(Projet Motion) Pour une chambre parlementaire citoyenne

Contexte

Salut les pirates ! Je réfléchis depuis longtemps à la création d’une chambre citoyenne basée sur le tirage au sort et utilisant les outils de démocratie directe comme le référendum et le jugement majoritaire. En parcourant le programme, j’ai vu qu’on avait déjà une proposition de supprimer le sénat (lien), donc je me suis dit que c’était un bon contexte pour discuter de ce sujet.
L’objectif est simple: plus d’implication citoyenne dans la démocratie et la prise de décision, plus de responsabilité des élus devant les électeurs, outils de contrôle citoyen sur les décisions, et augmentation de la participation citoyenne globale (référendum notamment).
Voici le premier jet pour cette proposition de motion, je vous laisse lire et me faire vos retours !
J’ajoute à la fin une petite section « réponses aux objections courantes » en prévision des premieres critiques que je peux imaginer !


I. Désignation des représentants

Cette chambre citoyenne serait composée d’un grand nombre de parlementaires (~2000, nombre à définir), désignés par tirage au sort sur les listes électorales.

  • Inéligibilité : Toute personne ayant déjà exercé ou ayant déjà candidaté à une fonction politique majeure (maire d’une commune de plus de 20 000 habitants, parlementaire, ministre, etc.) ne peut être désignée.
  • Droit de retrait : Les citoyen.nes désigné.es peuvent refuser de siéger en justifiant leur décision (liste des justifications acceptées à définir).

II. Formation

Les citoyen.nes désigné.es bénéficient d’une période de formation de un an portant sur :

  • Le fonctionnement des institutions et de l’économie.
  • L’épistémologie et la méthode scientifique.
  • L’analyse du discours et la rhétorique.
  • La sociologie et la gestion administrative.
  • L’initiation à l’écologie, etc. (liste non exhaustive).

Modalités de formation :

  • Socle documentaire : Validé par des experts des différents domaines.
  • Auditions : Possibilité de convoquer des spécialistes pour une intervention sur un sujet précis.
  • Tutorat : Les citoyens des mandats précédents peuvent servir de tuteurs.
  • Calendrier : Passée cette période de formation, les citoyen.nes entrent en fonction pendant 3 ans.

III. Caractéristiques du mandat

  • Durée totale : 4 ans (1 an de formation + 3 ans de siège).
  • Calendrier : Le tirage au sort a lieu un an avant le changement de chambre effectif (ex: désignation en 2027, formation en 2027, prise de fonction en 2028).
  • Déontologie : Déclaration d’intérêt vérifiée par la HATVP. Tout manquement grave et volontaire peut être sanctionné d’une révocation.
  • Rémunération : Établie à 200% du revenu de base (ou du SMIC si celui-ci n’est pas en place).
  • Moyens humains : * Une enveloppe de frais de représentation (équivalente aux députés).
    • Un collaborateur permanent (rémunéré au même niveau, sans frais).
    • Un collaborateur « expert » pour 2 mois, jusqu’à 3 fois par an.

IV. Pouvoirs législatifs

La chambre citoyenne agit comme un contre-pouvoir pour protéger l’intégrité des institutions.

1. Contrôle des projets de loi

Suite à tout projet de loi validé par l’Assemblée nationale, la chambre exprime un avis au jugement majoritaire :

  • Accepté : Mention « Bien » ou « Très bien ».
  • Renvoyé : Mention « Insuffisant » (nécessite de préciser explicitement les points à modifier).
  • Rejeté : Uniquement si la mention majoritaire est « À rejeter ».
  • Cas complexe : Mention « Passable » ou « Assez bien » → Vote pour décider du renvoi à l’Assemblée ou d’un passage en référendum.

2. Limitation de la navette

  • Après trois renvois à l’Assemblée, toute mention en dessous de « Assez bien » entraîne le rejet définitif de la motion.
  • En cas de rejet, l’Assemblée nationale doit attendre la prochaine session parlementaire pour réexaminer le sujet.
  • Domaines réservés : Pour tout projet concernant les libertés individuelles, la modification démocratique ou l’écologie, la chambre citoyenne dispose d’une attention accrue.

V. Procédure accélérée (Sujets techniques)

Cette procédure simplifiée s’applique aux domaines suivants : Lois de finance, budget Sécu, mise en conformité européenne, procédures civiles/pénales, fonction publique (grilles, concours), normes techniques, gestion des réseaux (eau, gaz, électricité, internet), lois d’exception.

