Pour une dissolution de l'académie française


#1

Bonjour à tous,

Je suis récemment tombé sur cette vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=hfUsGmcr1PI

C’est un peu long. Cette institution créée par Richelieu s’est maintenue durant plusieurs siècles. Elle a maintenu un fonctionnement relativement détaché de ce qu’on pourrait attendre d’une république. Elle a été royaliste, pétainiste et accueil aujourd’hui des membres sur des critères relativement flous, qui semblent parfois politiques, despotiques. Ces membres, même si relativement peu rémunérés, bénéficient d’important avantages en nature (logement de fonction, château de vacances etc …) difficilement justifiables pour le fonctionnement de l’institution.

Je ne m’attarde pas sur l’écart qu’il existe entre leurs préconisations et les avancées des sciences du langage, de la linguistique fondée notamment sur l’absence de tels experts au sein de l’institution.

Son utilité semble grandement discutable. Elle distribue des prix, et travail de temps en temps sur un dictionnaire (leur dernière édition date de 1935). Tout cela ne serait pas trop grave si son budget et son patrimoine n’étaient pas si important. Cette institution est régulièrement épinglée par la Cour des Comptes notamment pour l’opacité de sa gestion financière (dans la vidéo à partir de 1:14:30), en 1982, 1992, 199, 2007 et finalement en 2015 : https://www.liberation.fr/checknews/2017/12/14/bonjour-combien-l-academie-francaise-coute-t-elle-au-contribuable-son-fonctionnement-est-il-soumis-a_1652756

On en fait ? Ça se dissout nan ?


#2

Je te vois arriver toi avec ton pilotage de son budget vers le RDB. Coquin.


#3

En fait, on aurait juste besoin de remplacer un dinosaure bien pesant contre quelque chose de rapide, avec une mission simple : statuer sur les évolutions de la langue française.

Je me dis donc que la motion pour la dissolution de l’Academie pourrait profiter d’une proposition de substitut.
Et je vois bien un collège de linguistes, historiens, artistes, pas forcément toujours le même, nécessairement representatif de la francophonie (et donc pas que français).

Aucune idée du mode de sélection / détermination de ce college, mais il pourrait sinon devrait fonctionner en démocratie liquide. Ce serait pas mal du tout ça.


#4

Je suis grave partante pour en causer. C’est un vrai sujet.

Il y a un autre aspect qui me chiffonne dans l’AF actuelle : L’absence totale de parité parmi les membres… Pourtant, si on cherche parmi les enseignants et chercheurs en lettres, je suis sure qu’on y trouvera des tonnes de femmes très compétentes pour décider des règles de notre langue. Mais bon, c’est vrai que dans cette organisation on accepte surtout les auteurs. Et surtout les hommes. J’appuie lourdement sur le côté ultra masculin du truc. C’est quand même cette organisation là qui, au 17ème siècle, a décidé que le mot “autrice” n’existerait plus parce que, selon eux, des femmes ne peuvent pas exercer cette profession…

Peut-être qu’avant de dissoudre totalement on peut envisager une réforme complète. Ou un changement de système… Et voir ce qui fonctionne ailleurs, si quelque chose fonctionne dans d’autres pays, avant de tout brûler (même si j’en crève d’envie).


#5

On peut garder les murs quand même, voire garder un peu de budget pour les entretenir ?


#6

Je ne suis pas sûr que cela doive être la mission d’une quelconque institution. Bibo parle de la linguistique par exemple, ce qui n’est pas la grammaire, elle ne dicte pas les règles de la langue. Et personnellement je suis plus intéressé par l’étude du langage que par la définition de sa direction. En fait, son évolution peut être vue comme similaire à l’évolution d’une espèce où les langues se séparent quand les communautés se séparent pour créer une autre branche.

D’ailleurs, j’ai l’impression que dans un monde où l’échange est globalement possible, de même qu’à une époque où il l’était localement au sein d’un groupe géographiquement restreint, les règles s’établissent sur une forme de consensus, à l’utilisation, à l’adoption. Mais bon, maintenant qu’un certain nombre de règles est écrit, nous voilà bien embarrassés. Alors une question peut-être à se poser avant celle de la dissolution ou non, de la réforme ou non de l’Académie française : quelle liberté donne-t-on à l’évolution de la langue ? Quel paradigme adopter ? Car l’AF dans l’état actuel des choses est, je pense, le reflet d’une volonté – passée, a minima – d’encadrer au sens premier plus que d’accompagner les évolutions linguistiques. Il suffit d’en voir les décisions prises telles que

(ce qui a longtemps perduré d’ailleurs) ou encore le refus catégorique des langues régionales par les académiciens.

