C'est l'heure du glyphosate


#41

Quant à la PAC, je ne la connais pas suffisamment pour pouvoir en faire une analyse fine, cependant, il y a des limites, qui freinent en partie les pratiques. L’exemple que je vois, c’est le fait de ne pas avoir le droit d’utiliser un herbicide en post-semis/pré-levée (typiquement, du glypho). Je m’explique :

En agriculture de conservation, on alterne des cultures de vente ou de rente (qu’on vend, ou qu’on donne à manger à son troupeau, dans tous les cas, qu’on récolte, qui sortent de la parcelle : on dit qu’on “exporte de la parcelle”) et des cultures qui sont là pour la fertilité du sol, pour limiter l’érosion, pour favoriser les auxiliaires des cultures, pour structurer le sol etc. Il y a plein de raisons de faire pousser ces cultures dont on ne tire pas profit : on appelle ça des Cultures Intermédiaires Multi Services (des CIMS).

Le glyphosate est un herbicide qui pénètre par les feuilles : pas de feuilles, pas de risque de détruire la culture (donc, si on met du glypho en préventif, pour ne pas que ça repousse : ça ne sert à rien).

Quand on plante une graine, on la plante à quelques cm de profondeur (ça varie selon les cultures). Au début, elle n’a pas de feuilles. Je peux donc passer du glyphosate juste après le semis de la culture de vente pour détruire ma culture intermédiaire : ça ne porte pas préjudice à ma culture de vente.

Or, en agriculture de conservation, il est fréquent (et ça présente plein d’avantages) qu’on sème la culture de vente dans le couvert (=dans la culture intermédiaire) Vidéo de semis direct de maïs dans un couvert de féverole, 1min30, juste pour visualiser. Et souvent, malgré le fait que beaucoup d’agriculteurs en agriculture de conservation aimeraient s’en passer, on desherbe avec un glypho, le jour du semis ou quelques jours après.

C’est interdit par la PAC, car un technocrate a considéré que si on passait du glyphosate entre le semis et la récolte de la culture, ça voulait dire que la culture résistait au glyphosate et que donc, c’était un OGM. Or non, il y a cette petite fenêtre de quelques jours, où la culture est semée, n’a pas encore de feuilles visibles, et où elle est donc insensible au glyphosate. C’est juste un exemple pour illustrer certains aspects non pertinents de la PAC.

Pour contrecarrer ça, on trouve des “solutions” : déclarer qu’on a traité trois jours plus tôt plutôt que trois jours plus tard, invérifiable ou bien détruire le couvert bien avant le semis, mais l’intérêt agronomique voudrait qu’on ait une destruction la plus tardive possible, pour maximiser les effets positifs du couvert intermédiaire (=culture intermédiaire, c’est pareil).

Sauf que là, attention, on n’a pas le droit de détruire une culture intermédiaire avec du glyphosate, mais en revanche, on a le droit de nettoyer sa parcelle avant l’implantation de la culture de vente avec du glyphosate : l’acte est le même, la façon de le déclarer fait qu’on est dans la légalité (ou pas).

La PAC ne permet pas non plus la prise en compte des cultures associées sur une parcelle. Pour la PAC : une parcelle = 1 et 1 seule culture. Or, il est possible de faire pousser plusieurs espèces sur une même parcelle : des arbres et une culture annuelle (c’est l’agroforesterie), plusieurs espèces annuelles ensemble, soit du début à la fin, soit sur une partie seulement de la croissance de la plante (“relay-cropping”). ça présente des avantages agronomiques (notamment : pas de sol nu = moins d’adventices (~"mauvaises herbes) = moins d’herbicides), mais le fait que ça ne soit pas pris en compte par la PAC, ça fait qu’on ne touche pas d’aides pour ces pratiques.

En conclusion, excusez-moi pour le pavé. Je pense qu’il y a beaucoup de choses à changer dans la PAC, je vous ai présenté deux exemples, mais je ne connais pas suffisamment la PAC pour pouvoir aller beaucoup plus loin que ça :s


#42

Le jour où il existera des OGM qui, de façon avérée, c’est à dire prouvé par des études n’émanant ni des firmes, ni de pseudo-scientifiques (en réalité des communicants payés par les firmes), ni de scientifiques ayant des conflits d’intéret avec les firmes productrices des semences, permettraient de faire pousser des cultures avec une quantité significativement moins importante d’eau, ou sur des sols salinisés, ou plus nutritifs, alors, il y aurait un intérêt à évaluer en balance avec les risques.

Mon avis est que pour le moment, les OGM nous font “rêver” avec ça, mais ils ne permettent pas encore de répondre à ces problèmes (c’est aussi pour ça qu’il y a encore besoin de recherche si on veut atteindre ça). Ils permettent juste de produire en continu, sans tenir compte des années, une toxine insecticide Bt ou de permettre l’application d’un herbicide en culture : pour moi, comme dit plus haut dans la discussion, ça répond à des problèmes qui ont été crées de toutes pièces par une intensification excessive, la monoculture(pour répondre à d’autres problèmes, à une autre époque) et la promesse du tout-chimique (un problème ? Un produit, une solution).

Edit : je ne te jette pas la pierre pour n’avoir pas trouvé un review à jour : comme très peu des données d’homologation sont publiées, c’est chercher une aiguille dans une botte de foin ;p


#43

Du coup, tu classifies comment les recherches sur le Golden Rice? J’ai pris cet exemple principalement parce que ce n’est le resultat que de recherche d’universite sur les 20 dernieres annees. J’avais espoire que cela eviterais le discour “c’est des mechants scientifiques corrompu par les capitalistes des grandes multinationales”. Je force le trait, mais nier leurs travaux sans avoir de contre argument, n’est, je trouve, pas correct et manque de valeur.


#44

Les recherches sur le riz doré sont nécessaires mais de pas encore probantes, au moins il y a quelques années (Marie-Monique Robin cite des sources dans son bouquin le monde selon Monsanto, j’essaierai de faire l’effort de les remettre ici dès que je rentrerai de vacances).

Tu as raison sur le fait qu’il faudrait qu’à l’occasion je regarde où ça en est plus en détail, mais ça ne sera que partiel (faire une revue biblio, ça prend un certain temps, voire un temps certain, que je n’ai pas pour faire une synthèse biblio sur les OGM. En revanche, pour le boulot, va falloir que je fasse une synthèse biblio sur agriculture de conservation et besoins en eau, et j’essaierai quand ça sera fait, d’en poser une synthèse accessible sur un fil discourse).

Si un bénéfice tel que avantage nutritif, résistance à la sécheresse ou à la salinité était avéré, ça vaudrait le coup de rouvrir un vrai débat (serein si possible) de société sur la balance bénéfice/risque (je ne considère pas ce bénéfice comme avéré actuellement, mais je vais regarder plus en détail, car, d’après ce que tu dis, je suis peut-être restée sur une information d’il y a quelques années et donc peut-être obsolète : à creuser ;p)

Je souhaite avant tout d’apporter des éléments pour qu’un maximum de lecteurs de ce fil puissent se faire leur avis et puissent acquérir certaines notions importantes quand on parle des systèmes agricoles, parce que finalement, assez vite, on voit qu’on ne peut pas en rester à juste la question du glypho, ou des OGM, que tout est lié : c’est un système complexe ! ;p

Edit : excuse-moi si la forme de ma réponse t’a heurté, ça n’était pas du tout l’objectif, j’essaierai d’être plus vigilante, mais n’hésite pas à me le signaler comme tu viens de le faire, ça permet de recadrer et de rester sur des échanges sereins et de qualité : j’ai cru comprendre que peu participaient mais que pas mal lisaient ;p


#45

La FNSEA et les JA ont toujours été pour des subventions à la production, ou à défaut à l’hectare (droit à produire) ou encore à l’instauration de quotas et aides à l’exportation, contrairement à la Confédération paysanne qui est pour une juste rémunération des paysans, par leur subventionnement. Les effets pervers de ces politiques agricoles (PAC) avec l’augmentation artificielle des valeurs des exploitations étaient dénoncés avant leur instauration, mais vu les bénéfices que certains ont pu faire en revendant tout en empêchant de nouveaux agriculteurs de s’installer sans s’endetter sur 30 ans …

Donc les positions actuelles de la FNSEA ne sont pour moi pas recevables car ils dénoncent maintenant un système dont ils ont activement soutenu la mise en place.