Bonjour à tous,
Il y a actuellement des discussions relatives à la fin du parti. Les adhésions ne reprennent pas, les personnes qui se sont impliquées ses dernières années dans le fonctionnement du parti s’épuisent, comme cela a pu être le cas avec la vague précédente (dont je faisais parti), et c’est tout à fait normal. Les adhésions et dons couvrent maintenant à peine de quoi faire fonctionner le parti. Des conflits internes ont toujours lieu ça et là ce qui ne donne pas non plus envie de s’impliquer et je crois malheureusement qu’il ne s’agit pas d’une question de personnes mais de contexte.
Pourquoi on est pas bien ?
On peut bien sûr cibler certains de nos positionnements politiques, notre volonté d’être pertinent sur tous les sujets et pas que sur le numérique, la lourdeur de notre fonctionnement interne, la multiplicité des outils, le temps passé à leur gestion ou encore la perte de certains « influenceurs » qui généraient des adhésions après un simple tweet.
Malheureusement, je ne suis pas sûr que s’épancher sur les causes soit pertinent. Il faut aussi prendre en compte de faibles résultats électoraux pour tous les partis européens, une baisse d’intérêt pour l’engagement dans les partis politiques en France. On pourrait également citer certains de nos combats qui reviennent chaque année j’ai l’impression (Chat control), ce qui les rends, par nature, moins audibles.
Pourquoi continuer ?
Je préfèrerais me poser des questions différentes, à savoir, pourquoi continuer à faire vivre le Parti Pirate ?
Je pense qu’il est important d’exister tout simplement, et ce pour plusieurs raisons.
Pour soutenir nos camarades européens
Il ne faut pas oublier que nous ne sommes pas seuls et que notre existence n’est qu’une conséquence d’initiatives de camarades d’autres pays qui ont été répliquées. Je pense qu’il est de notre devoir de continuer à exister, à défendre les valeurs fondamentales de transparence de la vie politique, d’intégrité, de défense des libertés en ligne, de lutte contre la surveillance.
Par notre simple présence et existence, nous donnons de la légitimité à ces combats. Il n’y a rien de pire que de se sentir seul, et se sentir seul dans ses idéaux politiques en fait parti.
Pour donner du pouvoir à nos élus
Je vous invite à échanger avec les élus présents et passés. Faire parti d’un parti politique à un poids quand on est élu sur une liste municipale par exemple. Quand bien même nous n’avons pas la force de frappe des gros partis, avoir des collègues avec qui échanger, avoir l’étiquette d’un parti derrière suffit à changer la donne.
Pour donner l’opportunité à d’autres de prendre notre place
La dépendance
Je ne suis pas nécessaire au Parti Pirate. Vous n’êtes pas nécessaire au Parti Pirate. Les idées Pirate vivront avec ou sans nous. Si nous avons une responsabilité, ce n’est pas de poster sur les RS, de mettre à jour le programme, ou d’essayer de recruter de nouveaux membres, mais bien à minima de laisser en place une structure saine qui ne dépend pas de ceux qui la gèrent afin de pouvoir laisser la place à d’autres.
Nous nous sommes souvent reposés sur quelques têtes qui menaient des projets ambitieux. Et cela fonctionne tant que ces personnes sont là. Mais, une fois qu’elles partent, on se retrouve avec des outils non maintenus, des travaux entamés, non terminés, inutilisables.
Cela crée bien sûr des attentes et donc des frustrations (de la part de ceux qui ont participés). Cela crée de l’immobilisme puisque des volontés ont été mises en attente parce que de plus gros projets étaient en cours. Ces choses ajoutent au sentiment de lourdeur général, au sentiment que les choses n’avancent pas ou avancent très lentement.
Nous pouvons avoir la structure la plus agile qui soit, si chacun crée un projet qu’il est le seul à pouvoir mener alors cette personne crée une dépendance.