  • Validation : Le texte est validé dès son vote par l’Assemblée.
  • Droit d’examen : La chambre a 15 jours pour demander à examiner le texte.
  • Blocage : Seule une mention « À rejeter » bloque l’application.
  • Restriction : Pas de référendum possible sur ces sujets techniques.

VI. Pouvoirs institutionnels

  • Conseil Constitutionnel : La chambre coopte 50 magistrats spécialistes du droit (non engagés). L’Assemblée et le Président peuvent récuser des candidats avec justification publique jusqu’à validation de 15 magistrats. Renouvellement à chaque changement de chambre.
  • Référendum révocatoire (Président) : Mise en jeu du mandat présidentiel au jugement majoritaire. Si « À rejeter » → démission et nouvelles élections.
    • Condition : Majorité simple à l’Assemblée + Majorité des 2/3 à la chambre citoyenne.
  • Révocation de parlementaire : Pour raison non politique (violences, détournement, absentéisme). Vote au jugement majoritaire après audition publique.

VII. Organisation des référendums

Pour limiter les coûts et la fatigue démocratique, les référendums sont groupés en 3 sessions par an (ex: décembre, mars, été).

  • Bulletin unique : On s’exprime sur tous les votes de la période en une fois.
  • Mise en œuvre : L’exécutif doit préparer l’entrée en vigueur de la loi au maximum un mois après la validation par référendum.

Réponse aux objections fréquentes

1 - Le droit de veto et les trois renvois vont créer un blocage législatif permanent.
Réponse : Le projet sanctuarise la gestion du pays pour les sujets prioritaires. Pour le budget, les normes ou les lois d’exception, le texte est « validé dès son vote par l’assemblée nationale » (Section V). La Chambre Citoyenne n’intervient qu’en cas d’alerte grave, et « seule une mention ‹ à rejeter › bloque l’application » (Section V). Le reste du temps, l’intendance de l’État se poursuit sans délai.

2 - Les citoyens n’ont pas les compétences pour des dossiers complexes.
Réponse : Le mandat ne commence pas par le vote, mais par une « période de formation de un an » intensive (Section II). De plus, chaque citoyen a la possibilité d’engager un « collaborateur ‹ expert › pour une durée de 2 mois, jusqu’à 3 fois dans l’année » (Section III) pour l’épauler sur les dossiers pointus. C’est un système de montée en compétences encadré.

3 - C’est une porte ouverte au populisme et à l’instabilité présidentielle.
Réponse : Le dispositif prévoit des verrous de sécurité stricts. L’organisation du vote révocatoire demande une « majorité simple à l’Assemblée nationale et une majorité aux deux tiers dans la chambre citoyenne » (Section VI). Ce double seuil garantit qu’un président ne peut être mis en jeu que si le mécontentement est massif et transpartisan.

4 - Les lobbyistes vont manipuler ces 2000 citoyens novices.
Réponse : Le projet mise sur la formation à l’« analyse du discours et de la rhétorique » (Section II) et sur des auditions basées sur un « socle de documentation validé par des experts » (Section II). Le grand nombre (2000) et le fait que les citoyens sont « désigné par tirage au sort sur les listes électorales » (Section I) rendent la capture par les lobbies statistiquement beaucoup plus difficile que sur un petit groupe d’élus permanents.

5 - Le coût de 2000 parlementaires et des référendums est trop élevé.
Réponse : Le coût est rationalisé. Pour les référendums, ils sont « réunis dans 3 temps par session parlementaire » avec un « bulletin unique » (Section VII). Cela évite de multiplier les frais d’organisation. Côté RH, le citoyen ne dispose que d’un seul « collaborateur permanent » (Section III), ce qui limite la masse salariale par rapport au système actuel.


Utilisation de l’IA générative dans la rédaction de ce point de programme:

La totalité du contenu de la proposition de point de programme a été écrite manuellement. L’IA générative a été utilisée pour la recherche, la mise en forme, la génération des objections fréquentes, et la correction de l’orthographe.


Voilà, n’hésitez pas à me donner vos avis/retours, que ce soit sur le fond, la forme, des formulations, le concept en lui même etc !

