Financement presse écrite


#1

Bonjour !

A priori, en France, on donne des sous à une partie de la presse pour qu’elle puisse exister, ça nous coûte entre 580 M€ et 1,8 Md€ selon la cour des comptes.

Sachant que les seuls journaux qui sont considérés comme complètement indépendants sont (j’en oublie peut-être) le canard et médiapart (qui refuse les subventions), à quoi bon continuer à dépenser tout ça ?

Est-ce que les Pirates sont pour la suppression des subventions à la presse écrite ?


#2

Bjour,

je ne sais pas ou ça ce trouve mais on avait déjà soulevé ce “truc” il y a quelques années suite à des critiques de certain journaux (il me semble)
et je suis pour la suppression !


#3

Le point important dans ton post, à mes yeux, c’est “Sachant que les seuls journaux qui sont considérés comme complètement indépendants”.
Une partie de la population confond effectivement “subventionné par l’Etat” et “à la botte de l’Etat”, c’est ça le vrai problème, je pense (en oubliant au passage que dans ce cas, il ne devrait pas y avoir de pluralité de la presse, ils devraient tous dire la même chose… Or, ce n’est pas le cas)
Personnellement, je pense que la suppression de ces subventions est dangereuse :

1/ D’une part, cela risque de faire tomber les médias dans les mains de sociétés privées dont les intérêts peuvent aller à l’encontre du droit à l’information, avec pour le coup, une véritable ligne éditoriale dictée par un grand groupe en fonction de son bon vouloir (vous me direz, c’est déjà le cas, je vais y revenir).

2/ D’autre part, cela pourrait entraîner une augmentation du prix des journaux, et donc une barrière dans l’accès à l’information, ce qui est incompatible avec les valeurs prônées par le PP.

Pour ces raisons, je pense qu’une suppression pure et simple n’est pas envisageable. Cependant, on pourrait envisager une refonte de ces subventions dans le but de ne pas en verser aux journaux détenus par des grands groupes (Libération, Le Figaro, etc) pour les redistribuer vers des journaux factuellement indépendants (Le Canard, Charlie Hebdo, … et peut être d’autres journaux qui profiteraient de cette manne pour apparaitre ?), selon un barème objectif à définir. Tout en faisant cela, il serait nécessaire de ré-ré-ré-ré-réaffirmer l’indépendance de la presse, fusse t-elle subventionnée par l’Etat.


#4

De mon point de vue, donner des thunes à Libé ou au Figaro, c’est réduire le prix de la propagande des grands groupes. Mais je crois qu’on est d’accord là dessus.

Ensuite, Le Canard et Mediapart nous montre qu’il est possible de ne pas dépendre des aides, autrement dit, qu’il existe des moyens, des modèles économiques viables. Mais ça demande notamment de faire de l’investigation.

Peut-être existe-t-il d’autres moyens de promouvoir ce journalisme autrement que par la subvention ?


#5

Bsoir,

je me rappelle que dans la discussion (ancienne) ce sujet avait été soulevé parce que justement certain journaux très “privatisé” bénéficiaient de cette manne.
la liste


#6

Je pense qu’il y aurait une manière un peu plus fine d’aborder le problème qu’une suppression pure et simple des aides.
En l’état, les aides sont absurdes : elles abondent des titres sans intérêt, elles sont réparties par une commission où règne l’entre soi le plus opaque. Ca, on est d’accord.
D’autre part, bien que - et peut être d’autant plus parce que - l’état de la presse n’est pas reluisant, il peut être important d’en prendre soin. Mediapart et le Canard s’en sortent bien, tant mieux pour eux mais ce sont des formats tout de même très particuliers : ils ne se substituent pas aux grands quotidiens nationaux. Ces structures ayant vocation à avoir un rôle à jouer dans le fonctionnement de la collectivité, il n’est pas absurde que la collectivité les soutienne.

Puisqu’on est pirates, ne pourrait on pas imaginer un système où le citoyen voterait pour attribuer X euros au tire de presse de son choix ? Ca pourrait avoir du sens : les journaux seraient alors soutenus à mesure qu’ils sont jugés utiles par les citoyens.


