[WIP] Avoir un positionnement clair sur l'anonymat et le pseudonymat


#23

L’anonymat sur Internet

Qu’est ce que c’est ?

  • L’anonymat : il consiste à compliquer l’identification des machines utilisées pour transmettre ou recevoir de l’information. Cela peut passer par l’utilisation de différents outils comme des services de masquage de l’adresse IP (comme un VPN) ou encore l’utilisation de réseaux anonymes (comme Tor).

  • Le pseudonymat : c’est ce qui est utilisé sur les forums et certains réseaux sociaux. C’est le fait qu’une personne utilise un surnom ou nom d’emprunt) qu’elle aura choisi. Le pseudonymat ne donne pas d’informations sur une personne mais peut permettre de la reconnaître et de l’identifier.

Pourquoi protéger l’ anonymat ?

L’anonymat permet de protéger les plus vulnérables. Certains internautes doivent protéger leur identité pour s’exprimer en ligne afin de préserver leur sécurité ou leur emploi (femmes victimes de violences au sein du couple, activistes, militants et militantes, lanceurs et lanceuses d’alerte)

La liberté d’expression est inscrite dans les droits de l’homme et du citoyen.

Article 10 :

Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi.

Article 11 :

la libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi». Afin de protéger cette liberté d’expression, l’anonymat en ligne est indispensable.

Comment se défendre face aux « mauvais utilisateurs » ?

Les fournisseur d’accès à internet récupèrent les adresses IP des utilisateurs. Leurs fichiers de journalisation pourront donc être utilisés par la justice en cas d’utilisation d’internet non conforme à la loi.


C’est quelque chose de ce genre que tu veux @Farlistener ? (c’est juste un exemple)


#24

Alors oui et non. Oui dans le sens où il y a une défense de l’anonymat, non dans le sens où c’est un peu trop internet-centré.

Mais c’est l’avantage d’avoir un texte-martyre, avoir une base de travail. En cela, merci.


#25

Et bien voilà mon texte martyre

Le Parti Pirate dénonce le martyr de l’anonymat

L’anonymat nous protège du regime de Vichy, en nous permettant de communiquer secrètement pour y échapper.

L’anonymat … Qu’est il devenu dans un monde qui analyse, exploite et monétise jusqu’aux données les plus intimes de chacun ? C’est un évènement rare et précieux, qui ne s’offre pas à tout le monde. Aussi l’usage qu’on en fait c’est plutôt le pseudonymat. Utiliser un pseudonyme sur internet, pour jouer, tchater ou faire de la politique :slight_smile: c’est quotidien. Le pseudonymat est très ancien, c’est probablement le cas d’Homère, de nombreux artistes et personnes s’exprimant derrière des masques. C’est une condition sine qua non de la liberté. Il offre la liberté d’expression, sans le risque de réprésailles personnelles. Néanmoins même dans le monde numérique, l’impunité peut déjà être sanctionnée. Ceci par des lois aussi compliquées, utopiques et contraignantes que la loi avia. Si l’anonymat fort est en voie de disparition, le pseudonymat a la chance de n’être QUE maltraité. Le Parti Pirate assure une veille de cette thématique depuis longtemps. Il alerte sur le fait que les déclarations politiques peuvent être dangeureuses. A défaut d’être mensongères, dans ce domaine, elles sont aux moins confuses et n’augurent rien d’autre qu’un nouveau recul de liberté. Sérieusement, le pseudonymat ? Ca dérange qui ? (Schtroumph Grognon est connecté. tin ça va barder interactif !). L’anonymat a permis d’insuffler, ce qui aujourd’hui est la vie numérique, un lieu d’échange entre personne, plutôt qu’une base de donnée gérée par des machines. La suppression des frontières entre internautes, c’était pas rien quand on l’a pas appris à l’école, quand ça s’impose sans vraiment prévenir. L’anonymat était juste de facto et tout se passait bien, merci. Cette époque riche est déçue aujourd’hui. Parce que la violence en ligne est importante. Parce qu’internet est devenu la tribune de toutes sortes de fanatiques (certains dangeureux). Alors il faudrait interdire l’anonymat pour essayer de réguler tout ça ! Bah c’est idiot, les problèmes viennent d’ailleurs. Internet n’est que le reflet de ce qui se passe dans la Société. La Société expulse en ligne ses souffrances. Internet ne rend pas la Société agressive. C’est elle qui est en difficulté et qui connait de sévères crises. L’anonymat n’est pas à l’origine du mal. Bien au contraire l’anonymat aide la Société en facilitant la dénontiation des injustices. Témoigner de façon anonyme représente parfois le seul moyen de dire la vérité. Le Parti Pirate trouve dangeureux l’idée de résoudre les problèmes en baillonnant les internautes. Pourtant la Société intègre encore l’anonymat avec excellence dans quelques usages. Par exemple certains voient dans le secret de l’isoloir du bureau de vote, une forme d’anonymat. Cela relève peut-être plus de la confidentialité, car chacun décline aussi son identité. Néanmoins après le dépouillement, on ne peut pas dire, qui a voté pour qui. (A noter que sur cette question c’est encore le papier qui nous permet cette confidentialité. Qu’en serait il lors d’un vote tout numérique ?) L’argent aussi nous permet d’être anonyme lorsqu’on paye en espèce. Sur ce point l’anonymat pourtant recule encore, face au tout numérique. Les sommes utilisables en espèce sont limitées et parfois non recevables, remplacées par des transactions numériques. C’est toujours la même raison : le culte de la sécurité. Le pire reste peut être à venir, grâce à la reconnaissance faciale et la biométrie, peut-être nous ne sommes déjà plus anonyme dans la foule …