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Sur le sujet il y a Sénat Citoyen qui propose plus ou moins la même chose. Pour aller à l’essentiel il y a le livret initial de 2016 avec ses annexes qui précisent les avantages et inconvénients de différentes options, un article de 2019 dans Socialter qui fait un état des lieux des propositions sur la place publique et analyse leurs principes et la Proposition de loi constitutionnelle de 2022 qui présente sa dernière proposition

à ta disposition pour en discuter

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Merci pour ces ressources ! Je regarde tout ça dans la journée de demain !

Merci pour ce gros travail, il y a sûrement plein de choses à dire sur les modalités de ceci ou de cela mais je trouve intéressant qu’on se positionne là dessus, absent du programme, et qui permet de maintenir des liens idéologiques avec les autres initiatives de ce type citées par sdm.

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Quelle légitimité d’une chambre représentative, mais tirée au sort ? Surtout au vu des pouvoirs décrits ici.

Sur la légitimité du tirage au sort voir ces deux articles de Dimitri Courant

https://api.unil.ch/iris/server/api/core/bitstreams/413df9b7-b44b-434b-889a-6ee06221a9ce/content

Le premier compare la légitimité du tirage au sort par rapport aux autres modes de sélection

https://shs.cairn.info/revue-raisons-politiques-2021-2-page-13?lang=fr

Le second compare les dispositifs mêlant tirage au sort élection et référendum

Quelle légitimité d’une chambre représentative, mais tirée au sort ? Surtout au vu des pouvoirs décrits ici.

Salut ! Quelques éléments de réponse sur cette question:
Tout d’abord, la légitimité se décline en plusieurs axes:

  • Sur la représentativité: Un tirage aussi gros (2000 personnes) sur l’ensemble des électeurs va faire intervenir la loi des grands nombres et le théorème central limite. En gros: en prenant beaucoup de gens dans un très gros échantillon on peut garantir une représentativité des idées de la population très forte. Je vous épargne les calculs mais si j’ai réussi mes maths correctement: Si la Chambre Citoyenne vote un texte à 55%, il y a 95% de chances que si on faisait voter l’intégralité des 50 millions de Français, le résultat réel soit compris entre 52,8% et 57,2%. Donc en gros, sur un sujet très clivant on a peu pres 2% de marge d’erreur ce qui est très peu !
  • De plus, le tirage au sort permet de représenter plus fidèlement la démographie française, notamment en éliminant statistiquement et officiellement tout les politiciens « de métier ». Pour donner quelques chiffres: Actuellement il y a 5 députés ouvriers à l’AN, soit 0.8% contre 19% dans la population réelle, pareil pour les employés (4.5% vs 26%). Pareil pour les étudiants, les personnes en situation de handicap, les personnes racisées… La méthode du tirage au sort permet une représentativité de personnes qui n’ont habituellement pas voix au chapitre.
  • Concernant les pouvoirs décrits: justement, cette chambre tirée au sort n’a pas de pouvoir législatif direct, elle ne peut pas écrire la loi, juste bloquer une loi votée par l’AN si il y a une large majorité d’opposition (seule la mention « à rejeter » bloque complètement le texte). C’est avant tout un filtre pas un décisionnaire, et toute décision litigieuse passe par un référendum (cas incertains, pouvoir de destitution présidentiel etc…)
  • L’indépendance: On se plaint souvent des « votes de partis », où les députés ne réfléchissent même plus à leur vote mais suivent simplement des consignes pour monter la hiérarchie du parti, préparer une réelection etc… Le tirage au sort évite ces écueuils.
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Sur la représentativité il ne faut pas se tromper sur le problème posé. Autant pour une enquête d’opinion il est important d’avoir un volume suffisant pour savoir statistiquement ce que les gens pensent spontanément sur un sujet auquel il n’ont que peu réfléchi, autant dans les processus délibératifs c’est bien la diversité des points de vue qui doit être recherchée.

D’autre part il faut combiner cette exigence de diversité avec la possibilité d’organiser un vrai débat ou chacun puisse également y participer.

Les plus grand tirages au sort ont été les G1000 où environ 1000 personnes étaient réunies sur une ou deux journées pour travailler en groupes de 10 sur une série de questions. L’objectif de ces dispositifs étant généralement de simplement recueillir les attentes de la population sur un sujet.

Pour les assemblées de type conventions citoyennes qui réfléchissent le week-end sur plusieurs mois sur un sujet on est plutôt sur un format de 100 à 200 personnes avec des alternances de travail en sous groupe et en commun.

