Pénurie de médicaments


#1

Vous avez sans doute vu passer le problème de pénurie de certains médicaments pour des maladies graves.
L’industrie pharmaceutique non seulement protège ceux-ci par des brevets, mais en plus ce permet de livrer uniquement les pays qui paient le mieux.
Que pourrions nous proposer pour rendre l’accès aux médicaments pour tous ?


#2

Je ne l’ai pas vu passer mais c’est un sujet qui m’intéresse beaucoup, aurais tu quelques liens vers des sources qui en parlent, afin que je puisse avoir plus de détails ?


#3

C’était à la UNE du Parisien / Aujourd’hui en France :
http://www.leparisien.fr/societe/sante/medicaments-pourquoi-une-telle-penurie-28-10-2018-7930134.php


#4

Le problème est en effet inquiétant (particulièrement au vu sa tendance à l’amplification).
je me rappelle en fait que je n’avais pas pu il y a pas si longtemps être vacciné pour l’hépatite B (sur conseil d’un médecin) parce qu’il y avait une rupture de stock nationale, due à une fermeture temporaire d’usine à l’étranger (exactement le même genre de cas que dans l’article en fait). Résultat, j’ai oublié et je ne me suis pas fait vacciner du tout, ce qui n’est pas vraiment la meilleure issue imaginable.

Néanmoins… Je ne vois pas de solution évidente. A part peut être faire en sorte de devenir un des pays qui payent le mieux, à voir. A part des incitatifs financiers, nos moyens d’actions semblent assez faibles…
Mais si quelqu’un ici avait une meilleure idée je serais évidemment preneur ! :stuck_out_tongue:


#5

Il y a déjà de traduire ceci : https://wiki.partipirate.org/Trouver_une_alternative_aux_brevets_pharmaceutiques
… en projet de loi !
Et d’ajouter l’harmonisation des prix des médicaments au niveau européen en tenant compte des niveaux de revenus dans les pays (un truc comme ça).


#6

Alors juste quelques éléments de réflexion avant toute proposition, car j’ai eu quelques cours de pharmaceutique réglementaire, il y a longtemps, et que ce sont je pense des élements indispensables pour comprendre le fonctionnement des brevets en pharmaco :

Le brevet est posé sur une molécule, qui est présumée active. Je dis “présumée”, parce qu’en fait le brevet est posé très tôt dans le cycle de développement du médicament : dès qu’une molécule est soupçonnée d’avoir un effet, on pose le brevet. Pour détecter ces molécules, les labos font des myriades de simulations informatiques, sur des milliers de molécules, voire des dizaines de milliers. De ces tests en ressortent une dizaine à une centaine de molécules candidates.
Un brevet est posé sur CHACUNE de ces molécules, quand bien même, sur le lot, une seule sera démontrée efficace et sera donc commercialisée. De même, les premiers tests cliniques seront effectués avec chacune de ces molécules, de manière à éliminer celles pour lesquelles les simulations étaient optimistes. Quelques molécules candidates vont poursuivre en deuxième phase de tests cliniques, encore moins en troisième et normalement une seule en 4ème phase (celle des tests sur les humains).
Imaginez déjà l’aspect financier de ce développement : le dépôt des brevets, les simulations, les tests in vitro, sur des animaux, etc… Mais en plus imaginez le temps que cela prend : si mes souvenirs sont bons, cela peut durer jusqu’à 7 ans. Et pendant ce temps, le brevet bah il est pas gelé, eh !
OK, 7 ans après, j’ai ma molécule, elle est prête, testée, etc. Si j’ai de la chance, les tests de phase 4 se sont bien passés et je peux faire sereinement ma demande d’autorisation de mise sur le marché (AMM). Si j’ai pas de bol… Retour à la case départ, tout mon temps et mon argent ont été perdus.
Prenons le meilleur cas : l’AMM. Elle peut mettre des années à être délivrée, et pendant ce temps, le brevet…
Bref, 5 ans plus tard, admettons, je peux enfin commercialiser ma molécule. Sur 20 ans, il ne me reste que 8 ans pour l’exploiter avant qu’elle ne puisse être fournie en générique (bon, en vrai, non, parce que je peux bénéficier du Certificat complémentaire de protection (CPP) qui prolonge mon brevet, mais je crois que ce n’est utilisable qu’une seule fois)

Voilà, c’était juste pour vous donner un éclaircissement sur le pourquoi les labos pharmaceutiques agissent comme ils le font (c’est aussi à l’origine des tests mal faits qui ont menés à des scandales sanitaires… Coucou le Mediator) : il y a beaucoup, BEAUCOUP d’argent et de temps dépensé par ces labos, pour très peu de réussite. Après, quand c’est une réussite, ça permet, dans un monde de licornes, de financer plus de projets parallèles de médicaments, en vrai ces derniers temps ça sert surtout à augmenter les dividendes (coucou Sanofi).

C’est évidemment une honte de privilégier les pays capables de payer plus. Mais au moins maintenant, vous savez pourquoi ils procèdent ainsi.

En écrivant mon pavé, j’ai réfléchi à la meilleure manière de régler ce problème. Financer la recherche pharmacologique pour soulager les labos de leurs coûts de recherche ? On le fait déjà. Réduire le temps des études cliniques ? Impossible en l’état actuel des choses sans risquer de nouvelles crises sanitaires. Faire de l’industrie pharmaceutique un organisme d’état ? L’état risque d’alourdir sa dette (après, l’avantage, c’est qu’il n’y a pas de dividendes à redistribuer…) La seule chose qui peut être faite, et ce n’est qu’un pansement sur une jambe de bois, et je ne suis même pas sûr que ce soit possible parce que je ne me souviens plus des conditions d’attribution de l’AMM, c’est réduire la durée de ladite attribution. Et ça ne règle pas le problème du brevet…

Bref, c’est assez inextricable comme situation :confused:


#7

Je crois savoir que pour Ebola, dès lors qu’il a menacé l’occident, les laboratoires du monde se sont bougés et ça n’a pris que quelques mois pour trouver des vaccins (ou solutions) assez efficace.
Merci en tout cas pour ces explications, même si j’avais l’intuition pour partie.
Étant “libriste” depuis 20 ans, en fait sous Linux, j’ai souvent réfléchi aux problèmes des brevets. Et je te rejoint en parti sur la nécessité de recherche publique. Pourquoi ne pas mieux associer les universités à ces recherches d’utilité public ? L’industrie pourrait y participer pour simplement avoir les droits de production des médicaments et vaccins.
Inutile de recourir selon moi à la nationalisation ce cette branche (je ne suis pas communiste), mais à tout le moins une régulation dans l’intérêt général.
D’autant que l’industrie pharmaceutique, si elle a un savoir faire en la matière, elle sait aussi réaliser de grosses marges sur les produits “cosmétiques” ou disons qui ne sont pas fondamentaux dans les traitements.
Cette idée de confier / associer les universités (et autres organismes public) à la recherche industrielle pourrait ne pas se limiter à l’industrie pharmaceutique d’ailleurs.


#8

Je crois que c’est déjà plus ou moins le cas : d’après ce que je sais (du moins, c’est valable dans la recherche informatique publique), les labos de recherche publics font des découvertes qu’ils vendent au plus offrant (ou mettent directement dans le public… mais c’est plus rare, surtout en recherche applicative).
Ceci dit, c’est vrai que créer une symbiose labos de recherche/labos pharmaceutiques peut être bénéfique pour les deux et peut être baisser les prix puisqu’une partie de la recherche reposerait sur les labos de recherche publique… Mais il faudrait que ce soit contractualisé parce que je vois d’ici les labos prendre ça pour de la recherche gratos payée par le contribuable et pas baisser leurs prix pour autant…


#9

Alors pour parler d’un domaine que je connais un peu du coup, vos idées de coopération entre public et privé sont dans les faits déjà en place; les contacts sont nombreux entre recherche universitaire, instituts publics (je pense à l’Institut Pasteur par exemple) et labos pharmaceutiques. De nombreux universitaires conseillent les labos, et même travaillent pour les deux; j’ai de même à plusieurs reprises suivis des cours présentés par des professionnels du médicament.

Cette communication essentielle à tout le monde est déjà en place. Néanmoins je ne dis pas qu’elle ne peut pas être améliorée, mais pas de façon substantielle.

À l’heure actuelle, j’ai du mal à imaginer un mécanisme viable pour remplacer les brevets de 20 ans. J’aimerais bien, mais j’ai encore rien vu de satisfaisant à mes yeux a ce niveau.


#10

Il est évident que les résultats de la recherche tomberait systématiquement dans le domaine publique. On peut séparer, par contrat avec l’industriel, la production exclusive pendant une période déterminée …


#11

Je pense qu’il faut préciser ce qu’on appelle “résultats de recherche”. Dans les faits, déposer un brevet, c’est déjà déclarer la plupart des infos essentielles ; ensuite, dans les autorisations de mise sur le marché et les avis des autorités étatiques la plupart des infos sont déjà publiques.


#12

Dans les faits, déposer un brevet, c’est déjà déclarer la plupart des infos essentielles ; ensuite, dans les autorisations de mise sur le marché et les avis des autorités étatiques la plupart des infos sont déjà publiques.

Oui, là je ne sais pas très bien où en est la législation. Mais je vais peut-être essayer de creuser le sujet …