Pour obtenir les informations dont ils ont besoin, les Etats sont ils racketés par les poids lourds du numerique au point de remettre l’anonymat en cause ?

Le Parti Pirate alerte sur l’anonymat, et plus que tout aujourd’hui, plébiscite le pseudonymat.


#26

Ok globalement avec le fond, mais:

  • Évitez la référence à Vichiy, parle qu’à une partie de la pop, et dans cette partie une frange dira que c’est l’entrée directe dans le point godwin.
  • La distinction entre anonymat et pseudonymat doit être plus explicite et aussi bien sur les définitions que sur leurs intérêts respectifs
  • historiquement c’est le pseudonymat qui a boosté l’usage des réseaux et pas l’anonymat : possibilité de se faire une réputation dans une communauté pour ce qu’on est dans cette communauté derrière le pseudonymat. L’anonymat est essentiel mais dans des situations critiques qui heureusement sont plutôt marginales : lorsque le risque d’identification est une mise en danger (mortelel) quasi certaine. C’est plutôt le 3615 FaisMoiJou… qui a vendu le numérique plus que la nécessité d’échapper aux sbires d’El Assad ou aux homophobes de certains pays. Attention ne pas considérer mon propos comme une approche de l’importance hiérarchique de l’un par rapport à l’autre.
    J’entends plus l’attente de travail de Fartlistener comme des définitions sur anonymat et pseudonymat, pourquoi et dans quelles limites (ou pas) on se positionne pour les défendre, plutôt que comme une sorte de lettre ouverte sur notre opinion intime.

#27

Bonjour

J’ai lu à plusieurs reprises dans ce sujet des références au régime nazi, nécessaires pour apporter des arguments sur le sujet de l’anonymat, du pseudonymat, et de leur importance dans le militantisme, mais surtout j’ai lu à plusieurs reprises les termes “Point Godwin”.

J’aimerais rappeler mon point de vue sur l’utilisation de “point Godwin”. Je crois, tout comme le créateur de cette théorie, Godwin lui-même, que cette théorie a complètement été dévoyée et qu’elle sert aujourd’hui de barrière aux bien-pensants pour s’empêcher de continuer un échange dans lequel le régime nazi aurait été utilisé comme exemple, et donc limiter la réflexion idéologique.
Je crois que, nous plus que quiconque, nous devons être très vigilants quant à l’usage de cette théorie de Godwin, et que nous devons le plus possible limiter nos références à cette théorie pour nous permettre d’aller jusqu’au bout de nos réflexions, parce que je crois qu’il est très important de, quand cela est justifié, pointer toutes les références qui seront nécessaires à ce régime pour continuer de lutter contre, et surtout pour ne pas oublier l’horreur que les victimes du nazisme ont vécu et ne pas les reproduire. Je crois qu’en limitant nos échanges sur la question, en faisant appel au Point Godwin pour poser des barrières imaginaires, nous ne faisons que cacher des faits historiques graves, et donc nous permettons l’oubli collectif de ces horreurs, et il est de notre responsabilité de rappeler autant de fois que nécessaire ce que ce régime a provoqué, et de signaler autant que possible toutes les dérives de notre société actuelle qui pourraient nous amener à nouveau dans cette direction malheureuse.

