Le collectif et l'individu chez les pirates

[TLDR] Travailler ensemble, c’est souvent difficile. Est-ce que c’est fondamental, et si oui comment on peut y arriver ?

Dans le code des pirates, on trouve de multiples références au collectif :

  • Rassemblement : Nous pensons que réfléchir collectivement est nécessaire

  • Les pirates relient : Nous, Pirates constatons que tant les bonheurs individuels que communs se fondent sur les liens que nous tissons avec nous mêmes, les autres, la société, la nature et le monde.

  • Les pirates font confiance : Nous croyons en la collaboration et contribuons aux communs ainsi qu’aux projets collectifs. Nous portons un regard bienveillant sur la vie en communauté.

  • Les pirates font preuve d’audace : Nous croyons en la force des mouvements collaboratifs et horizontaux.

On y trouve aussi des valeurs beaucoup plus individuelles, par exemple :

  • Les Pirates sont libres : Nous, Pirates, chérissons la liberté, l’indépendance, l’autonomie et refusons toute forme d’obédience aveugle.
    Nous affirmons le droit à nous informer nous-mêmes, à disposer de notre corps et à choisir notre propre destin.
    Nous assumons la responsabilité qu’induit la liberté.

Ce n’est pas anodin que le code fait le lien entre refus de l’autoritarisme et liberté. Ce principe est partagé par d’autres icônes du folklore historique, mais ils sont individualistes, ont toujours raison… et ils ont même inspiré « une pseudo-méthode de travail » : les cowboys. Ca peut marcher ponctuellement, mais c’est un exemple à ne pas suivre.

Cette dichotomie entre individus et collectif est un sujet vieux comme le monde, et le code nous donne un cadre précis. Il ne s’agit pas d’opposer libertés individuelles et nécessité de travail collectif, mais plutôt d’articuler les deux. Les individus doivent faire confiance au collectif, et vice-versa. Les pirates ne sont pas des cowboys.

La démocratie liquide est un bon exemple : séduisante en théorie mais plutôt décevante dans la pratique qu’on en fait. Précisément, il y a un point qui me parait essentiel : il manque un aspect de la démocratie liquide dans Congressus, la délégation de vote par domaine de compétence (je peux déléguer à Alice pour les questions culturelles, à Bob pour l’économie, à Charles pour le social, etc) [correction : cette fonction est déjà dans Congressus mais elle est peu utilisée, voir les deux premiers commentaires].

Je pense qu’il est nécessaire d’améliorer un outil aussi central que la démocratie liquide, questionner et réformer la façon dont on s’en sert. Et pour améliorer nos outils, il faut s’appuyer sur le collectif, travailler ensemble. Si on choisit une autre voie, ce n’est que par une recherche d’une autre forme d’organisation et de prise de décision qui permet au collectif de se renforcer, de grandir. Pour moi, il est clair qu’une organisation plus traditionnelle, plus verticale, finirait tôt ou tard à faire disparaître le parti pirate ou à le transformer en un énième micro parti qui n’aurait que quelques thèmes anecdotiques pour se démarquer.

Quand on cherche des raisons à la crise qu’il traverse et les nombreux départs, il est bien possible que la raison principale soit simple : le parti n’arrive pas à appliquer ses propres principes dans son fonctionnement interne. Autrement dit, il faut travailler sur la façon de travailler ensemble, individuellement et collectivement, même si on sait que c’est difficile et que ça prendra le temps qu’il faut.

Fun fact, les délégations par thématiques sont possibles dans congresus sous la forme de délégations avancées (il y a un bouton pour ça dans la page de délégations). Par contre elles ne sont consultables par les autres membres.

J’avais posé la question pendant ma formation et la réponse était que ce n’était pas possible. Merci @alexscott :grin:, tu dois être un des seuls à connaître toutes les fonctions « avancées » - qui pour le coup sont malheureusement plutôt « cachées ».

C’est une très bonne nouvelle car si la logique et le schéma de la base de données sont déjà là, cela montre que ce n’est finalement qu’une question d’interface utilisateur et de pratique.

La démocratie délégative, j’ai adhéré en principe, mais à mon sens, avec l’expérience, ça se transforme vite en carcan. Les délégations ne sont pas réellement gérées/mises à jour ou deviennent permanentes, et entérinent une espèce de hiérarchie interne. Tout ça en mettant déjà de côté la question de savoir si les votes sont concrètement représentatifs du collectif, surtout au moment de la confrontation aux réalités opérationnelles. Et il y a aussi la charge technique associée.

Le collectif c’est sympa, mais tout accomplir par comité c’est littéralement la meilleure manière de saboter une organisation.