Et la dépendance, à court terme, c’est valorisant, quand tout va très vite, qu’une élection arrive, qu’on peut se donner à fond, qu’on arrive à embarquer les gens, c’est génial. Quand il faut par contre, au retour de vacance, après 2 semaines de boulot, avancer sur les étapes d’un projet qui dure depuis 8 mois, en effet c’est beaucoup plus dur.
C’est comme ça qu’on fonctionne depuis 8 ans maintenant, ça a fonctionné un temps, mais je crois qu’on arrive au bout.
Nous ne sommes pas le futur
Laisser l’opportunité à d’autres de prendre notre place est aussi un pari sur l’avenir. On ne peut pas prévoir comment les idées politiques vont évoluer. Ce qui est le plus important à mon avis, est d’être là, prêt à dégainer, prêt à répondre à des sollicitations, prêt à accueilli des adhérents. Nous sur-estimons grandement nos capacités d’anticipation, la manière dons les thèmes traversent les sociétés. Il se peut que nous devenions bien plus gros à l’avenir, bien au delà de ce que nous avons connu jusque là. Ce n’est peut-être tout simplement ni le bon moment, ni le bon contexte.
Je pense que nous sommes très (trop) en avance sur notre temps et en même temps, certains de nos sujets sont devenus mainstream, la question du logiciel libre, de l’open data, de la protection de la vie privé dépassent très largement le parti pirate.
Malheureusement, notre victoire sur la diffusion de ces thèmes au grand public nous rend de fait moins audible sur ces questions, c’est le paradoxe de nos structures politiques centrées autour de thèmes « niche ».
Nous sommes les seuls à comprendre comment nos idées vont au delà de ces questions, pour l’instant.
Bon, d’accord, mais on fait quoi ?
Simplifier drastiquement pour soulager
Je pense sincèrement qu’il faut repenser le parti pour qu’il puisse être géré par 3 à 5 personnes tirées au hasard dans la rue.
Je vous invite à faire cette expérience de pensée, ça donnerait quoi le parti pirate sous ce format ? En terme d’outil, de fonctionnement, d’accueil, d’adhérents, de programme ?
L’intérêt de cette réflexion est multiple. Cela va nous permettre de :
- grandement simplifier le fonctionnement général
- revoir à la baisse le budget nécessaire au fonctionnement du parti
- ne pas dépendre des compétences techniques de telle ou telle personne
On peut quand même se fixer quelques contraintes afin d’éviter de devenir l’équivalent d’une association de gestion des fêtes du 14 juillet bien sûr.
Soulager c’est faciliter l’investissement
Je pense que simplifier le fonctionnement permettra aux personnes motivées de participer plus librement.
Aujourd’hui, s’investir, c’est, dans la tête de beaucoup, prendre un mandat, des responsabilités, créer des réunions, animer des échanges, distribuer du travail, développer des outils, les maintenir etc…
Autrement dit, aujourd’hui, s’investir devient, au bout d’un moment nécessairement une contrainte. Alors bien sûr on est pas obligé de faire tout ça pour s’investir, mais d’une manière ou d’une autre, peut-être par culture interne et peut-être aussi par incitation informelle, de par la manière dont sont structurés nos groupes de travail (sous la forme d’équipage, d’équipe, de conseil), ça le devient. Et sous la contrainte, on s’épuise beaucoup plus facilement, naturellement (en tout cas c’est mon cas).
Si on en fait un Parti Pirate minimaliste, est-ce que ça va pour autant sauver le Parti ?
La réponse courte est non, en soit, si on arrive à 50 adhérents, qu’on ne récolte plus ou quasi plus de dons, même avec ces réformes, ce sera ciao bye bye. Mais je pense qu’il est important de repousser ce moment le plus possible, de nous donner tous les moyens nécessaires.
Si les futurs statuts le permette, il sera cependant beaucoup plus simple de faire pivoter le Parti Pirate, de prendre des risques avec quelques personnes qui peuvent décider rapidement, de tester ce qui prend.
Conclusion
Si un tel projet vous semple pertinent, faites le savoir, je peux travailler sur des réformes de ce type avec votre aide.
À bientôt,
Piratement
