Notre rôle en tant qu'élues locaux en cas de conflit majeur?

Ukraine, Groenland, (Taïwan?), le technofascisme au chevet du capitalisme

Donald Trump compte bien rattraper son coup de retard sur Poutine et Xi Jinping en voulant annexer le Groenland, un territoire riche en ressources minières dont il a besoin pour que son système technofasciste impose un capitalisme toujours plus destructeurs.

Nier le réchauffement climatique ne l’empêche pas d’en tirer des opportunités et des perspectives de profit. Lui et ses associés de la tech, les patrons des GAFAM (tous milliardaires comme lui) s’imaginent coloniser ce territoire pour y financer ses projets d’une société futuriste, libertarienne et extractiviste fait de cités-états régies comme des entreprises. Ils ont besoin du sous-sol groenlandais pour produire les puces des robots conversationnels dit « intelligents » (souvent amalgamé avec le concept d’IA) et les algorithmes de prédictions de leurs différents réseaux sociaux pour enfermer toujours plus leurs utilisateurs dans leur propre bulle de connaissance/consommation. Paradoxalement, les européens cautionnent financièrement cette folie en utilisant massivement les outils de leur colonisateur numérique et alimente gracieusement de leurs propres données la machine qui réalise le plan idéologique fasciste des MAGA (qui finance à son tour les extrêmes droites en Europe et dans le monde).

Naomi Klein décrit la montée du capitalisme du désastre dans son livre « La Stratégie du choc » et explique que « nos adversaires savent parfaitement que nous entrons dans une ère d’urgence, mais ils choisissent de laisser la Terre brûler. Ils tirent profit des catastrophes, les provoquent et les planifient d’un même mouvement ».

Comme l’explique Reporterre dans cet article, L’avenir du Groenland, symbole du capitalisme du désastre, l’impérialisme tire profit de la destruction du monde et le réchauffement climatique est un atout pour les ultrariches : il déplace les limites de la colonisation et de l’exploitation et ouvre la voie à de nouveaux écocides.

Et si Trump profitait d’une attaque « surprise » de Poutine sur le Svalbard (archipel norvégien dans l’océan Arctique) ou Narva (Estonie) qui aurait lieu dans les 2 prochains mois pour négocier le Groenland? On peut s’imaginer le dialogue du genre : « Je te laisse le Svalbard, et tu dis rien pour le Groenland ». Suis-je assez naïf pour ne pas envisager que ces deux-là se parlent et qu’ils négocient dans notre dos? Comment Trump peut- il être aussi sûr de lui qu’il va réussir à négocier le Groenland dans les deux prochains mois?

Or des spécialistes militaires d’Europe et d’Amérique estiment « très plausible, peut-être probable » une attaque de la Russie courant 2026 sur le Svalbard.

Ou en tout cas avant 2030 nous dit le général Mandon : « La Russie aujourd’hui se prépare à une confrontation à l’horizon 2030 avec nos pays. Elle s’organise pour ça. Je le sais par les éléments auxquels j’ai accès. Elle est convaincue que son ennemi existentiel, c’est l’OTAN, ce sont nos pays. » Pour Poutine, il y a trois ennemis existentiels : l’Otan qu’il vit comme une menace stratégique, la démocratie et ses valeurs qui vont à l’encontre de sa conception impériale et ultra conservatrice du monde qui repose sur la force et l’UE qui incarne tout ce qu’il abhorre.

Et les militaires français se préparent, et préparent nos esprits, notamment par l’entremise de la déclaration du chef d’état-major français Mandon, à ce risque potentiel que la Russie décide d’initier une attaque contre les Européens. Et ces propos sont bien évidemment dans ce sens-là et non l’inverse. Il ne s’agit pas de propos « va-t-en-guerre », absolument personne en Europe ne menace d’attaquer la Russie.

En revanche, « La Russie au début de la reprise du conflit en Ukraine en 2022, c’est moins d’un million d’hommes et de femmes sous l’uniforme. Aujourd’hui, c’est 1,3 million. Leur projection en 2030, ce n’est pas loin de 2 millions ». 40 % de son économie va à l’industrie de la défense. « Aujourd’hui, la Russie produit plus d’équipements de défense qu’elle n’en consomme sur le front (ukrainien). Elle est clairement dans une phase de préparation de quelque chose d’autre ».

« En 2008, la Russie décide d’attaquer la Géorgie. En 2014, elle s’empare de la Crimée. En 2022, elle relance une attaque en Ukraine en s’emparant de quatre régions qu’elle a quasiment conquises aujourd’hui. Quand on regarde donc ce film – 2008, 2014, 2022 -, il n’y a aucune raison d’imaginer que c’est la fin de la guerre sur notre continent. »

« La Russie aujourd’hui est convaincue que les Européens sont faibles. Elle en est convaincue ». « Les Européens collectivement sont [pourtant] largement plus forts que la Russie » ; mais « il faut accepter que nous vivons dans un monde en risque et que nous pouvons devoir utiliser la force pour protéger ce que nous sommes ».

