Vers une éthique


#1

Au fil des différentes discussions ici et se creuse au final la question du pouvoir et des rapports de domination.

Sur le plan politique, le PP cherche à défendre certaines idées sur la base d’une réflexion qui remet en cause l’exercice d’une domination sur autrui. Il faudrait certainement encore retravailler certains points de programmes qui restent un peu faible à cet égard et qui sous couvert de liberté sont vecteurs de violence. Mais ce sera un autre sujet, de fond et un autre jour.

Dans la pratique et la vie du parti, il est frappant de constater que les rapports de domination s’exercent de manière très brutale. On finit par observer à ce titre un glissement des fins vers les moyens dans les discours du PP. Dernièrement, nous ne parlons plus premièrement que des techniques. Mais les techniques ne sont que les outils de l’exercice d’un pouvoir. Or, on néglige de dire et de penser que le pouvoir s’exerce nécessairement sur quelqu’un. Et l’exercice du pouvoir, qu’il soit le fait d’une personne seule, d’une majorité ou d’une minorité, est exécrable en ce qu’il produit des rapports de subordination.

A partir du moment, où quelqu’un se trouve détenteur d’un pouvoir « d’agir sur », il est nécessaire de penser la manière dont s’exerce un contre-pouvoir (notion de check and balance chère au monde anglo-saxon). Dans les statuts, me fera-t-on remarquer, existent des voies de recours. Le point se trouve dans le fait que ces statuts n’empêchent apparemment pas les problèmes passés de demeurer ni les problèmes présents de perdurer. Ce n’est pas du côté de la Technique, qu’elle soit informatique ou juridique, que se trouvent les solutions puisque comme brièvement évoqué dans le paragraphe précédent, la technique a pour but premier de créer des moyens. Et les moyens sont par définition ce qui permet d’exercer une « puissance sur… ». Il semble nécessaire alors d’explorer d’autres pistes et notamment celles de l’éthique. Et j’aimerai plaider ici, pour reprendre un terme propre à Ellul, pour une « éthique de la non-puissance » au sein du Parti Pirate.

Les anarchies comportent un panel de sensibilités différentes, mais la remise en question du pouvoir et se son exercice sont une constante que l’on retrouve dans tous les courants. Je parle ici du pouvoir en général et non seulement du pouvoir exercé par un Etat. Comme déjà évoqué plus haut, il peut être exercé par une personne seule, une majorité ou une minorité et conduit à des rapports de subordination. Une éthique de la non-puissance refuse l’exercice du pouvoir sur autrui. Attention, il ne s’agit pas ici d’une éthique de l’impuissance. On ne refuse pas le pouvoir car on se trouve en situation de faiblesse, mais, bien qu’étant en position de force, on continue de refuser l’exercice d’un pouvoir sur autrui. Cette notion implique celle de non-violence mais se trouve avoir une implication plus profonde sur les rapports humains mais aussi sur les rapports politiques. Il s’agit de ne plus de chercher à conduire, manipuler ou transformer autrui.


#2

C’est bien ce que je suis venu chercher ici, et j’ai un peu l’impression - sans avoir suivi les disputes, je zappe dès que je vois ce genre de discussions - que ça se reproduit même dans des organisations qui se veulent plus horizontales.
J’ai vu, et c’est un comble, des égo’s rugir dans des organisations anarchistes :unamused:
Pour traduire la philosophie d’Antigone, si je puis me permettre, et c’est le principe que je me fixe ; je refuse que l’on exerce sur moi un quelconque pouvoir alors je n’en exerce aucun sur les autres. Parce que plus les autres seront libres, plus grande sera ma liberté (Bakounine).
Ceci étant dit, cela n’empêche en rien les débats passionnés et passionants :wink:


#3

Je commencerai, avant d’attaquer l’argumentation, par poser plusieurs définitions (Larousse) :

  • Ethique : Ensemble des principes moraux qui sont à la base de la conduite de quelqu’un.
  • Morale : Qui concerne les règles de conduite pratiquées dans une société, en particulier par rapport aux concepts de bien et de mal
  • Domination : Action de dominer, d’exercer son autorité ou son influence sur le plan politique, moral, etc. ; autorité, empire
  • Techniques : Manière de faire pour obtenir un résultat / Ensemble de procédés et de moyens pratiques propres à une activité

Maintenant le fond :

Existe-t-il un rapport de domination au sein du Parti Pirate ?
Oui, fatalement à partir du moment où l’on confie à un groupe d’individus un ensemble de prérogative, ils ont une autorité à exercer dans ce domaine.

