Vote obligatoire : pour ou contre ?


#43

Ce n’est pas devenu un choix politique, ça a toujours été un choix personnel, et en ne participant pas à un scrutin on fait le choix de ne pas participer à un scrutin. Je ne comprends pas en quoi ne pas l’effort de faire un choix parmi les choix proposés ce serait un choix politique qui nécessiterait l’anonymat. Il va falloir aller plus loin parce que le raisonnement que tu nous présentes ici, que tu décris comme logique, ne me semble pas du tout logique bien au contraire.

Concernant le vote obligatoire, on voit en Belgique par exemple que l’obligation est inapplicable légalement, et notre justice étant déjà surchargée ce serait vraiment contre productif.


#44

Cette prémices me semble amplement discutable pour plusieurs aspects.

D’abord , considérer que l’absence d’émission d’un comportement (le vote) est choisis me pose un soucis du point de vu de la psychologie comportementale. Se déplacer au bureau est plus coûteux (en terme d’organisation, de temps, d’énergie mentale associés au vote, au choix du candidat à soutenir), que l’état basale, par défaut, qui serait de vaquer à ses occupations habituelles, voir de ne pas bouger de son canapé. Autrement dit, on ne peut pas mettre sur un même plan aller au bureau de vote et rester chez soit (en terme de coût physique et cognitif), dés lors, dire que l’un et l’autre sont 2 choix équivalents me pose un problème.

Ensuite, supposer que le non vote est un choix politique suppose que nous ayons une connaissance étendu de ce que les gens ont dans la tête. On peut mesurer des tendances d’opinions, des sensibilités à certains mouvements politique mais difficilement (à moins que quelqu’un ai des données là dessus) pourquoi les gens qui ne votent pas ne votent pas, s’il s’agit d’un choix conscient ou pas etc… Et je parierais bien qu’au moins une petite partie des non votants n’y vont pas sans trop savoir pourquoi, par désintérêt par exemple, la sensation que ça ne sert à rien, ou parce que d’autres choses ont plus d’importances pour eux.

Je dirais même que sous certains aspects, cet argumentaire tend à être en contradiction avec un des principes de la démocratie délégative qui donne la possibilité de ne pas donner son avis, et de laisser à quelqu’un qu’on considère comme plus compétent de décider pour nous. Un des moyens de réduire le nombre de non votant ne serait-il pas d’ailleurs de faciliter les démarches de procuration ?

On gagnerait à faciliter l’accès au vote, à s’assurer que les gens vivent dans une société où il ne sentent pas exclus avant de s’attaquer à des obligations de ce type.

Il y a à mon avis une différence entre voir pour qui tu votes et voir pour qui tu ne votes pas. Dans un cas, on sait qui tu soutiens (une personne), dans l’autre on ne sait pas.


#45

Je suis tout à fait d’accord avec @Bibo, mais je pense qu’en fait @AntoineArpege soulève fort justement le problème qu’actuellement, contrairement aux autres résultats de l’élection, on puisse savoir quel inscrit a voté (le fameux registre), et donc par déduction qui s’est abstenu, indiquant que ces personnes se sont abstenues et n’ont pas voté.
D’ailleurs on sait aussi du coup qui a voté, mais heureusement pas ce qu’ils ont voté,…
Et encore vu les résultats dans certaines petites circonscriptions, ou au niveau du bureau de vote ou de la municipalité, quand une option ne recueille aucune voix, on sait déjà ce que chacun des inscrits n’a pas fait.
Et si en plus il n’y a pas de vote nul, en terme de pressions, c’est la cata pour ces derniers ; d’ailleurs il me semble que dans certaines villes passées au vote électronique, il n’y a pas de possibilité de voter nul.

Une solution pourrait être de rajouter une case “Abstention” sur le bulletin (unique) de vote (et déjà, remettre le “vote nul” pour le vote électronique), car je trouve très pertinent le rappel de cette donnée :


#46

C’est à peu près ce qu’il s’est passé aux Élections législatives jamaïcaines de 1983 — Wikipédia (wikipedia.org), où

devant le refus du Jamaican Labour Party au pouvoir de réviser les listes électorales : le refus de participer au scrutin est entendu dans la population, puisque la participation n’atteint finalement que 2,7 %.