Aussi, à toutes les personnes qui se servent du “Point Godwin” pour éluder une discussion ou contourner un sujet ou pour empêcher l’expression d’une idée légitime dans une réflexion politique, je vous invite à écouter cette émission de France Culture sur la question :

Pour répondre à @MagicVince, qui si je ne m’abuse a déjà fait appel à Godwin plusieurs fois ici et ailleurs ces derniers jours et que j’invite cordialement à écouter cette émission de France Culture, je ne suis pas choquée par la référence au régime de Vichy qu’a osée @otak, bien au contraire, Castex s’en est servi pour s’exprimer contre l’anonymat, je pense qu’il est nécessaire de rappeler à ce monsieur ainsi qu’à toutes les personnes qui relaient son jugement, que le pseudonymat c’est surtout à la Résistance qu’il a servi, et pas à ces enflures qui ont soutenu Pétain sous leur nom propre et sans nécessité de pseudonymat pour survivre.

D’une manière générale, je ne serais pas choquée que dans notre programme ou notre communication nous indiquions que nous refusons de voir à nouveau un tel régime prendre forme, d’une manière ou d’une autre, dans notre pays. Au moins nous serions clairs sur la question, ce qui n’est pas le cas des autres partis politiques français.

Edit : Attention à ne pas confonde le Point Godwin et le Réductio ad Hitlerum, qui est pour le coup beaucoup plus pertinent.

TL:DR : Faire appel au “Point Godwin” dans une discussion c’est prendre le risque de limiter la liberté d’expression et de fermer les yeux sur des faits historiques particulièrement graves. J’aimerais que nous cessions d’y faire appel pour le bien de nos échanges.


#28

En effet c’est le pseudonymat qui a permis autant de vie en ligne. Je ne connaissais pas Godwin, merci de m’avoir permis de combler cette lacune. Je n’avais mentionné Vichy que pour faire suite à Castex. Le courage, c’est plutôt être féministe au Liban et s’exprimer sur les réseaux sociaux, même avec un pseudonyme …

Je n’en démords pas : l’anonymat est difficile à défendre (c’est pas faute d’essayer!). Pour moi en tout cas, très très souvent, ça tourne de la même façon. On ne défend pas des principes en créant de vrais problèmes, anonymat=impunité, fin du match (avant même le point godwin). Et ça risque de s’aggraver, en même temps que la violence augmente, toujours derrière le même prétexte : la sécurité.

A côté de ça, je me demande si on peut considérer l’accouchement sous X comme une forme d’anonymat dans notre société …


#29

Je vais certainement une fois encore nager à contre-courant mais j’éprouve des difficultés à considérer l’anonymat, ou le pseudonymat, comme un droit absolu en matière de liberté d’expression.

Déjà car il n’existe aucun droit réellement absolu : il existe toujours des limites établies pour respecter d’autres droits, l’ordre public, l’intérêt général, etc.

Et puis surtout, j’ai du mal à faire abstraction du contexte dans lequel ce droit à l’anonymat est invoqué.

Dans le cas d’un pays soumis à un État totalitaire, dictatorial, ou opprimant ses minorités, je suis bien sûr pour un droit à l’anonymat absolu, naturellement bafoué par l’État en question, mais qui doit au moins être respecté par les autres États, dits de droit, afin de ne pas mettre en danger les personnes concernées.
Je suis également en faveur d’un droit à l’anonymat dans le cas des lanceurs d’alertes, pour prévenir les attaques dont ils font l’objet et brisent souvent leur carrière et leur vie.
Je ne vais pas énumérer tous les cas mais, plus généralement, je suis résolument pour un droit à l’anonymat complet à chaque fois qu’une personne risque d’être victime, du fait de ses propos, de violences physiques ou psychologiques (harcèlement…), de discriminations, d’injures, de diffamation, etc.

A l’inverse, je suis contre l’anonymat, et même le pseudonymat, lorsqu’il s’agit de dissimuler les auteurs de ces mêmes actes. Je suis donc pour leur “affichage” (selon des modalités qui respectent les droits de chacun).

Dans les autres cas, heureusement les plus fréquents, le pseudonymat me semble être un bon compromis.