Est-ce que ce rapport est brutal ?
Tout dépend du ressenti de chacun et affirmer positivement qu’il l’est, comme un constat général et objectif, est un sophisme.

Est-ce qu’on assiste à un glissement des fins vers les moyens ?
Non, car l’un de va pas s’en l’autre. Nos fins en tant que parti politique sont assez identifiables et identifiées : concourir aux élections, réformer la structure politique et sociale. Les moyens sont également visibles : émettre des propositions de réformes.

Est-ce que nous parlons uniquement de techniques ?
Non et affirmer le contraire est mensonger. Sur Discourse ? Peut-être, mais uniquement parce que certains lancent le sujet et donc s’il y a quelqu’un à blâmer ce sont les Pirates qui dans leur autonomie souhaite aborder le sujet.

Les techniques sont-ils un outils de l’exercice du pouvoir ?
Non, un outil est factuellement neutre. C’est son interaction avec l’individu qui va le transformer en un outil de pouvoirs. Donc, il appartient aux individus de se saisir des outils et des techniques pour s’opposer à l’autorité qu’ils estiment subir.

Est-ce qu’ils existent, au PP, un rapport de subordination entre les détenteurs de compétences extraordinaires et le reste des adhérents ?
Oui mais ce rapport n’est pas celui que l’on croit. En effet, les détenteurs de pouvoirs extraordinaires sont au service des adhérents. Donc, ils acceptent, en rentrant dans un Conseil, une équipe de se soumettre à l’Assemblée permanente. En échange de cette subordination, ils bénéficient de compétences supplémentaires pour servir leurs maîtres, si vous me permettez la figure de style.

Existe-t-il des contre-pouvoirs au Parti Pirate ?
Oui et oui. Ces contre pouvoirs sont de deux natures :

  • Le recours en conformité, un grand classique du check and balance du monde anglo-saxons : toutes les décisions prises par un Conseil ou autre peuvent être contestée au regard des normes mises en place par la collectivité.
  • La révocation, un autre classique du check and balance : la personne qui n’est pas respectueuse du cadre de son mandat est débarquée manu militari par une décision collective.

Mais, ce qu’il faut comprendre c’est que ces contre-pouvoirs sont par essence des rapports de domination. Ils sont brutaux comme la révocation. Le rapport est à double tranchant car, selon le résultat, il s’exercera dans un sens où dans l’autre. Néanmoins, l’acceptation du mécanisme comme garde fou implique une acceptation de ce rapport de domination : la personne révoquée accepte la domination de la majorité contre lui, les personnes qui échouent à convaincre acceptent la domination de la majorité contre eux. Le refus d’accepter cet état de fait, revient à refuser d’accepter le cadre collectif qui a été posée par la majorité (encore un rapport de force).

Les statuts sont-ils une solution aux problèmes présents et à venir ?
Non et ce n’est pas leur rôle car les conflits sont la conséquence des relations interpersonnelles des acteurs qui évoluent dans le cadre de la structure statutaire. La philosophie utilitariste dirait que pour purger les tensions internes, il faut purger les individus qui en sont la source (sans distinction).

Faut-il une éthique de la non puissance ?
Pour moi la réponse est non, car cela est hypocrite en politique. Par son action même, la politique est un rapport de force. Après, il appartient à chacun de faire en sorte qu’il soit le plus égalitaire possible. Mais, in fine, la puissance s’exprimera au travers de la prise de décision par vote : la majorité exercera sa puissance contre la minorité. Cet situation entraînera forcement une la mise en place d’une conduite, d’un manipulation ou d’une transformation sur autrui. La décision prise s’imposera à lui même s’il n’y est pas favorable.
Or, renoncer à l’acceptation de ce rapport de force revient à accepter une liberté de choix sur la décision collective qui n’est pas compatible avec la vie sociale.
Par exemple, est-ce moral que je refuse la sanction du vol qui protège la propriété individuelle d’autrui, qui est protégé car la majorité l’a décidé ainsi, car je ne crois pas au principe de propriété individuelle et que je le considère comme une oppression contre ma personne ? Est-ce morale qu’une entreprise ne se soumette pas à la loi décidée par la majorité, car celle-ci freine ses activités ?

Quelle éthique pour le Parti Pirate ?
L’éthique qui est doit continuée à être développée au Parti Pirate est celle de l’égalité réelle dans les relations primaires. J’entends par là, qu’à l’état primaire, le Pirate ne vaut pas plus qu’un autre pirate. Les transformations de son état capacitaire, c’est à dire de pouvoir qu’il détient réellement, est le fruit uniquement de la décision d’une autre pirate pleinement capacitaire de son pouvoir au moment du transfert de pouvoirs.
Cette éthique de l’égalité réelle permet à tous les pirates de recevoir des délégations, de faire une délégation, de candidater, de s’inscrire dans un équipage… Cette égalité réelle demeure toujours, le pouvoir supplémentaire qui crée le déséquilibre n’étant qu’un vêtement qui peut être enlevé.