#7

Julia Cagé a un avis sur la question, et prend pour exemple le chemin qu’est entrain de suivre médiapart : https://www.franceculture.fr/emissions/la-fabrique-mediatique/comment-preserver-lindependance-des-medias

Relayé par Edwy : https://twitter.com/edwyplenel/status/1173504926670098432


#8

Concernant les aides directes, je ne suis pas contre mais elles doivent attribuées en toute transparence et selon des critères clairs et objectifs (j’avoue ignorer le fonctionnement actuel).
Ne pas oublier qu’il y a aussi des aides indirectes (TVA réduite, envois postaux), si c’est l’état qui définit à partir de quand un organisme devient un média bénéficiant de ces privilèges, l’indépendance en prendrait un coup.

(la suite est peut-être un peu HS)
Je pense pas qu’il y a de solution parfaite dans ce domaine mais j’ai l’impression que les deux plus grosses sources d’ingérences et de pression dans la presse sont les actionnaires et les publicités.
J’irai plus loin en obligeant les médias à se constituer en SCOP ou équivalent adapté à la presse (c’est mon côté autogestionnaire) et interdire la publicité (ça c’est mon côté antipub).
Évidemment retirer la publicité serait un gros choc pour certains médias (mais pas pour le canard enchaîné)
Et puis viendrait une question fondamentale qui revient sans cesse “Qu’est ce qu’un-e journaliste ?”
Carrefour distribue gratuitement son petit journal (inoffensif à l’heure actuelle mais à l’avenir ?) à la caisse des supermarchés, est ce un journal fait par des journalistes ? Est ce un possible moyen de propagande caché ?

Sans oublier les médias publics qui me semble nécessiter un gros débat.
Si on considère que l’accès à l’information est un droit fondamental dans une démocratie, s’il est payant, nous n’y avons donc pas un accès équitable.


#9

Je pose quelques ressources que j’ai trouvé ça et là :


#10

Je viens de tomber sur ce fil.
J’ai été un lecteur de l’acrimed qui depuis plus de 20 ans analyse nos médias.
Pour ma part, je n’hésiterais pas à reprendre tout ou partie de leurs propositions comme programme du PP sur une reforme des médias.

https://www.acrimed.org/

De mémoire, il y a des éléments concernant la seule presse écrite.

J’ai retrouvé cet article que j’avais trouvé intéressant: https://www.monde-diplomatique.fr/2014/12/RIMBERT/51030


#11

Une discussion que jai eu sur twitter, pas forcément un échange d’une immense qualité, mais ça ma fait penser à des trucs en lien avec ce sujet : https://twitter.com/Skandal_NOII/status/1186245519988932609?s=19


#12

Jai un peu de mal à trouver leurs propositions concrètes. Tu as un lien directe verd un texte ? Pas juste vers le site.


#13

Ils abordent les médias dans leur ensemble alors que le trhead est très spécifique sur la presse ecrite et sur son financement.
Concernant cette question, leur position est simple: Ils souhaitent créer un statut juridique de sociétés de presse à but non lucratif.
Ainsi, les aides publiques aux médias d’interet privées seraient purement et simplement supprimés pour n’être versés qu’à ces nouvelles sociétés de presse ainsi qu’à la presse associative.
https://www.acrimed.org/IMG/pdf/104Sans_but_lucratif.pdf

Leurs arguments: ça favoriserait le pluralisme, l’independance de ces medias et actuellement les aides bénéficient surtout à des médias qui sont déjà rentables (au point de redistribuer des revenus à leurs actionnaires) notamment grâce à la pub.


#14

Il me semble que c’est la solution de Julia Cagé pour la presse écrite, non ?


#15

Oui (j’ai relu le livre le mois dernier).


#16

J’ai pas lu. Mais je me rappelais bien qu’Acrimed avait parlé du livre de Cagé avec quelques objections (limites) en conclusion de cet article:https://www.acrimed.org/Lu-Sauver-les-medias-de-Julia-Cage


#17

J’ai un peu lu les différents liens, voici un petit résumé des propositions de Cagé et d’Acrimed :

Proposition de Julia Cagé :
Nous proposons que les financements soient orientés vers des sociétés de médias. Ces sociétés, à mi-chemin entre la société par actions et la fondation sont des sociétés à but non lucratif, sans versement de dividendes ni possibilité pour les actionnaires de récupérer leur apport (de la même façon que dans la fondation). Mais à la différence de la fondation, si elle protège les droits de vote des actionnaires existants, elle donne également du pouvoir aux petits donateurs.

