Socialisme, néo libéralisme, capitalisme, anarcho capitaliste socialiste de la mort qui tue

PAVÉ CÉSAR, CEUX QUI T’ONT LU ET VONT RÉPONDRE TE SALUENT!

Tu soulèves d’excellents points, et ça mérite qu’on creuse un peu plus loin, notamment sur les maths des retraites et la définition de nos modèles.

Voici mes éléments de relance point par point :

3/ Sur le temps de travail
Historiquement, les grandes réductions du temps de travail sont le fruit de batailles immenses portées par la gauche et les mouvements sociaux : le Front Populaire de Blum en 36, les acquis de 46, et les réformes des années 80. La seule vraie baisse récente non attribuable « directement » à une impulsion purement socialiste (et encore, c’était le gouvernement Jospin sous la cohabitation avec Chirac), ce sont les 35h. Les démocraties libérales ont entériné ces baisses, mais elles y ont été poussées par un rapport de force social.

4/ Sur le Stalinisme, la violence et le Fascisme
Au temps pour moi sur la syntaxe, le mot juste est bien totalitarisme. Mais le stalinisme (et le léninisme) n’a effectivement rien à envier au fascisme. Si le sujet t’intéresse, je te conseille les travaux de MacFarland, Agueiev et Abalakina sur la personnalité RWA (Right Wing Authoritarianism) appliqués à l’ex-URSS, c’est passionnant et ça montre les ponts psychologiques entre ces extrêmes. Cela dit, oui, la théorie marxiste/anarchiste implique un moment de violence initiale (la dictature du prolétariat) car la classe dominante ne lâche jamais son beurre gentiment. Mais affirmer que la terreur politique de l’URSS était « indispensable pour appliquer la doctrine économique communiste » est discutable : la longévité de la dictature soviétique prouve justement qu’ils n’étaient pas communistes. Il n’y avait aucune appropriation des moyens de production par les travailleurs, ni aucune égalité. C’était juste un transfert de la propriété privée vers un capitalisme d’État exclusif (Bakounine était d’ailleurs en embuscade là-dessus avec son fameux « la propriété, c’est le vol »).

5/ Sur le modèle Nordique (et Allemand)
On est d’accord sur leur socle libéral, mais n’oublions pas que ce modèle (comme le modèle allemand) repose sur un immense pouvoir syndical et une culture de la cogestion. Chez nous, ce modèle a été consciencieusement annihilé par la déconstruction des contre-pouvoirs syndicaux. Du coup, on compense avec des lois rustines à la con. Et soyons honnêtes : le patronat français n’est pas le plus affûté du tiroir pour le dialogue social. Dès que le rapport de force s’équilibre un peu, on a droit à des brochettes de grands patrons qui font la pleureuse à la télé en expliquant que « les gens ne veulent plus travailler » et qu’ils sont trop gourmands. Même pas besoin de syndicats, y’a qu’à voir les patrons de restau tous les étés depuis 15 ans au moins.

6 & 7/ Les Retraites, la Démographie et la Productivité
C’est là que ton argument mathématique de la pyramide (4 cotisants pour 1 retraité vs 1,7 aujourd’hui) fait une hypothèse beaucoup trop forte : il suppose que la productivité est restée la même. Or, c’est faux, les gains technologiques ont fait exploser la production.

D’ailleurs je crois que j’avais fais une grande analyse fiscale, sociétales et tout le fatras un peu partout :

- sur discourse genre ici : Réforme fiscale et réflexions

- dans un magnifique tapuscrit tentative de me sentir intellectuellement supérieur mais que j’ai finalement abandonné à son sort :

l_etat_est_pave_de_bonnes_intentions_tapuscrit.pdf (166,9 Ko)

Et pour l’allongement de l’espérance de vie et le coût des soins : c’est vrai, mais ça cache une réalité cynique. Les plus pauvres (les carrières hachées, les métiers pénibles) meurent systématiquement les premiers, et ce ne sont pas eux qui plombent les caisses. À l’inverse, les 10 % des retraités les plus riches coûtent environ 70 milliards d’euros par an, soit près de 21,7 % du coût total des retraites.

(Et concernant Mitterrand : oui, il sous-entendait que ses successeurs devraient s’en occuper pour pérenniser le truc. Il n’avait pas tort sur le fond, le problème c’est que tous ceux d’après ont fait n’importe quoi avec les caisses, et même lui le premier avec son fameux tournant de la rigueur à la mord moi le noeud !)

Sur la capitalisation : L’analogie est bonne pour la Norvège ou la Suède, mais ça ne fonctionne chez eux que parce que c’est géré à la maille de l’État (fonds souverains), sur un temps qui dépasse l’échelle humaine. Ça permet de lisser les crises et de s’abstenir des mouvements de panique de la masse qui voudrait tout retirer d’un coup. La capitalisation purement individuelle, c’est le crash assuré à la première crise. Et même la capitalisation par fond de pension comporte un risque structurel de faillite du fond (cf chili, ou meme USA y’a des précédents je crois)

8/ Le Néo-libéralisme Oui, il faut recadrer sur la vraie définition (celle de Michel Foucault) : le néo-libéralisme, ce n’est pas le « laisser-faire » ou le retrait de l’État. C’est l’État qui intervient massivement pour créer, simuler ou soutenir des marchés privés. Quand l’État prélève 57% du PIB mais l’utilise pour faire des chèques sans contrepartie aux entreprises, perfuser le privé, ou subventionner un marché défaillant, c’est bien l’outil étatique mis au service exclusif du capital. On est loin d’une économie de marché libre à la Friedman !

Bonne lecture ! :smiley:

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