Et bien sûr le premier ministre Edward Seaga (JLP), qui avait donc tous les sièges, en a profité pour ne pas faire d’élections législatives pendant 6 ans (initialement pas de date déterminée à l’avance dans les systèmes dits de Westminster), avant Élections législatives jamaïcaines de 1989 — Wikipédia (wikipedia.org).


#47

Donc tu obligerais, malgré le fait que tu sois d’accord avec Bibo, les gens à voter pour qu’ils puissent s’abstenir. Je dis pas que ça fait des nœuds à mon cerveau. L’abstention c’est : l'absence de vote d'un électeur.

Au final, j’ai du mal à comprendre ce que vous essayer de résoudre à vouloir OBLIGER les gens à faire ce qu’ils ne veulent pas faire, quelles que soient leurs raisons. L’abstention est une absence de choix, contrairement au vote blanc. C’est d’ailleurs toutes le problématique de la démocratie directe, il faudra voter SOUVENT. Ça vous arrive jamais de vous dire “mais j’en ai rien à faire de ce sujet” ? Si la réponse est non j’ai plusieurs réponses possibles mais pour l’amour de la discussion je dirais que c’est parce que vous voulez pinailler et que vous êtes sur le mode de l’anecdote et que vous plaquer vos principes sur ceux des autres.

L’abstention est un marqueur d’intérêt, si l’on suit l’explication de @Bibo, la personne n’a pas eu assez d’intérêt pour la question pour faire plus que son comportement habituel. C’est une donnée importante qu’il ne faut pas camoufler. C’est ça l’obligation du vote, camoufler le désintérêt, qui en soi est un problème pour le bien être de la démocratie.


#48

Que ce soit très clair : non, pas du tout. Désolé si je me suis mal exprimé.
Je ne voyais pas cela comme nécessitant une mise en place de vote obligatoire.
Je ne veux surtout pas obliger les gens à le faire. A mon sens il s’agirait plutôt d’éviter ça :
Référendum italien de 2005 — Wikipédia (wikipedia.org)
(et dans une moindre mesure) :
Référendum constitutionnel roumain de 2018 — Wikipédia (wikipedia.org)
Référendum roumain de 2019 — Wikipédia (wikipedia.org)
D’ailleurs les trois sont liés à la présence d’un quorum qui est basé sur la comptabilisation du taux de participation et du taux d’abstention.

Je suis d’accord, cela recouvre une part importante des abstentions.
En fait ce que je crains (et ce que je comprends du message d’@AntoineArpege) est plutôt du côté du risque de problèmes pouvant arriver à ceux qui s’abstiennent (ou au contraire à ceux qui votent), non pas parce qu’ils s’abstiennent et ne pèsent pas sur le choix fait lors du vote (et encore, ce n’est pas forcément le cas s’il y a par exemple un mécanisme de quorum), mais bien parce qu’on peut savoir qui s’est abstenu, ce qui peut mettre une pression sur les gens.

Je confirme tout à fait ce point. D’ailleurs je trouve scandaleux les législations prévoyant des amendes voire des restrictions pour entrer dans la fonction publique (je crois qu’il y en a eu, en Grèce).


Edit : Pour rappel en France les grands électeurs doivent voter pour les élections sénatoriales, la sanction pour ceux qui ne le font pas est une amende (je ne sais pas si c’est effectivement appliqué).
La justification ici est que le suffrage ne concerne pas les citoyens inscrits, mais des personnes élues dans les collectivités territoriales par ceux-ci (et aussi les députés et sénateurs eux-mêmes), dans l’exercice de leur fonction.


#49

En fait, je vais faire juste un peu de sémantique en partant de ceci : https://www.legifrance.gouv.fr/loda/article_lc/LEGIARTI000019240995

La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum.

Aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s’en attribuer l’exercice.

Le suffrage peut être direct ou indirect dans les conditions prévues par la Constitution. Il est toujours universel, égal et secret.

Sont électeurs, dans les conditions déterminées par la loi, tous les nationaux français majeurs des deux sexes, jouissant de leurs droits civils et politiques.

