Pragmatisme budgétaire et lutte contre l'insécurité: La légalisation monopolistique du cannabis


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Un constat un peu étonnant à l’aide d’un raisonnement économique basique montre toute l’absurdité d’une réalité que je n’ai jamais entendue présentée ainsi: Chaque saisie d’un volume significatif de drogue provoque une diminution de l’offre sur un ou plusieurs marchés, alors que la demande reste constante, donc les prix montent. Les acteurs de la filière ayant subis la saisie subissent une perte sèche, mais les concurrents sur les même marchés profitent d’un effet d’aubaine qui augmente leurs recettes. L’effet recherché (lutte contre le deal) est donc contraire à l’effet produit (enrichissement des trafiquants).

Aucune saisie n’a jamais découragé le trafic tant les enjeux économiques sont importants, et on vient de voir que les saisies enrichissent les dealers au bout du compte. Si la lutte contre la criminalité, le banditisme et les effets négatifs du deal sur les environs immédiats sont vraiment des objectifs, ceux-ci ne peuvent être effectivement réalisés qu’en commençant par légaliser le cannabis pour en faire un monopole d’État. Cela permettrait à l’État de conquérir les parts de marché de l’économie souterraine, la vente en dehors de points de vente agréés restant illégale, ce qui engendre des recettes fiscales tout en détruisant les filières du trafic qui ne trouveraient plus de clients prêts à se mettre dans l’illégalité alors qu’ils peuvent s’en procurer légalement, à un prix concurrentiel favorisé par les économies d’échelles réalisées par l’État producteur dans des exploitations intensives de grande échelle (possible stratégie de dumping par l’État dans un premier temps, pour vendre à très bas prix et ainsi rendre le deal non rentable).

La légalisation relève du pragmatisme budgétaire et agit en faveur de la sécurité des citoyens vivant en zone urbaine sensible. Il est par ailleurs parfaitement légitime de lever la prohibition morale qui n’a pas de fondement rationnel. Le monopole d’État sur ce produit soumis à un taux de TVA majoré (“Pour inciter à la modération” après la phase de dumping) instaurerait une nouvelle manne de recettes fiscales sans prélever plus à qui que ce soit, la légalisation permettrait de réduire le montant de la dette publique d’autant ou d’alimenter un fond pour les transitions soutenables. La police serait libérée de sa tâche de Sisyphe jamais gratifiante et l’État cesserait de payer ses policiers pour qu’ils enrichissent les trafiquants de drogue en cas de mission réussie… Il y aurait peut être même moyen de réduire les effectifs de police sans cette mission qui en occupe des légions, ce qui suppose des économies pour l’État s’ajoutant aux recettes fiscales de la vente de cannabis.

Il s’agit bien de lever une prohibition morale hypocrite et inefficace: Les citoyens consomment quoi qu’ils en soit en masse en basculant pour une large proportion dans une illégalité virtuelle dangereuse qui fait condamner à de la prison ferme des gens qui ne peuvent nuire qu’à eux-même dans le pire des cas. La prohibition est absurde et n’a pas de justification en terme de santé publique, car si le cannabis est trop dangereux pour la santé pour être en vente libre, les alcools forts le sont davantage:

L’alcool provoque des addictions beaucoup plus fréquentes et plus fortes qui induisent une dépendance physique, donc le manque et les effets de sevrage, ce que le cannabis ne provoque jamais, on sait au contraire qu’il a des vertus médicinales utilisées en Californie et au Canada. L’alcool fait des ravages sur le plan social et provoque de très nombreuses maladies en attaquant absolument tout les organes du corps, des pieds au cerveau, on peut perdre les deux par nécroses et syndrome de korsakoff. Fumer est mauvais pour la santé, mais le cannabis ne provoque pas ces maladies qui font perdre l’usage des yeux ou cracher du sang (cirrhose).

A mon avis, ça passerait en référendum, le gouvernement en place n’aurait même pas à se mouiller en convoquant le suffrage universel qui fait loi. Pour conforter le vote des consommateurs, il suffirait de prévenir publiquement que, par soucis d’harmoniser les politiques de santé publique, il s’agit soi de légaliser le cannabis, soit d’interdire la vente de tout les alcools supérieurs à dix degrés. M’est avis que les buveurs de pastis trouverait tout de suite un terrain d’entente improbable avec les fumeurs de joint…