Il faut également considérer que la minorité dispose toujours de la possibilité d’une contestation active de la majorité (check and balance). Il n’appartient qu’à elle de se saisir de l’appareil pour faire entendre sa voix (je pense, par exemple, au mouvement des droits civiques aux Etats-Unis).


#4

Oui, en fait on en revient toujours à la même chose les conflits interpersonnels polluent les organisations.
Et désolé, mais pour cela pas besoin de grand discours, juste resté humble et du respect envers ses interlocuteurs.


#5

Je pense que @Aurifex a dit les choses les plus importantes.

Mais je me pose une question toute simple, @Antigone. Tu indiques que le fonctionnement que nous avons est mauvais, car il y a un pouvoir des uns sur les autres, qu’il faut absolument faire disparaitre et remettre en question la notion de pouvoir.

Alors ma question est simple. Aujourd’hui, nous avons le pouvoir le plus dilué possible pour un parti politique. Je vois mal comment faire moins. Les pirates ont le pouvoir le plus important et l’autonomie est très importante. Si cela n’est pas suffisant, comment devons-nous fonctionner ? Quelles règles communes doivent-elles être mises en place.


#6

Je réponds à deux trois points parmi d’autres

Non. Je veux dire : vraiment pas du tout :slight_smile: S’intéresser à ce sujet à la critique socio-technique, à Latour ou à Dominique Boullier. Les outils ne sont pas neutres. Je peux développer si vous voulez ^^

Ca, ça se discute. Mais clairement, pour le coup, c’est une question de choix et de vision des choses. La démocratie et notamment la démocratie liquide telle qu’elle est pensée à plus grande échelle que la nôtre, c’est pas simplement le vote. C’est aussi le débat qui doit être recherche du consensus le plus large. On est d’accord, consensus ne veut pas dire unanimité, ce qui est impossible à atteindre et conduit à la paralysie. Mais se satisfaire d’une situation où 60% d’une population exerce une puissance sur 40%, ce n’est pas satisfaisant - même si, je le concède, c’est un peu mieux que l’inverse :wink:


#7

On parle d’une dictature de la majorité sur la minorité. Si on avance des arguments (Quorum, vote au scrutin majoritaire, vote à 66 % par exemple) on nous répond que … Non, ce n’est pas cela la solution, recommence petit, tu trouveras le chemin de la vérité.

Je n’en peux plus de ce genre de discussion qui revient encore et encore. Si on a un problème, on l’identifie et on cherche ensemble des solutions. Mais on ne peut pas avoir un groupe qui critique un et groupe qui cherche, propose et se fait taper dessus.

Pour ma part et comme je l’ai (et je vais encore) le proposer, je pense que nous devons avoir plusieurs structures au Parti Pirate, le Parti en tant que tel, tourner dans l’action, la proposition de solution, la recherche de la viabilité de ses solutions, sa mise en avant, etc., et un think tank sans structure, sans fonctionnement, tourner vers la réflexion, les discussions ouvertes, le “recul”. Je l’ai toujours proposé, je ne suis pas le seul, cela a toujours été refusé.

Je le repropose donc …


#8

Pourriez-vous parler en langage clair ? Car j’adhère depuis peu, mais je trouve la discussion un peu suréaliste :no_mouth:
J’ai surtout l’impression que l’on règle des différents par des grands discours. Et très honnêtement c’est pas ce que je suis venu chercher :face_with_raised_eyebrow:


#9

Plusieurs points pour repréciser ce que je veux dire dans ce fil :

