Note - Le système de retraite par répartition en France

Objectif du thread : Parler des retraites.
Objectif du post ici : Faire un résumé du fonctionnement de notre système de retraite de manière chiffré.
Note : Note réalisé avec l’aide de l’IA (Claude.ai, modèle Fable).
Note 2 : Je prends les modifications, correction et avis avec plaisir sur cette base.

Dans mon prochain post (demain ou après-demain) une présentation des solutions proposés.

1. Comment fonctionne la répartition ?

Le système français repose sur la répartition : les cotisations prélevées chaque mois sur les revenus des actifs (salariés, fonctionnaires, indépendants) et de leurs employeurs financent immédiatement les pensions des retraités actuels. En contrepartie, les cotisants acquièrent des droits (trimestres) qui seront payés par les générations suivantes. Il n’y a donc pas d’épargne individuelle accumulée, à la différence d’un système par capitalisation : l’équilibre dépend en permanence du rapport entre le nombre de cotisants (et le montant de leurs cotisations) et le nombre de retraités (et le montant de leur retraite).

Le système est organisé en deux étages obligatoires, complétés par des dispositifs de solidarité (minimum vieillesse, FSV) :

• La retraite de base : régime général (CNAV) pour les salariés du privé, MSA pour les agriculteurs, SSI pour les indépendants, Service des retraites de l’État (SRE) pour les fonctionnaires d’État, CNRACL pour les fonctionnaires territoriaux et hospitaliers, et divers régimes spéciaux.

• La retraite complémentaire obligatoire : Agirc-Arrco (par points) pour les salariés du privé, Ircantec pour les contractuels de la fonction publique, RAFP pour les fonctionnaires titulaires. Pour les fonctionnaires, la pension de base dite « intégrée » couvre l’essentiel du revenu de remplacement ; les régimes équilibrés par l’État (fonction publique d’État, régimes spéciaux) représentent près d’un quart des dépenses du système, et les contributions et subventions d’équilibre correspondantes passeraient de 1,9 % du PIB en 2025 à 1,1 % en 2070 (COR 2026, synthèse, p. 16 et 19).

Les ordres de grandeur : en 2025, les dépenses de retraite représentent 422 milliards d’euros, soit 14,1 % du PIB et 24,3 % de l’ensemble des dépenses publiques — le deuxième niveau le plus élevé des pays suivis par le COR, derrière l’Italie. Sur les 417 Md€ de ressources 2025, environ deux tiers (277 Md€) proviennent des cotisations assises sur les revenus d’activité, le reste de transferts de l’État et d’organismes publics (COR 2026, synthèse, p. 9 et 15).

Source : COR, rapport annuel « Évolutions et perspectives des retraites en France », juin 2026, synthèse, p. 7-19.

2. Une démographie structurellement moins favorable

Le paramètre central d’un système par répartition est le rapport démographique entre cotisants et retraités. En 2020, l’ensemble des régimes comptait 2,05 cotisants par retraité — mais seulement 1,29 pour le régime de la fonction publique d’État (COR 2026, synthèse, p. 16). Trois facteurs dégradent ce rapport : l’arrivée à la retraite des générations nombreuses du baby-boom, l’allongement de l’espérance de vie (à 65 ans, elle atteindrait en 2070 26,3 ans pour les femmes et 24,4 ans pour les hommes), et la chute de la natalité : le nombre de naissances en 2025 est au plus bas depuis 1942, et le COR a révisé son hypothèse de fécondité de 1,8 à 1,45 enfant par femme, avec un solde migratoire porté de 70 000 à 150 000 personnes par an (COR 2026, p. 21 et 31-35).

Résultat : le ratio entre les personnes de 20 à 64 ans et celles de 65 ans et plus est passé de 3,6 en 2009 à 2,5 en 2025, et s’établirait à environ 1,6 en 2070 (Figure 1.5, p. 38 du rapport, reproduite ci-dessous). Mécaniquement, à réglementation inchangée, moins d’actifs financent davantage de retraités, pendant plus longtemps.