Enfin au sujet du vote, il est souvent préféré dans les processus délibératif la prise de décision par consentement (à savoir par la levée de toutes les objections) plutôt que le vote. Ceci étant s’il doit y avoir un vote entre plusieurs options, le JM est bien évidemment à privilégier.

J’ai toujours été contre le tirage au sort (un désaccord profond avec plusieurs ici je sais).

Je suis sans doute encore un vieux con, mais j’ai envie de choisir les gens qui vont prendre les décisions en mon nom si déjà des gens vont décider pour moi.

Si je passe outre, plusieurs problèmes :

Droit de retrait : hormis les retraités et les fonctionnaires, être tiré au sort implique une mort professionnelle. Je ne suis plus au boulot pendant quatre ans, pour ma part, c’est mort, je n’aurais plus ni les compétences ni les connaissances pour être efficace. Cela va donc impliquer que je vais :

  • Soit perdre mon travail ou ne pas retrouver le même poste après les quatre ans

  • Soit perdre une partie de mon salaire et sans doute ne pas le retrouver ensuite

Cela me rendra donc susceptible d’être corrompu. Oh, je n’aurais pas de cadeau ou de salaire pendant mon mandat, hein. Mais je trouverais un boulot bien payé ensuite, une belle place. Une belle mission tranquille.

Cela peut aussi rendre l’assemblée, si on est trop large en droit de retrait, peu représentative (massivement des retraités, des fonctionnaires et quelques indépendants).

Procédure accélérée sur sujet technique :

Lois de finances, budget sécu, normes … En quoi s’est « technique » ? Ou alors je ne comprends pas ce qui est entendu par technique.

Voilà pour ma première lecture.

A Sénat Citoyen, dans le livret, sur la base de 348 sénateurs on avait estimé les chiffres suivants :

Sur la base d’un mandat de deux ans on s’était dit que le problème de retour à l’emploi existerait pour 45% des salariés du privé (TPE et PME, les salariés des ETI et grandes entreprises pouvant être pris en charge comme dans le secteur public) et les 20 actifs non salariés Ce qui fait 72 personnes sur 348 (20%) pour lesquelles il faudrait trouver des systèmes d’accompagnement spécifiques

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Sur la question du retour à l’emploi: pour les mandats locaux (maire de grande commune, président de conseil départemental ou régional) il existe déjà une garantie

À la fin de son mandat, le salarié bénéficie, à sa demande, de toutes les garanties suivantes :

  • Droit à réintégration dans l’entreprise (à condition de ne pas avoir dépassé 2 mandats consécutifs)
  • Avantages acquis par les salariés de sa catégorie durant l’exercice de son mandat
  • Stage de remise à niveau organisé dans l’entreprise
  • Formation professionnelle et bilan de compétences
    Pour le calcul de l’ancienneté, les périodes de suspension du contrat de travail des élus locaux sont prises en compte.
    Le salarié peut percevoir une indemnité spécifique, dite allocation différentielle de fin de mandat , s’il a repris une activité professionnelle dont les revenus sont inférieurs aux indemnités de fonction qu’ils percevaient pendant son mandat.
    source

On peut imaginer le même genre de garantie, cela prend en compte la remise à niveau et la réinsertion professionnelle

Concernant le pantouflage, bien sûr que ça existera, mais ça existe déjà actuellement à tellement grande échelle que c’est considéré normal. On pourrait imaginer rajouter ce rôle à la HATVP peut être, avec un suivi de qq années post mandat ?
Par ailleurs, il est facile de faire pantoufler/corrompre une dizaine de ministre, plus dur d’avoir des postes pour 2000 citoyens répartis partout en france dans des domaines extrêmement variés

Pour la question du retrait, le but est que celui ci reste l’exception. On peut imaginer un fonctionnement décentralisé majoritairement en visio au moins pendant l’année de formation, voir généralisé à tout le mandat pour éviter les problématiques de déménagements etc.
Si la rémunération est correcte, avec un retour à l’emploi garantit par la loi, et qu’il y a une certaine fermeté sur les retrait (même règle que pour un jury de tribunal ?) ça pourrait marcher je pense

Concernant les sujets « techniques » c’est une mauvaise formulation parce que j’ai écrit sans trop me relire. L’idée étant juste d’avoir une procédure accélérée pour les sujets sur lesquels la chambre citoyenne ne serait pas ou peu compétente + les sujets urgents/bloquants (d’où budget et loi d’exceptions)

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