#30

Tu n’es pas à contre courant du tout, au contraire.
Le vocabulaire “droit absolu” est mal choisi.
Au risque d’être manichéen, beaucoup de gens seront d’accord avec toi pour dire :
Il faut conserver l’anonymat pour les gentils et l’interdire aux méchants.

J’ai peur que ce ne soit pas une option.
Ce genre de régulation ne me parait pas envisageable, (je me trompe peut-être) l’interdiction de l’anonymat en revanche est simple.

Concrêtement quel outil permet d’être anonyme le plus facilement au quotidien ?

Si vous connaissez mieux (légalement) je suis prenneur.

Aujourd’hui le statu quo sur l’usage de cet outil me convient.
Je ne suis pas poursuivi en justice pour l’utiliser (à la difference d’autres pays).
Que va t il se passer si on remet l’anonymat en cause ?
Tor ne permet pas cette régulation utopique, il sera probablement interdit (comme en Chine!), ce sera plus simple, voir lucratif.
J’ai peur que l’on criminalise l’usage de cet outil.
Ca peut être facile de savoir que tu as utilisé Tor dimanche dernier entre 14h et 16h.
Ca fera 200 euros comme pour la fûmette, et autant de coups de fouet que de Mo échangés, sur la place publique.
Ou bien pire …

Oui je caricature.
Je trouve que la question de l’anonymat est binaire, et je ne vois pas comment la soumettre à condition. (ou bien expliquez moi)

Aussi à court terme, comme à long terme je soutiens le projet Tor.

Je suis opposé à la criminalisation de cet outil chez nous.

Cependant je ne connais pas tout, peut-être existe t il un meilleur compromis pour être anonyme.
Je suis prenneur.


#31

Alors on va faire un peu dans les absolus. Tor ne te permet pas d’être anonyme il te permet d’approcher du plus prêt possible ce qui ressemble à de l’anonymat dans la vie de tous les jours. En fait c’est un peu comme certaines solutions de vote te disent qu’elles garantissent le secret du vote, alors qu’elles garantissent une méthode coûteuse pour briser ce secret. C’est pareil pour Tor.

Pour donner un exemple, une personne a harcelé des gens au PP pour ne pas dire le PP lui-même. Il utilisait Tor et son nœud de sortie était étrangement constant. Alors déjà il a moins tapé sur l’infra et ensuite, sur des mails, on lui a répondu avec sa véritable identité et il a répondu en retour, ouais le social engineering ça aide aussi parfois.

Ça, c’était pour l’outil qui par le passé a eu des failles rendant les personnes cherchant l’anonymat totalement vulnérable.


Pour en revenir sur la discussion. Il n’y a rien qui empêche d’ériger le pseudonymat en “droit absolu”, parce que le pseudonymat N’est PAS de l’anonymat. En fait, vous pouvez aller à une élection avec votre pseudonyme, ça ne pose AUCUN problème à l’État, en fait il reconnait cette identité comme étant valide si elle est reconnue. Des personnes au Parti Pirate ont participé à des élections sous pseudo, alors après ça veut dire que tu vas te prendre un vent mais…

Du coup c’est peut-être là où je voulais en arriver avec ce sujet, c’est qu’on arrive à expliquer que le pseudonymat est quelque chose de banal, que tout le monde utilise de Kevin93000 à Marine Le Pen (oui oui), que l’État reconnait qui permet une liberté d’expression entre le quidam et celui qui a le pouvoir médiatique de te détruire s’il connaissait ta véritable identité. Au final ceux qui râlent et qui méconnaissent le pseudonymat sont ceux qui veulent garder la parole publique pour eux, le pouvoir judiciaire sait où aller chercher l’information (ce qu’à très bien montrer la députée Avia qui sans l’aide de sa loi a réussi à faire condamner des internautes pour leur haine, comme quoi sa loi était inutile et le pseudonymat une absence d’impunité).

Bref, je pense que de tout ça il faudrait tirer une tribune qui affiche clairement ces mécanismes afin de pouvoir s’y référer (et montrer aussi que l’on connait la différence entre les deux) au besoin quand une énième personne publique demandera que tout le monde parle avec son identité “réelle”


#32

En fait le problème est là. Quelqu’un qui croit que ses actes peuvent lui valoir préjudice illégitime dans le futur non seulement c’est tellement large que l’énumération est impossible, mais en plus c’est totalement subjectif et impossible à juger à la place d’un tiers.