Le débat autour de « il faudra accepter de perdre nos enfants » nous écarte du sujet de la même façon qu’un climatonihiliste sait le faire en détournant les propos d’un chercheur du GIEC. Le mot enfant, dans la bouche d’un Général a la même signification que le second mot de notre hymne national ou encore quand il est employé sur un monument aux morts, un enfant (adulte) de la patrie et en l’occurrence, un militaire.

« Les Européens collectivement sont [pourtant] largement plus forts que la Russie ». Oui mais… Aujourd’hui, seuls deux États au monde possèdent une expérience réelle de la conduite d’une guerre interétatique de haute intensité : l’Ukraine et la Russie. Tous les autres, y compris la grande majorité des membres de l’OTAN, s’appuient sur des exercices, des simulations d’état-major et des hypothèses doctrinales qui n’ont pas été mises à l’épreuve en situation de combat réelle.

Ces idées ne sont pas nouvelles et on les retrouve dès 2017 dans la Revue nationale stratégique du ministère des Armées qui mentionnait déjà le risque d’une intervention russe en Europe, et celle de 2025 était encore plus claire : « D’ici à 2030, la principale menace pour la France et les Européens est celle posée par le risque d’une guerre ouverte (de la Russie) contre le cœur de l’Europe ».

Je ne déroulerais pas plus ces propos et invite à lire ces articles pour en savoir plus et se forger son opinion.

Il n’échappera à aucun pirate le lien entre nos choix technologiques numériques et ceux que l’on finance à travers nos choix, et les tensions/risques guerriers du moment. Ce n’est donc pas de cela que j’aimerais discuter ici (je garde ce débat avec mes colistières).

J’espère que ce texte va faire réagir et créer un espace de débat autour de notre rôle en tant qu’élues en cas de conflit car j’en ai besoin pour construire ma réflexion et positionnement. Si demain, d’ici 2030 (pendant notre futur mandat), la France (et l’Europe) devait gérer un conflit majeur, Lorient, comme port impliqué dans l’arsenal maritime militaire (naval group) et port d’entraînement pour des navires et pour des troupes de choc est concernée au premier plan par les agressions russes (mais pas que, potentiellement, tout les navires peuvent être réquisitionnés en cas de guerre, bateaux de pêche, de commerce… ), que ce soit au service direct de l’OTAN ou indirectement de l’UE et de toutes façons de notre pays. Je ne présuppose pas qu’un manuel existe pour se préparer à une telle situation mais éviter la question ne peut en aucun cas nous y aider alors autant au moins en discuter.

Un article qui vient étayer un peu plus mes doutes : https://www.lemonde.fr/international/article/2026/01/21/la-russie-se-rejouit-du-projet-de-donald-trump-d-annexer-le-groenland_6663487_3210.html

Personnellement, j’ai toujours eu une posture anti-militariste et pacifiste, par défaut. Mais je ne me suis jamais vraiment confronté à des débats approfondis sur la question, donc je suis preneur de références.

Un des éléments de réponses qui fonderait mes positions là dessus se trouve dans cette vidéo sur la théorie des jeux : https://www.youtube.com/watch?v=mScpHTIi-kM

Mais ça ne va pas au delà. En effet, bien qu’on puisse adhérer à certains grands principes théoriques, va toujours se poser la question de la manière dont on prend le risque collectivement de tuer et d’être tuer.

Merci pour la vidéo, elle est très instructive.

J’ai l’impression que je ne me suis pas fait bien comprendre.

Ma question n’est pas de savoir comment réagir face à Trump ou Poutine, cela ne relève pas de nos compétences (quoique, des élu·e·s députés français ou européen peut-être) mais quel serait notre rôle et quel positionnement adopter en tant qu’élu·es locaux si un conflit majeur devait éclater.

C’est une question que les élu·e·s des mandatures précédentes n’avaient peut-être pas besoin de se poser car la paix était acquise. Malheureusement, elle n’est plus aussi garantie pour la mandature qui va commencer.

Comment (re)agir? Comment se comporter? Comment rassurer sans mentir sur la réalité des faits/risques? etc…
Et en ce qui concerne des villes militaires comme Lorient, quelles relations établir avec les militaires justement? A partir de quand? Faut-il attendre qu’ils viennent vers nous ou plutôt aller vers eux? et sans doute plein d’autres questions qui pourraient venir alimenter le débat.

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Moi je dirais en étant le plus transparent possible, sans rentrer dans des détails stratégiques. Par contre c’est vrai que ce n’est pas rassurant.

Pour les villes importantes militairement, elles seront théoriquement mieux défendues en cas de conflits. Par contre que les élus ai un rapport régulier de la.situation par le commandement militaire local paraît quelque chose de souhaitable pour pouvoir être un relais de communication envers la population sans dévoiler des choses risquées.

Effectivement, ce genre de débat semble s’imposer avec les circonstances actuelles.

J’ai cherché rapidement dans le programme mais je n’ai rien trouvé sur la défense. En plus j’ai l’impression qu’il n’y a pas d’équipage géopolitique, vu le dernier message sur Discord.