Sources des graphiques : COR 2026 (Figure 1.5, p. 38) ;

3. Un déséquilibre financier documenté et croissant

Après un excédent de 8,5 Md€ en 2023 (dopé par l’inflation qui a gonflé les recettes), le système est redevenu déficitaire : −5,1 Md€ en 2025 selon le COR (−0,2 % du PIB), −6,6 Md€ selon la convention comptable de la Cour des comptes. Les deux institutions convergent : le déficit resterait autour de −0,2 % du PIB (6,8 Md€) jusqu’en 2030, grâce à la montée en charge de la réforme de 2023 (report de l’âge légal à 64 ans) — dont la suspension pour la génération 1964 et début 1965, votée en LFSS 2026, coûte environ 1,8 Md€ par an en année pleine jusqu’en 2032 — puis se dégraderait nettement lorsque ses effets s’estomperont (COR 2026, synthèse, p. 7 et 17-18).

La Cour des comptes projette un déficit d’environ 15 Md€ en 2035 et 30 Md€ en 2045, concentré sur le régime général, dont la dette cumulée atteindrait 350 Md€ en 2045. Le COR, dans son rapport de juin 2026, a alourdi sa projection de long terme : −0,2 % du PIB en 2030, −0,9 % en 2045 et −2,4 % en 2070 (contre −1,4 % anticipé un an plus tôt), sous l’effet de la révision des hypothèses démographiques. Par régime : les régimes de base des salariés du privé et la CNRACL creuseraient leur déficit (malgré la hausse de 12 points du taux de cotisation employeur de cette dernière), les complémentaires resteraient excédentaires jusqu’en 2050 — l’Agirc-Arrco, dotée de réserves, demeurant proche de l’équilibre en 2070 — et les régimes de base des non-salariés resteraient excédentaires (COR 2026, synthèse, p. 18).

La cause est un « effet de ciseaux » : les dépenses resteraient quasi stables autour de 14,1-14,2 % du PIB jusqu’en 2045 avant de monter à 15,3 % en 2070, tandis que les ressources déclineraient de 13,9 % à 12,9 % du PIB, du fait notamment de la déformation de l’emploi public et de la baisse mécanique des contributions d’équilibre de l’État. Point d’équilibre du diagnostic : le COR souligne que ses projections « ne corroborent pas » l’idée d’une progression des dépenses qui échapperait à toute maîtrise (synthèse, p. 10) — c’est l’écart durable entre dépenses et recettes qui pose problème, pas une dérive des seules dépenses.

Sources : COR 2026 (synthèse, p. 8, 10 et 16)

Source : Cour des comptes, 20 février 2025 (Graphique n° 1, p. 9).

4. Les constats chiffrés qui motivent une réforme

• Un déficit permanent sur tout l’horizon de projection. Quel que soit le scénario de productivité testé par le COR (0,4 % à 1,0 % par an), le système reste en besoin de financement jusqu’en 2070 : le solde 2070 s’établirait entre −3,1 % et −1,7 % du PIB (COR 2026, synthèse, p. 23). Le Comité de suivi des retraites confirme un déficit d’environ −6,6 Md€ dès 2030, très proche de l’estimation de la Cour.

• Des effets de réforme qui s’épuisent. La réforme de 2023 améliore le solde jusque vers 2032 ; au-delà, l’âge moyen de départ se stabilise (63,1 ans en 2025, 64,6 ans en 2070) et les gains d’espérance de vie sont intégralement consacrés à l’allongement de la durée de retraite, non des carrières (COR 2026, synthèse, p. 11).

• Une dette transférée aux générations futures. Les déficits annuels s’additionnent : 350 Md€ de dette cumulée projetée pour le seul régime général en 2045 (Cour des comptes). À titre de comparaison, les réformes menées depuis 1992 (régimes de base et accords Agirc-Arrco) ont déjà contenu les dépenses : sans elles, celles-ci auraient été supérieures de 3,7 points de PIB en 2018, et l’écart atteindrait 6,3 points en 2070 selon le COR.