Les cas sont beaucoup plus fréquents qu’on ne le croit, y compris aller chercher sa baguette à la boulangerie (et non je ne raconterai pas l’anecdote mais ce n’est pas un cas virtuel).

Si on n’a pas de critère objectif, ça revient à laisser l’auteur choisir, et donc faire de l’anonymat / pseudonymat un droit général.

Certes, mais si tu cherches à ne règlementer que les actions illégales, ça va être difficile. Les auteurs ne vont pas déclarer d’eux-même que c’est illégal.

Sans compter que même celui qui fait quelque chose d’illégal a le droit de ne pas subir de harcèlement ou de violence physique en retour, donc a motif potentiel à ne pas être affiché.

C’est très important et ça mériterait d’être en gras. L’anonymat et le pseudonymat protègent les faibles (qui prennent un risque s’ils parlent, même si c’est un petit risque dans l’absolu, ça peut être “de trop” pour la personne). L’identité publique protège le fort (ceux qui ont une identité publique établie, et ceux qui sont capables de mettre la pression sur les autres).

Le fait que les éditorialistes, journalistes, politiques et autres personnalités médiatiques soient globalement pour l’identification n’est pas un hasard. Ils se rangent quasi tous dans la catégorie des forts pour qui leur identité est un facteur de protection plutôt que de risque. Ce sont aussi ceux qui ont la parole publique et qui ont tout à perdre si elle est diluée. Ils ont clairement intérêt à limiter l’accès à la parole, à faire en sorte qu’elle soit soumise à pression, une pression que eux n’ont pas (ou pas autant, pas de la même manière).


#33

Aussi à court terme, comme à long terme je soutiens le projet Tor. Je suis opposé à la criminalisation de cet outil chez nous.

Moi aussi, au moins parce que la consultation de contenu sur le web devrait toujours pouvoir être réalisée de façon complètement anonyme (utilisation de Tor ou pas).
Ma position ne concerne que la création de contenu, et se limite aussi à la France.

Si on n’a pas de critère objectif, ça revient à laisser l’auteur choisir, et donc faire de l’anonymat / pseudonymat un droit général.

Ce n’est pas à l’auteur de choisir.

En France, le pseudonymat est la règle (sauf volonté de publicité), et l’anonymat est rendu presque impossible par le décret n° 2011-219 du 25 février 2011 relatif à la conservation des données permettant d’identifier toute personne ayant contribué à la création d’un contenu mis en ligne. Toutes les données de connexion, y compris les données personnelles, doivent être stockées pendant un an. Ces données sont communicables non seulement aux autorités judiciaires mais également à certaines administrations.

De mon point de vue, c’est excessif, et je vais même plus loin que mon précédent message : seuls les contenus susceptibles de contrevenir à la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse (cf. principalement son article 24 ci-dessous) devraient faire l’objet d’une conservation des données sur cette durée.
L’hébergeur, ou le “responsable de traitement”, me semble en mesure d’agir rapidement (en quelques jours) sur cette base, en anonymisant le contenu ne posant pas de problème, de sa propre initiative ou en l’absence de signalement par d’autres utilisateurs.

Sans compter que même celui qui fait quelque chose d’illégal a le droit de ne pas subir de harcèlement ou de violence physique en retour, donc a motif potentiel à ne pas être affiché.

“L’affichage” a justement pour but de dissuader le harcèlement et s’appliquerait aussi bien au harceleur qu’au harceleur du harceleur. Dans la “vraie vie” (désolé d’utiliser ce poncif), c’est tout de même ce principe qui régule nos interactions sociales, à un niveau infra-judiciaire.

Le billet ci-dessous m’avait marqué : où, ailleurs que sur Twitter, un agrégé de lettres anciennes se permettrait-il de dire d’une prof “Cette salope qui se fout des profs qui bossent, mais quand est-ce qu’on la gode au fer rouge ?”.
La prof en question raconte comment, au bout de 3 ans de procédure judiciaire, sa plainte s’est soldée par une absence de toute condamnation (“le tweet n’était pas assez précis” semble-t-il, et elle avait eu le malheur d’écrire un bouquin relatant sa mésaventure).

Après, comme dans la vraie vie aussi, cet “affichage” ne devrait pas être à durée illimitée et mis en pâture à la planète entière : pourquoi ne pas envisager un affichage limité à quelques jours et seulement aux participants d’une discussion, ou même à la seule personne mise en cause ?