  • Je n’ai pas dit nécessairement que le fonctionnement est mauvais. Je reprécise ma pensée : je vis les rapports humains au PP comme brutaux et violents. Les tentatives de @Popo et de @Arnoid sont des indices que je ne suis pas la seule à ressentir un sérieux souci dans les rapports humains au PP. Pour ma part, j’en analyse la source dans une relation très classique au pouvoir qui conduit à des rapports de domination et de subordination.
  • Par ailleurs, je ne cherche pas une solution technique ou technicienne car, même si des outils ne sont jamais neutre, loin s’en faut, je pense qu’actuellement quel que soit le modèle statutaire ou les outils informatiques, nous aurions les mêmes problèmes. Il semblait intéressant de sortir de cette boîte « technique » pour voir quels autres leviers existaient et de là est né ce premier post sur une éthique.
  • Le PP, je persiste, reste concentré sur les moyens : la réforme politique, par exemple, n’est pas une fin en soit, c’est un moyen. (nota bene : la fin du communisme ce sont « les lendemains qui chantent », le moyen « la dictature du prolétariat ».) Je reste convaincue que la focalisation sur les moyens conduit à se crisper sur les personnes : même avec le meilleur outil du monde il y aura toujours quelqu’un qui appuiera sur le mauvais bouton. On peut éliminer le facteur humain. C’est une réponse. Mais ce n’est pas celle vers laquelle je tends.
  • La source de ce message se trouve certes dans des textes mais part aussi des premiers mois où j’étais au PP et où j’ai pu rencontrer des personnes, que très peu connaissent encore ici, et qui par leur manière d’être communiquaient des valeurs de respect, de non-puissance et de non-violence.
  • Mon appel est pas mal résumé dans les interventions de @sebiseb mais je veux bien tenter de développer un peu ce que contiendrait une éthique personnelle de la non-puissance de manière positive et pas seulement en creux.
  • Au passage, la proposition de @Thierry de se former systématiquement à la CNV me parait aussi concrète que judicieuse.

#10

Je m’arrête sur un point qui me semble important :

Se focaliser sur les moyens, c’est, dans ce sens, si je comprends bien, se focaliser sur la structure, donc, la manière de répartir objectivement les pouvoirs.

Se focaliser sur les moyens, ce n’est pas une fin en soit en effet. C’est la résultante de l’identification d’une problématique et un choix dans la résolution de cette problématique. Le choix de se focaliser sur la structure de répartition des pouvoirs plutôt que sur les personnes.

C’est le même choix qui amène à dire qu’il est préférable de penser, dans un service, à une meilleure répartitions des tâches, à, favoriser la communication entre la compta et le marketing plutôt que de dire que c’est Jean-Pierre qui fou la merde.
Dans un cas, on s’inquiète de la structure, dans l’autre, de la personne, Jean-Pierre. Je ne peux pas faire plus simple. Le principe de causalité initiale (Moyens -> Personnes) n’a pas de réalité empirique dans la bonne résolution d’un conflit organisationnel.

La première chose qu’on apprend avant de faire de l’analyse organisationnelle, c’est qu’il est utopique de croire qu’on peut rendre tout le monde heureux, gentil. Par définition, dans une organisation il y a des conflits et des jeux de pouvoirs qu’on ne peut pas supprimer. En cela, on se doit de repenser l’organisation et ne pas s’arrêter sur les personnes.

Former les gens à la CNV, c’est considérer qu’il ne savent pas s’exprimer, c’est donc se crisper sur les individus, les personnes.
Enfait, ces solutions sont faciles (faire des formations pour que les gens agissent mieux), et ce sont celles vers lesquelles les grandes entreprises du CAC 40 vont en priorité en désaccord avec les préconisation du code du travail.

Pourquoi elles viennent à l’esprit facilement ? Parce que cela évite de se poser des questions trop compliquées et conflictuelles sur comment s’organiser. Parce qu’elle satisfont un biais très occidentale, très libérale (au sens péjoratif du terme), qui laisse à penser que les problèmes des gens sont dûs à des causes internes plutôt qu’à des causes externes. Je vous incite à lire les analyses de Jean-Léon Beauvois sur ces thématiques.

Ces ce même biais qui incite à dire au chômeur que s’ils veulent du travail, ils n’ont qu’a se former, plutôt que d’envisager un RdB.

Voilà, je suis au Parti Pirate pour effectuer des réformes organisationnelles qui s’OPPOSENT à l’individualisation des problématiques. L’un n’induit pas l’autre. Merci.


#11

Bsoir,

Je ne comprend pas tout, mais bon,
Pour moi l’éthique sur discource ce n’est pas Spinoza, ni tous ceux qui sont arrivé après sociologues etc. mais juste un peu de bon sens de morale, que nos échanges soit fait avec bienveillance, humilité, et empathie.
Comment réunir nos forces pour faire avancer nos idées face aux autres parti si on passe son temps à d’abord a se crêper le chignon puis ensuite chercher des solutions pour que cela n’arrive plus…

Mais bon je ne suis un pirate de base qui voudrais pouvoir échanger dans le respect et la bonne humeur, voire humour parce qu’on peut aborder des choses très sérieuse sans ce prendre la tête.

Presque hors sujet:
Et c’est pour quand la suppression des petits cœurs ?
Ou alors il faut leurs pendant négatifs, comme ça il y aura le choix entre la « récompense » et « le bâton » pour l’ambiance ….

:kissing_heart: