et cela même avec les critères d’ancienneté. Car c’est tout simplement un outil qui n’est pas utilisé dans une TPE.

Autre exemple : je connais des patrons, des entrepreneurs qui n’ont même pas le Bac comme qualification. Cela ne les empêche pas de gérer plusieurs salariés et d’avoir une entreprise viable sur le long terme. Sans “qualification” :slight_smile:

Le méchant patron
Si on regarde la vidéo de présentation sur le réseau salariat, on remarque tout de suite un retour à la lutte des classes (pourquoi pas encore une fois). On indique donc que le patron est un méchant capitaliste qui veut s’accaparer le plus de pouvoir possible (délocalisation, baisse de salaire, menace à l’emploi) alors que le gentil salarié/Fonctionnaire/indépendant lui est un travailleur que l’on prive de son travail.
On indique juste que, ouf, on aura plus de démarche et de gestion du salaire pour les entreprises avec le SàV (on ne va pas le cacher, on ne fait pas vraiment d’économie sur le sujet).

Cette vision oblitère deux choses :

  • L’investissement personnel du “patron”. Un résumé : “tu veux 150.000 € pour ta boite, bah on va mettre sous hypothèque ta maison et on place ta femme caution, Bisous.”
  • Cette prise de risque se doit d’être rémunérée, c’est logique.
  • Cette prise de risque ne coute quasiment rien à la société (si tu te plantes, bah c’est pour toi)
  • Le fait que certains métiers vont de pair avec la propriété ou sont très liés à la vie
  • Que l’on parle de production agricole, d’hostellerie/restauration, d’électricien ou de plombier, tous ont des besoins matériels (atelier, outil) souvent totalement fondus avec le logement
  • L’implication en terme de temps de ses artisans (Temps de travail dans l’hostellerie entre 60 et 80 H par semaines, pas loin de la même chose en tant que chauffagiste). On parle aussi de “coupé” (6H-14H puis 18H-23H)

Je doute sérieusement que la caisse d’investissement se charge de la rénovation d’une chambre ou du changement de rayonnage d’un buraliste ou d’un boulanger.

Mais alors, rien à en tirer ?
Pour moi, le réseau-salariat et la notion de SàV ont le bon sens de remettre en avant la cotisation. De remettre en avant la redistribution gérée par le producteur (le salarié).

Alors oui, je suis pour que l’on arrête avec la gestion paritaire des caisses de cotisation. Oui je suis pour que l’on contrôle la partie “profit” du PIB. Mais je suis aussi pour une certaine liberté d’entreprendre de créer (OU PAS) des choses.
Je suis pour un RDB qui libère, on est d’accord, je suis pour un RDB qui protège (aussi !) et qui simplifie le système.

Le Parti Pirate marche sur deux pieds, une gestion des communs sérieuse (faisons mourir ses DSP ou reprenons-en la maitrise, assurons-nous que tout le monde profite de ses communs) et un revenu de base.
Et on laisse les gens faire leurs choix, tout au long de la vie.

Je trouve le Salaire à Vie “enfermant” (je n’ai pas trouvé de meilleur terme)


#57

Très intéressante ta vidéo, merci @margothemmerich !

Je suis aussi plutôt allergique au communisme, et je ne trouve vraiment pas que le système fonctionnaire soit un modèle épanouissant, au contraire !! Mais la façon de reconsidérer les coûts du privé VS coûts du public porte à réfléchir, et je suis contente qu’il parle de l’invisibilité du travail domestique qui est en effet une donne majeure, et presque toujous oubliée. Bref, y a du grain à moudre, et ça secoue les certitudes, c’est chouette. Et puis je suis colloque avec Friot en mars, voilà de quoi animer la discussion au repas :slight_smile:


#58

Le Salaire à vie n’est pas communiste, mais c’est certes une mesure socialiste. Le communisme, c’est collectiviser les moyens de production (usines, services et autres entreprises), tandis que le salaire à vie “collectivise les salariés”.
Et sinon, non, un entrepreneur n’est pas forcé de risquer son propre capital, il peut créer une société à responsabilité limitée et emprunter de l’argent à la banque (qui prête si elle estime le projet viable).

Le problème du salaire à vie payé en fonction de la qualification, c’est que c’est fait pour rendre les études attractives, mais ça règle pas vraiment le problème de la reproduction sociale et ça peut être injuste comme le dit @npetitdemange . Ce qui serait mieux, à mon avis, c’est être payé pendant les études.


#59

[quote=“daniel.r, post:58, topic:145, full:true”]
Le Salaire à vie n’est pas communiste, mais c’est certes une mesure socialiste. Le communisme, c’est collectiviser les moyens de production (usines, services et autres entreprises), tandis que le salaire à vie “collectivise les salariés”.[/quote]

Le réseau salariat met quand même en avant la récupération par les salariés des outils de production via un “droit d’usage”, même si ce n’est pas clair pour moi dans leur présentation …

[quote=“daniel.r, post:58, topic:145, full:true”]
Et sinon, non, un entrepreneur n’est pas forcé de risquer son propre capital, il peut créer une société à responsabilité limitée et emprunter de l’argent à la banque (qui prête si elle estime le projet viable).[/quote]

Une banque ne prend jamais de vrai gros risque (c’est pour cela que je trouve illogique qu’elle récupère une rémunération sur les prêts qu’elle donne).
Une banque refusera de prêter sans une couverture du risque (caution, expérience, hypothèque).


#60

De ce que j’ai compris dans la vidéo, la “qualification” n’était pas vraiment liée aux études (qui sont déjà attractives !) mais à l’utilité effective dans la société… (là aussi, à voir, parce que dans la vraie vie de prof, celui qui se retrouve avec les palmes académiques est celui qui prend le temps de faire des ronds de jambes, pas celui qui se démène pour ses élèves !)