Je pense que le Parti Pirate est peut-être encore plus zinzin que les plus zinzins des ancap en termes d’organisation interne.

Que la direction soit discutée et tranchée le plus largement possible, aucun problème. Mais, il faudrait éviter l’écueil de la décision collective permanente, pour la simple et bonne raison qu’il y aura toujours au moins une personne qui souhaitera faire un peu autrement que le reste.

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À ma connaissance les organisations les plus efficaces sont celles qui sont en capacité de s’adapter, même temporairement. Quand je parle d’organisation, cela peut être un groupe de quelques personnes, ou bien un groupe de plusieurs dizaines, centaines de personnes.

De manière générale en effet, prétendre à une organisation parfaite quelque soit le type de décision à prendre me semble loin d’être réaliste.

Il faut pouvoir parfois agir vite et trancher sans consultation formelle du collectif. Mais il existe aussi des temps pendant lesquels de longs débats sont nécessaires avec des décisions formelles.

Plus la situation est urgente, moins elle a d’enjeux, plus il me semble pertinent d’avancer sans consultation. Et à l’inverse, moins elle est urgente et plus elle est fondamentale, plus il me semble pertinent de consulter.

Bien sûr il existe des exceptions. Des situations urgentes à gros enjeux peuvent émerger. Ces situations peuvent mettre à mal des collectifs mal préparés et créer bien sûr des frustrations.

Je pense cependant que dans ces cas là, d’autres mécanismes peuvent être mis en place pour compenser le manque de consultation, soit en restreignant au départ le pouvoir donné au.x décisionnaires, soit en mettant en place des systèmes de contrôles a posteriori. J’ai une préférence pour le 2ème qui est à mon sens assez peu utilisé dans le parti sans que cela ressemble à des attaques personnelles.

On devrait à certains moments pouvoir donner « les pleins pouvoirs » (dans une certaine mesure) à une tête de liste par exemple, tout en conservant le pouvoir de dégager cette tête très facilement si elle nous pose problème collectivement. Je pense que c’est d’autant plus pertinent en période électorale, période durant laquelle des situations urgentes à fort enjeux peuvent émerger.

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Bien sûr qu’il faut de la flexibilité (agilité?). Je ne pense pas que tout doive être décidé collectivement tout le temps, mais je ne pense pas non plus que l’assemblée pirate doive se résumer à élire des bureaux exécutifs et éventuellement à valider leurs décisions.

On peut noter que les propositions et soutiens en faveur de la concentration des pouvoirs et d’une organisation verticale proviennent des membres des équipes qui sont déjà dans les groupes « exécutifs ». Cela se comprend bien, par exemple par la frustration des personnes qui s’impliquent d’avantage. C’est une hypothèse assez plausible pour expliquer en partie que même ici se développe un phénomène bien connu : Loi d'airain de l'oligarchie — Wikipédia. Les démocraties libérales sont loin d’être à l’abri (Personnalisation et concentration du pouvoir dans les régimes démocratiques contemporains - colloque IMH - Institut Maurice Hauriou).

Il serait bon d’entendre aussi une autre frustration : celle de personnes qui ont rejoint le parti car il affiche un mode de fonctionnement différent, qui ont commenté et/ou fait des propositions et qui se sont rendu compte que la réalité du fonctionnement est bien différente. Combien y a-t-il eu de départs parce que des adhérents ne se sont pas sentit écoutés ? Ils ont été souvent qualifiés d’« idéalistes » (c’est gentil) et qu’il faut laisser la gestion aux gens compétants et réalistes. Je pense qu’on est tous ici idéalistes ET pragmatiques.

Pour les élections, les candidats ont naturellement une légitimité et une liberté certaine dans la campagne et le parti doit les soutenir activement, mais je ne pense pas que le code des pirates puisse s’accomoder des donner des « pleins pouvoirs », à moins d’y faire des entorces radicales. Il faudra toujours composer avec le reste, les ressentis personnels, les égos… ça reste un travail individuel.

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C’est à dire ?

Par le passé, des adhérents ont sans doute abandonné devant la complexité interne. En l’état, je pense que c’est ça qui est un repoussoir. J’approuve qu’il faut éviter de transformer ça en une structure fermée qui empêche les adhérents de venir pousser les portes par curiosité: confier des responsabilités ne veut pas dire que la structure deviendra opaque, permettons aux arrivants de s’impliquer facilement et immédiatement.

Parmi les pratiques et propositions démocratiques que nous portons, et en interne, je pense que le pouvoir de révocation et d’intervention du collectif quand nécessaire est assez consensuel.