Ce qu’établit ici la constitution c’est que le vote est un droit. Et un droit n’est pas un devoir.

Droit : Ce qui est exigible ou permis par conformité à une loi, un règlement.
Devoir : Ce à quoi l'on est tenu par la loi, les convenances, la morale.

Bref


#50

Merci à toutes et tous pour vos réponses !

Désolé de ne pas être “allé plus loin”, je pensais mon message déjà assez long. A tes objections, je ne sais pas dire mieux que ce que j’ai déjà dit. J’essaierai d’être aussi clair et logique que toi la prochaine fois, je ferai de mon mieux.

Merci d’abord d’avoir répondu longuement, tes remarques bienveillantes m’ont aidé à creuser certains aspects. Je comprends bien l’idée que certaines abstentions sont liées au manque de moyens ou de temps pour se déplacer. Mais ce facteur, souvent, ne semble pas le plus important, puisque le taux d’abstention fluctue beaucoup entre deux élections, mêmes très proches dans le temps. Par exemple, je veux bien croire que les 10-15% d’abstention au 1er tour des présidentielles s’expliquent par des contraintes concrètes. Mais pour les 50% d’abstention au 2e tour des législatives peu de temps après, c’est forcément parce que 35-40% des électeurs ont “choisi” (au moins dans une certaine mesure) de ne pas y aller, alors qu’ils le pouvaient concrètement quelques semaines avant.

Mais justement, ça tend plutôt à montrer que “aller voter” est un choix à part entière, et qu’il dévoile une certaine opinion politique, basique mais importante quand même : est-ce que je juge que “ce vote” est un acte suffisamment important pour que je produise cet effort, que je paie ce “coût” ? Si le vote est obligatoire, cette opinion n’est pas dévoilée. Si le vote n’est pas obligatoire, je suis obligé de dévoiler cette opinion.

Pour la même raison, je n’ai pas besoin de savoir “ce que les gens ont dans la tête” pour défendre mon raisonnement. Même sans grande conscience politique, si je ne veux juste pas prendre part au vote, simplement par manque de connaissances ou d’intérêt… pourquoi faut-il que tout le monde sache que je manque personnellement de connaissances ou d’intérêt, ou que “j’en ai rien à faire de ce sujet ?” (@Farlistener).

Il y a sûrement une différence de degré (c’est moins grave de savoir ça qu’autre chose), mais je ne vois pas de différence en principe. On peut le montrer en renversant la situation :

Imaginons un pays où le vote est déjà obligatoire, et où le bulletin de vote permet l’expression de toutes les sensibilités : “Candidat A”, “candidat B”… mais aussi “vote blanc”, “tirage au sort”, que sais-je encore… et enfin “Ne prend pas part au vote”. Dans cette situation, la position des partisans du vote non-obligatoire revient à dire : “de tous les choix ici proposées, il y en a un - et un seul - qui ne pourra pas être secret”… Même si j’admets que ce choix est plus flou, qu’il dévoile moins sur mes opinions politiques, je ne vois pas de raison, par principe, pour qu’il soit moins secret"

J’insiste sur le fait que je ne parle là que de “principes”, et je renvoie pour cela à mon post-scriptum précédent :

J’étais donc, par avance, totalement d’accord pour dire que “notre justice étant déjà surchargée ce serait vraiment contre productif” (@Florie) ; ou encore, que "on gagnerait à faciliter l’accès au vote, à s’assurer que les gens vivent dans une société où il ne sentent pas exclus avant de s’attaquer à des obligations de ce type (@Bibo) ; ou même, que ça ne “résout” pas grand chose (@Farlistener).

Je m’étonnais juste que l’idée soit balayée en invoquant par principe la “liberté” (d’aller voter ou pas), alors qu’on peut très bien y opposer la “liberté” de conscience.

Je me demande juste si cette phrase m’était destinée, parce qu’il ne me semble pas inutile de “pinailler” sur la liberté de conscience.


#51

Ma modeste contribution : pendant longtemps j’ai été sensible au combo “vote blanc+ vote obligatoire”, aujourd’hui je penche plutôt pour vote blanc (ou JM) + annonce des résultats officiels en % de voix par rapport au total des citoyens en age de voter et non déchus de leurs droits civiques.