La société de média emprunte à la fondation le caractère illimité des dons qui bénéficient de réductions d’impôts. En contrepartie, tous les donateurs contribuant pour plus de 1% (pourcentage indicatif) au capital social d’une société de média, bénéficient des droits politiques de l’associé : les donateurs qui apportent moins de 1% peuvent se regrouper en association de donateurs et de salariés. Cela permet d’éviter à la fois le risque de dilution du capital et celui de prise de contrôle.

Les droits de vote dans la société de média concrétiseraient l’exercice du pouvoir : la loi fixerait un seuil de participation (qui pourrait être de l’ordre de 10% du capital) au-delà duquel les droits de vote progressent moins que proportionnellement avec l’apport en capital.

Le montant des réductions fiscales demeurant dans le même ordre de grandeur que le montant total des aides à la presse : soit 800 millions d’euros.

Proposition d’ACRIMED :
Le fil directeur d’une refonte de l’aide à la presse doit donc être le suivant : priorité aux médias sans but lucratif et, parmi eux, priorité à ceux qui bénéficient de faibles ressources publicitaires ou qui ne souhaitent pas bénéficier de celles-ci.

Sous des formes différentes, cette presse, en raison de ses finalités sociales spécifiques, est celle qui est la mieux disposée à accepter une intervention directe de ses acteurs, salariés ou non, journalistes ou pas, dans la définition de son orientation éditoriale et dans sa gestion économique et sociale. Une presse sans but lucratif et démocratique.

Leur proposition s’appuie sur une proposition de Claude Julien de des années 80 :
« « Les journaux qui opteraient pour un tel statut n’auraient donc guère de chances d’exciter la convoitise des affairistes. Ce sont ces journaux qui bénéficieraient d’un régime fiscal de faveur et des aides publiques (timbre, entre autres) que l’État n’aurait évidemment plus aucune raison d’accorder aux entreprises de presse choisissant le statut d’une société commerciale. Serait supprimée l’aide que l’État accorde aux quotidiens à faible capacité publicitaire. En 1984, cinq journaux ( La Croix , L’Humanité , Le Matin , Libération , Présent ) se partagent à ce titre une douzaine de millions de francs. Détestable sélection en fonction de critères commerciaux, à laquelle il serait bien préférable de substituer une sélection en fonction du statut - commercial ou à but non lucratif - librement choisi par chaque entreprise de presse. »


#18

Bonjour Bibo, je comprends pas trop ce débat un peu technique. Ce que j’ai envie de dire est le Monde a sorti un schéma incompréhensible (https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/09/25/independance-du-monde-la-protection-d-un-bien-commun_6012983_3232.html) pour défendre une pseudo-indépendance à travers un pôle d’indépendance. Personnellement, je pense que c’est une illusion. Les journalistes du Monde est un “entre-soi” qui ne respectent le principe du contradictoire, le plurarisme de l’information…
Le livre de Julia Cagé , je ne l’ai pas lu son livre mais je sais qu’elle défend une valeur marchande de l’information et fervente partisane du droit d’auteur pour faire appliquer le droit voisin (qui s’avère être une taxe…) en contradiction avec la liberté d’information…Il faut aller au bout du raisonnement, assumer et adopter un modèle économique privé comme le New-York Times.

La question essentielle : la presse remplit-elle ses devoirs et garantit-elle la liberté d’information et son corrolaire la liberté d’expression ? Actuellement, la presse française est préoccupé pour censurer Eric Zemmour, (aprés Jean-Marc Morandini), négocier un pôle d’indépendance qui n’en ai pas un, faire du google-bashing et réclamer de l’argent au passage … Est-ce normal que je suis obligé de lire la presse étrangère pour comprendre les manifestations à Hong-Kong, qui défendent corps et âme la liberté d’expression ?


#19

Il me semble malheureusement que la question est technique. La question démocratique au Parti Pirate s’est réglée avec la mise en place de nouveaux statuts, chose aussi très technique puisqu’il s’agit de l’application de procédures, de règles de fonctionnement.

À mon avis, les question de liberté et d’indépendance de la presse demandent de s’intéresser à la manière dont les médias sont gouvernés, à la manière dont les décisions sont prises, au qui possède quoi, à qui influence qui.

La solution la plus simple consisterait selon moi à tout envoyé valdinguer. Au moins, les intérêts privés ne seraient pas financés par l’argent publique. Je cherche cependant des avis qui divergent avec ma position initiale, d’où ma nécessité d’aller vers les propositions, quand bien mêmes elles sont techniques.


#20

Pour compléter la réflexion la solution de mediapart :