L'humusation, pour des funérailles écologiques


#1

Ami.e.s Pirates,

Je souhaite vous inviter à discuter d’un sujet difficile : la mort. Cet évènement, quand il concerne nos proches, est toujours particulièrement difficile et douloureux. Prendre des décisions, réfléchir dans une période de deuil est compliqué, c’est pourquoi il vaut mieux prendre le temps de penser sereinement à la mort, que ce soit la sienne ou celle d’autres personnes.

Au delà de la souffrance que représente la perte d’un proche, il y a un aspect technique, matériel : les funérailles. Le corps des défunts est mis en bière, c’est-à-dire nettoyé et placé dans un cercueil, avant d’être enterré dans un cimetière ou brulé et réduit en cendres dans un crématorium. Aujourd’hui, ce sont les seules techniques autorisées en France : l’inhumation (enterrement) et la crémation. Pourtant, à y regarder de plus près, ces pratiques ne sont pas du tout respectueuses de la nature. La préparation des corps ainsi que la fabrication de cercueils ont un impact environnemental, de par les produits utilisés qui vont se retrouver dans la terre, tout comme les vêtements ou parfois des objets appartenant aux défunts. Ils ne sont pas biodégradables et peuvent contribuer à polluer les sols. La crémation rejette des fumées toxiques dans la nature.

Une nouvelle technique a fait son apparition ces dernières années : l’humusation. Elle consiste à envelopper le défunt nu dans un linceul biodégradable et l’enterrer ainsi dans un humus, c’est-à-dire un terreau servant au compostage. Oui, l’humusation consiste à laisser le corps se décomposer dans la terre pour en faire du compost. Ce processus dure environ un an, suite à quoi le squelette est ensuite broyé pour faire comme des cendres suite à une crémation.

Ce procédé commence à intéresser des personnes qui souhaitent continuer à préserver l’environnement même après leur vie. La technique a été dernièrement légalisée dans une partie de la Belgique ainsi que dans l’État de Washington. Je vous propose de débattre de ce sujet afin d’étudier l’opportunité d’ajouter un point à notre programme : inclure l’humusation comme troisième mode de funérailles en plus de l’inhumation et de la crémation. Pour cela, je vous invite à évoquer tous les arguments qui vous viendraient à l’esprit, que ce soit en faveur ou en défaveur de cette proposition, ainsi qu’à fournir des chiffres ou données scientifiques pour construire un point de programme solide, ou au contraire consolider des arguments contre.

Voici quelques liens pour plus d’informations :

Si ce débat est probant, nous pourrions aboutir à un point de programme, qu’il soit pour adopter ou au contraire interdire cette pratique, dès la fin de semaine prochaine et ainsi le soumettre rapidement à l’assemblée permanente.

Piratement

Vince


#2

Pour compléter en sources : https://www.lemonde.fr/big-browser/article/2019/03/15/le-compost-humain-une-solution-pour-reduire-l-impact-environnemental-de-la-mort_5436487_4832693.html


#3

Je vais commencer par digresser et rappeler en passant que la science fiction a cela d’intéressant que ce sont des choses qui y sont abordées et qu’elle permet de sensibiliser ou d’ouvrir l’esprit des possibles. L’un des exemples qui me vient en tête est le rite funéraire des Fremens dans le Dune de Franck Herbert. Au final la question revient à ce que l’on peut continuer à faire pour la communauté après la mort.

Si, et c’est le côté primordiale de la question, cela n’a aucun impact sanitaire, il n’y a pas de problème à l’autoriser (j’ai bien en tête quelques pratiques que justement j’aurai tendance à rejeter rien qu’avec cet argument factuel) et surtout on peut s’appuyer en cela sur l’amour du Parti Pirate pour les libertés fondamentales : à partir du moment où cela ne fait de mal à personne et que c’est consenti, où est le mal à faire tel ou tel chose ?

D’ailleurs cette partie de la question où cela ne fait de mal à personne est importante dans le sens où il y a dans cette pratique des soins funéraires qui demandent du tact, du respect et surtout un manque d’habitude. Tout le monde ne sera pas à même d’y arriver mais cela reste un problème connexe aux professions liées à nos vies post-mortem.

Dés lors, sur le plan moral, je ne vois pas de blocage à autoriser cette pratique.

Sur le plan administratif, en plus d’autoriser la pratique, il faudra que les plans communaux des cimetières s’adaptent à cette pratique qui ne peut pas se faire de manière sauvage. Et comme pour d’autres choses qui sort du cadre habituellement admis, il faudra convaincre de l’utilité de la chose pour obtenir la place nécessaire pour cela : les cimetières ne sont pas, à ma connaissance, prêts pour accueillir cette pratique.

Après cela ouvre peut-être la voie à un nouveau métier : le thanatojardinier.


#4

Qu’en est-il du problème présumé de plus en plus rencontré des conservateurs de toute sorte ingérés et absorbés par le corps, ceux présents dans l’alimentation ? (source) A voir néanmoins quelle part cela représente réellement…

Quels seraient les risques en termes de pollution des sols (toujours moins que lors d’une inhumation j’ai envie de dire) et de “compostabilité” ?

Je n’ai aucune idée de la pertinence de ces questions, encore moins des réponses… c’est seulement ce que m’a évoqué, entre autres, ce sujet. Sinon je trouve l’idée intéressante bien que difficile à présenter je pense. Un travail tout aussi intéressant de rédaction et de présentation à venir certainement, si une telle proposition est votée.


#5

Je pense que l’on a une bonne source sur ce genre de mécanisme notamment grâce à la médecine légale : https://fr.wikipedia.org/wiki/Ferme_des_corps.

D’ailleurs il va sans dire que le milieu dans lequel est humussé la personne est important et doit être choisie avec soin.

Sérendipité oblige, je suis tombé sur une pratique connexe : l’aquamation (qui s’apparente plus, justement, à la pratique des Fremens précédemment évoquée)


#6

En pratique similaire, j’ai trouvé ceci :

J’ai aussi trouvé cet article sur Reporterre sur les pratiques funéraires alternatives annoncées comme plus respectueuses de l’environnement :


Edit 1 : Je m’interroge sur le broyage des os à la fin du processus. Cela pourrait être bloquant pour nos concitoyens qui lient l’inhumation à un rite religieux, en particulier dans les monothéismes.
Il faudrait que les opérateurs de l’humusation propose une alternative qui permette une dégradation naturelle des restes plus durables.
Il faudrait alors concevoir une réglementation autour de l’exhumation mais aussi sur la conservation des ossements à plus long terme.
Cela pose également la question de l’espace nécessaire pour entreposer les ossements en plus de l’espace pour permettre la décomposition du corps.

Si l’on souhaite que cette pratique soit un succès “commercial”, il faut l’inclure aussi dans les contraintes religieuses et culturelles présentes en France.


Edit 2 : Quid des soins funéraires ? Il y a souvent un délai entre le décès et l’inhumation (plusieurs jours en générales, voir plus en cas de rapatriement) et des soins conservatoires sont nécessaires pour éviter le traumatisme de voir ses proches au début de la décomposition (je vous promets, personne ne veut voir ça). Or, ces soins sont basés sur des substances pas forcément très écologiques. Si on permet les soins conservatoires avec ce type de d’hinumation, on perd l’effet bénéfique pour l’environnement (ce qui rejoint la réflexion de @purerstamp).


#7

Super Intéressant comme point de réflexion, après lecture je trouve déjà largement défendable l’idée de l’urne biodégradable -> arbre : qui entraine un gain de place, permet de reboiser certains lieux, peu (voir absence) de création de lieux dédiés et me semble + facilement acceptable socialement. (du moins par les personnes pratiquant la crémation)

Associé au processus d’aquamation on y gagne sur un plan écolo ? (du moins de ce que j’ai lu).

L’humusation me semble plus difficilement soutenable dans sa mise en place ? création d’espace dédié, procédé long de décomposition + broyage après : effet psy sur un deuil allongé ? conséquence d’une pratique sauvage ?


#8

Pour le moment, les points principaux qui font débat semblent être l’impact sanitaire (pollution des sols), le respect des morts, la décomposition des corps qui peut commencer avant la présentation aux proches en l’absence de soins mauvais pour la planète, l’habilitation à la pratique, les changements à réaliser dans les cimetières. On a aussi introduit les notions d’aquamation et la “capsula mundi”.

En ce qui concerne la pollution des sols, l’humusation consiste à ensevelir le corps dans un humus. De ce que j’en comprends, le corps ne rentre pas directement en contact avec la terre qui est en dessous de l’humus. À voir si d’éventuelles substances comme des conservateurs absorbés par le corps de son vivant seraient en mesure d’arriver jusqu’à la terre. Dans tous les cas, c’est forcément moins pire que l’inhumation, où là, le corps soigné par des produits non écologiques et un cercueil fait de bois traité vont forcément se décomposer dans le sol.

Il ne s’agirait pas de rendre cette pratique majoritaire, attrayante, ou “commerciale”. Il s’agirait de légaliser la pratique, pas de la promouvoir. On pourrait proposer une simple modification de la loi et ensuite, les collectivités compétentes pour les funérailles (communes ou intercommunalités) exerceraient leurs responsabilités pour étudier l’opportunité de dédier un espace dans leurs cimetières pour cette pratique. La pratique, justement, serait réalisée par une entreprise de pompes funèbres agréée, comme c’est le cas pour les rites funéraires actuels.

La décision doit être réfléchie à l’avance. Il me semble que par défaut, l’inhumation s’impose si une autre volonté n’a pas été exprimée. On ne changerait pas ça. Le choix de l’humusation est de la responsabilité des personnes, tout comme l’est la crémation. Cette dernière peut aussi avoir des effets psychologiques sur les personnes endeuillées. Tout comme le choix d’une cérémonie dans un lieu de culte ou non. Ce n’est pas de la responsabilité du législateur.


#9

Sur l’aspect juridique lié au respect du corps des défunts, voici une réponse du ministère de l’intérieur sur l’humusation : https://www.senat.fr/questions/base/2016/qSEQ160320504.html


#10

Je reste fan du topic et des modes alternatifs moi qui pensait simplement me faire cramer je me renseignerai pour faire pousser un arbre.

Plus sérieusement, je pense que l’on devrait réfléchir a simplement à proposer la possibilité d’avoir d’autre choix que la crémation / inhumation. Non ?


#11

C’est le sujet, mais il est important de définir précisément quoi comme “autre choix”. Au delà de l’aspect purement sanitaire et du respect des morts, on va potentiellement dire à nos électeurs qu’on propose ce nouveau mode, et de manière très pragmatique, qu’on va déposer une proposition de loi si on a des élu.e.s en 2022 (ou qu’on va faire du lobbying pour l’humusation). C’est très délicat comme sujet, je pense qu’il faut qu’on soit assez précis dans ce qu’on propose pour que ça apparaisse crédible sans avoir à trop fouiller (je suppose que globalement, les gens n’aiment pas trop s’intéresser de près à la mort).

Tout à fait sérieusement, je pense comme toi à réfléchir à me “réincarner” en arbre grâce à ce débat.


#12

L’idée mérite de l’attention. J’ai assisté à une présentation. Je ne confierait pas mon corp à ces charlatants.
Je pense qu’en l’état, les Pirates doivent refuser cette alternative.
Le sujet est susceptible d’heurter les personnes dites sensibles.


#13

Je viens de me censurer mais oui j’ai de vagues idées de pourquoi il faut énumérer les pratiques, quitte à allonger la liste ensuite au cas par cas, plutôt que de tout autoriser “parce que liberté individuelle”.


#14

Penses-tu à des personnes ou des entreprises en particulier ? Qu’est-ce qui relève du charlatanisme dans leurs pratiques ?

Tout à fait. Ce n’est pas une raison pour ne pas en parler, mais c’est pour cela qu’il est important d’y mettre les formes.


#15

Je reprend le début de la présentation dans www.humusation.org (site lié à la présentation à laquelle j’ai assisté).

Lorsque nous mourons, nous n'avons généralement, que deux options pour notre corps: l' **enterrement** et l' **incinération** .
Or, l'une et l'autre sont **très polluantes** et **cassent** , irrémédiablement, le **cercle vertueux** de la **Vie sur terre**
Mais il existe une troisième solution, que nous appelons l' ******H*** umusation*** :  il s'agit d'un  ***processus contrôlé de transformation des corps par les humuseurs (micro-organismes présents uniquement dans les premiers cm du sol) dans un compost composé de broyats de bois d'élagage, qui transforme, en 12 mois, les dépouilles mortelles en Humus sain et fertile*** .

La vision est pour le moins manichéenne. D’un côté il y aurait le mal avec les enterrements et les incinérations, d’autre part le bien avec un humus sain et fertile. L’argumentation fait feu de tout bois et se pose en victime. Beaucoup de concitoyens sont en manque de repère et sont près à suivre n’importe quelle histoire simpliste. Une perspective Pirate ne saurait s’accomoder d’un tel discours.

Lors du décès les corps sont rarement “sains”, Les micro-organismes ont un pouvoir de dégradation mais il y a des limites. On pense directement aux prothèses diverses et aux médicaments qui ont tendance à s’accumuler en fin de vie. Une autre limite à considérer est de déterminer quels organismes sont tolérables dans le processus. Pour fixer les idées : lombric ou pas lombric ? …


#16

En effet, le parti pirate ne saurait s’accommoder d’un tel discours et il ne le fera pas. Il n’est pas dans notre habitude de partir sur des postulats simplistes. Il s’agit ici d’ouvrir un véritable débat sur les alternatives aux pratiques conventionnelles en matière funéraire.

Il n’ s’agit pas de faire culpabiliser les gens sur leurs choix post-mortem mais de permettre à celles et ceux qui veulent recourir à une alternative qui peut être moins impactante sur le plan environnemental de pouvoir le faire.


#17

Il y a bien un décalage entre l’émotionnel, le “storytelling” (mise en récit) et la réalité.
L’émotionnel voudrait soulager sa conscience ; la réalité compare chacun des composants des alternatives et ne peut conclure à un avantage technique à l’humusation.


#18

Y aurait il la possibilité d’avoir les détails de la réalité qui ne peut conclure à un avantage technique de l’humusation ?


#19

J’ai un peu étudié la question des obstacles légaux qui pourrait se poser sur l’humusation.
J’exclurai volontairement de mon propos la question de la compétence (loi ou règlement) pour axer plutôt sur le statut des restes humains dans notre droit interne, éventuel obstacle plus important à mon sens.

Je commencerai par un rapide rappel sur le statut du corps humain. En gros, nous avons un ensemble de droits afin d’assurer l’intégrité de notre corps qui repose sur un corpus légal varié (Conv. EDH, articles 16 et suivants du code civil, code de la santé public) qui rassemble un large panel de pratique (torture, consentement médical, prohibition de la GPA). Sauf que ces droits cessent avec la mort (disparition de la personnalité juridique).

Et après vous me diriez ? Et bien pendant longtemps, la seule protection a été celle du code pénal (coucou profanation de sépultures). Fort de la loi bioéthique de 2008, le législateur a introduit un article 16-1-1 dans le code civil qui dispose :

Le respect dû au corps humain ne cesse pas avec la mort.
Les restes des personnes décédées, y compris les cendres de celles dont le corps a donné lieu à crémation, doivent être traités avec respect, dignité et décence.

Pour reprendre la très belle formule du professeur Judith Rochfeld : “si après la mort, le droit ne reconnaît plus l’existence d’un sujet de droit, il tend néanmoins à protéger l’humain qu’il a été, le temps que son souvenir disparaisse ou, au moins qu’il s’atténue” (in Les grands notions du droit privé, PUF).

Cette situation juridique s’explique entre autre par plusieurs jurisprudences sur le sort des cendres d’une personne décédée au sein de la famille. Pour le résumer plus trivialement, il s’agissait souvent de savoir qui aurait la garde de l’urne du défunt parents, moyen très pertinent pour faire perdurer les conflits familiaux au delà du partage de l’héritage.

Et l’humisation dans tout ça ? Et bien, il s’agit tout simplement de déterminer le sort d’une part de l’humus résultant de la décomposition du corps et d’autre part, des résidus issus du broyage des ossements.
C’est à ce titre que le ministère de l’intérieur avait adressé une question écrite d’une sénatrice :

La réglementation et la jurisprudence n’acceptent que deux modes de sépulture : l’inhumation et la crémation. « L’humusation » qui consiste à transformer les corps en humus est donc actuellement interdite. Son introduction en droit interne soulèverait des questions importantes, tenant notamment à l’absence de statut juridique des particules issues de cette technique et de sa compatibilité avec l’article 16-1-1 du code civil, qui dispose : « (…) Les restes des personnes décédées, y compris les cendres de celles dont le corps a donné lieu à crémation, doivent être traités avec respect, dignité et décence. » Ainsi, les questions que soulève « l’humusation » nécessitent une réflexion approfondie qui pourrait se poursuivre dans le cadre du Conseil national des opérations funéraires (CNOF).

Comment on s’en sort ? A mon sens, point besoin de réécrire l’article 16-1-1 du code civil. Finalement, il s’agit de fixer ce qui est à notre sens les limites de l’usage du produit de l’humusation.

Il est certain qu’un usage à titre onéreux est à exclure. Je citerai en exemple, certes par totalement comparable, de l’interdiction de l’exposition d’écorchés “Our Body” par la justice française sur le fondement de l’article 16-1-1 du code civil. L’usage commercial a été l’un des critères déterminants pour l’interdiction de l’exposition.

Il faut également se poser la question d’impact psychologique d’un humus issu de la décomposition d’un corps humain. En effet, si la pratique venait à se généraliser (en particulier comme alternative à l’inhumation classique), il y aurait un suivi médiatique sur l’usage de l’humus. La quantité “produite” irait en grandissant et il n’est pas raisonnablement envisageable de “stocker” l’humus dans les lieux d’inhumation, car cela poserait aussi le problème du “mélange” des restes humains.

Bref, l’obstacle juridique n’est pas insurmontable mais il entraîne de nombreuses questions sur ce qu’il faut faire après l’humusation.


#20

Je trouve que dans l’esprit, vouloir faire en sorte que son corps soit toujours utile, en tant qu’objet matériel, après sa mort est une volonté louable et que notre droit devrait le permettre.
La démarche (que je connais mal) de donner son corps à la science est dans un esprit assez proche je trouve.
Je serais donc tout à fait favorable à toute mesure qui autoriserait l’humusation ou toute autre démarche similaire. Maintenant, comme l’ont justement fait remarquer les messages précédents, il faut essayer de saisir toutes les implications de chacunes de ces techniques pour eviter d’en autoriser qui se montreraient néfastes.