• Un décrochage relatif des pensions. À législation constante, l’équilibre partiel du système se fait par la baisse du taux de remplacement d’une génération à l’autre : le niveau de vie moyen des retraités, rapporté à celui de l’ensemble de la population, passerait de 100,2 % en 2023 à 90,3 % en 2070 (COR 2026, synthèse, p. 12). Ne rien faire revient donc, de fait, à un ajustement par les pensions.

« Soyons lucides » : la dégradation des finances du système sera « nette, rapide, croissante ».

— Pierre Moscovici, Premier président de la Cour des comptes, 20 février 2025 (Public Sénat)

Les économistes Antoine Bozio (IPP/PSE) et Thomas Piketty (EHESS) décrivent de leur côté un système « morcelé, complexe », dont la stabilité financière de long terme est mise en cause — un constat structurel qui s’ajoute au diagnostic financier.

— A. Bozio et T. Piketty, Pour un nouveau système de retraite, Cepremap / Éd. Rue d’Ulm (présentation)

En synthèse : le système par répartition n’est pas menacé d’effondrement immédiat — les dépenses sont maîtrisées à moyen terme — mais il présente un besoin de financement structurel, croissant et documenté de manière convergente par le COR, la Cour des comptes et le Comité de suivi des retraites. C’est cet écart durable entre ressources et dépenses, et son report sur les générations futures ou sur le niveau relatif des pensions, qui fonde le constat partagé de la nécessité d’un ajustement, dont le choix des modalités relève du débat démocratique.

Sources

1. COR, Évolutions et perspectives des retraites en France, rapport annuel, juin 2026 (PDF) — synthèse p. 7-24 ; graphiques : solde/dépenses/ressources p. 8, dépenses p. 10, niveau de vie relatif p. 12, ressources p. 16, solde p. 18, rapport démographique Figure 1.5 p. 38.

2. COR, rapport annuel juin 2025, synthèse (PDF) — dépenses 2024 (407 Md€, 13,9 % du PIB) et projections antérieures (−1,4 % du PIB en 2070).

3. Cour des comptes, Situation financière et perspectives du système de retraites (« mission flash »), 20 février 2025 — déficit 6,6 Md€ (2025), ≈15 Md€ (2035), ≈30 Md€ (2045), dette du régime général 350 Md€ (2045) ; chiffres présentés dans la synthèse du rapport.

4. Comité de suivi des retraites, Avis 2025 (PDF) — confirmation du déficit d’environ −6,6 Md€ en 2030.

5. Public Sénat, « Retraites : les chiffres préoccupants du rapport de la Cour des comptes », 20 février 2025 — déclarations de P. Moscovici.

6. A. Bozio, T. Piketty, Pour un nouveau système de retraite, Cepremap, Éditions Rue d’Ulm.

3 Likes

Enfaite, je pense qu’on est un peu tous d’accord sur le constat non ? Ce qui fait la différence entre les courants politiques, c’est comment on règle le problème j’ai l’impression.

Au passage je ne savais pas que Piketty avait bossé sur la question, j’irais sûrement lire le bouquin, quoi que j’ai un peu moins d’attrait qu’avant pour les livres techniques ces derniers temps.

Si on reste dans l’optique du système actuel (et pas de ce que propose le PP dans son point de programme sur un RDB), personnellement je ne pense pas que l’âge soit une variable sur laquelle jouer de manière générale.

J’irais plutôt sur une combinaison de plusieurs actions :

  • l’augmentation de l’immigration afin de compenser la baisse de personnes en âge de travailler
  • des limites en terme de pension (on ne peut pas toucher + d’un certains montant, 3 000€ ?, si on veut plus on capitalise)
  • la suppression de niches fiscales bénéficiant aux retraités
  • une augmentation des salaires, permettant d’augmenter structurellement les cotisations (je ne sais pas comment)
2 Likes

J’ai prévu la suite de la note, avec les leviers possible.

L’idée la était déjà de mettre à plat le système (tout le monde ne le connait/comprends pas) et être d’accord sur une base de chiffre et une notion de volume.

1 Like