Et pourtant, j’aime la grammaire… mais je pense que l’on peut dissocier les règles nécessaires à la bonne compréhension orale ou écrite des règles peut-être plus désuètes, qui n’ont de sens que d’un point de vue étymologique, issues de langues mortes.

En bref, pour ma part de réponses aux questions que j’ai précédemment posées… vu tout ce que je viens de dire, il ne me paraît pas aberrant de simplement dissoudre l’AF, ses deux missions étant (1) les définitions grammairiennes et (2) l’illustration de la langue française. Quant à la mission (1), cela dépend du paradigme adopté quant à l’évolution de la langue. Selon l’idée de différenciation des règles pour laisser plus de libertés à la langue, finalement nous sommes tous académiciens et on peut voir le résultat dans les dictionnaires tels que Larousse ou Robert. Comme une sorte d’observation de la langue à un instant t mais pas exactement, seulement le plus globalement admis semblerait y paraître. Enfin, quant à la mission (2)… elle se passe de commentaire. Le boulot que fait le CNRTL par exemple est en ce sens plus intéressant en termes de linguistique.


#7

@purerstamp : c’est tout de même intéressant de statuer sur une langue et sur les usages je trouve. Ça permet de marquer le temps, les époques, les évolutions de mœurs, de dire, etc. On pourrait imaginer des choses comme un dictionnaire par décennie, ou bien le développement de plusieurs français, en fonction d’où on est dans la francophonie, etc.


#8

Et comme la France est une nation universaliste, pourquoi pas y abriter l’académie de l’espéranto…


#9

Je citais le CNRTL, ce que tu dis là peut peut tout à fait s’inscrire dans le travail d’une telle institution justement :wink: c’est pour ça que d’entrée je différenciais bien grammaire et linguistique.


#10

L’affaire de “la” covid m’a refroidi au sujet de l’académie française. Selon moi une langue vit et évolue par l’usage qu’on en fait. Ce n’est pas à une institution de définir comment doit évoluer la langue. Tout le monde a dit “le” covid depuis le début, et tout à coup une poignée d’intellectuels décide que ça sera autrement. Cette fonction d’encadrement de la langue française n’a pas lieu d’être pour moi. Voilà un point de moins pour l’AF.
Maintenant cette institution a aussi certainement une fonction de prestige. C’est un patrimoine, une histoire. On peut considérer que c’est un peu un monument historique. Il faudrait évaluer le rapport coût / préservation du patrimoine avant d’envisager de la dissoudre ou non. On ne doit pas effacer le passé d’un revers de main alors qu’on se bat par ailleurs pour conserver certains patrimoines.
Enfin c’est un organe qui représente physiquement la langue. Certainement un outil important dans ce qu’on appelle la défense de la francophonie. Si on s’attaque à l’AF je pense qu’il faudrait définir notre rapport à la langue française et à la francophonie. Ce serait un long débat. Pour faire court je ne suis pas pour une langue encadrée par l’état, je suis pour une langue vivante qui évolue naturellement par l’usage. Et je ne suis pas pour défendre la francophonie qui est une survivance du colonialisme. Des pays africains qui ont pour langue officielle le français c’est une aberration à notre époque, alors qu’ils ont tant de langues autochtones bien vivantes à défendre. Si je suis hors sujet là-dessus veuillez m’en excuser, mais cette utilisation de la langue qui participe à l’attitude paternaliste avec les anciennes colonies, ça m’exaspère.


#11

Une réforme serait plus adaptée avant de parler de dissolution.
L’AF apporte tout de même des propositions/évolutions sur la langue française (Oui avec des fois un peu de retard, et oui parfois pas pertinente).


#12

Petites précisions :

  1. L’académie française ne décide pas de ce qui apparaît dans le Larousse ou le Petit Robert. L’AF ne fonde ses décisions sur rien d’autres que son analyse propre, indépendant de la recherche. Ses décisions n’ont, à ma connaissance, aucunes conséquences concrètes. Je vous invite vraiment à regarder la vidéo ou au moins à aller jeter un coup d’œil aux sources qui sont en description de la vidéo.

  2. Je ne veux pas tout brûler. On peut réaffecter les biens au service d’une institution délaissée, comme le CNRS par exemple ? Ou à un ministère si c’est possible ? Sinon, directement au budget de l’état. Ça fera une économie d’1 millions d’euros par an pour le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, en plus d’apporter des rentes.