Au risque d’être manichéen, beaucoup de gens seront d’accord avec toi pour dire : Il faut conserver l’anonymat pour les gentils et l’interdire aux méchants.

Je crois au contraire que ce qui est manichéen, c’est de dire l’anonymat (ou le pseudonymat) c’est bien, et pas d’anonymat (ou de pseudonymat), c’est pas bien. Comme dans beaucoup de domaines, j’ai envie de répondre : ça dépend, c’est plus compliqué que ça.

Le fait que les éditorialistes, journalistes, politiques et autres personnalités médiatiques soient globalement pour l’identification n’est pas un hasard. Ils se rangent quasi tous dans la catégorie des forts pour qui leur identité est un facteur de protection plutôt que de risque.

Tu fais peut-être référence aux multiples journalistes, femmes ou hommes politiques, écrivains, avocats, humoristes sous protection policière permanente en raison des risques d’attaques pesant sur eux ?
Désolé, mais tous ces gens, quel que soit leur bord politique, leur notoriété, ont ma plus profonde admiration.
Porter une parole publiquement est pour moi le plus bel acte de courage qui soit (… bon allez, un des plus beaux).

PS : en tout cas, même un mois après, merci à vous d’avoir poursuivi la conversation.

Article 24 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse (modifié à moult reprises depuis) :

Seront punis de cinq ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende ceux qui, par l’un des moyens énoncés à l’article précédent, auront directement provoqué, dans le cas où cette provocation n’aurait pas été suivie d’effet, à commettre l’une des infractions suivantes :
1° Les atteintes volontaires à la vie, les atteintes volontaires à l’intégrité de la personne et les agressions sexuelles, définies par le livre II du code pénal ;
2° Les vols, les extorsions et les destructions, dégradations et détériorations volontaires dangereuses pour les personnes, définis par le livre III du code pénal.
Ceux qui, par les mêmes moyens, auront directement provoqué à l’un des crimes et délits portant atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation prévus par le titre Ier du livre IV du code pénal, seront punis des mêmes peines.
Seront punis de la même peine ceux qui, par l’un des moyens énoncés en l’article 23, auront fait l’apologie des crimes visés au premier alinéa, des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité, des crimes de réduction en esclavage ou d’exploitation d’une personne réduite en esclavage ou des crimes et délits de collaboration avec l’ennemi, y compris si ces crimes n’ont pas donné lieu à la condamnation de leurs auteurs.
[…]
Ceux qui, par l’un des moyens énoncés à l’article 23, auront provoqué à la discrimination, à la haine ou à la violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée, seront punis d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende ou de l’une de ces deux peines seulement.
Seront punis des peines prévues à l’alinéa précédent ceux qui, par ces mêmes moyens, auront provoqué à la haine ou à la violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes à raison de leur sexe, de leur orientation sexuelle ou identité de genre ou de leur handicap ou auront provoqué, à l’égard des mêmes personnes, aux discriminations prévues par les articles 225-2 et 432-7 du code pénal.
En cas de condamnation pour l’un des faits prévus par les deux alinéas précédents, le tribunal pourra en outre ordonner :
1° Sauf lorsque la responsabilité de l’auteur de l’infraction est retenue sur le fondement de l’article 42 et du premier alinéa de l’article 43 de la présente loi ou des trois premiers alinéas de l’article 93-3 de la loi n° 82-652 du 29 juillet 1982 sur la communication audiovisuelle, la privation des droits énumérés aux 2° et 3° de l’article 131-26 du code pénal pour une durée de cinq ans au plus ;
2° L’affichage ou la diffusion de la décision prononcée dans les conditions prévues par l’article 131-35 du code pénal.


#34

Nous ne devons pas avoir la même expérience. Des paroles comme ça il y en a toujours eu, de la part des forts à l’encontre des faibles, ou de la part de n’importe qui quand la personne concernée n’est pas présente. Il suffit d’aller dans un bar un soir de match :wink:

Le préjugé que les gens seraient moins agressifs sous leur nom public n’est pas corroboré par les faits. (résumé, anglais, étude, confir­ma­tion par seconde étude). D’ailleurs Eric Zemmour court toujours les plateaux avec son nom.

Ca n’en fait-il pas un très mauvais exemple ? Si la justice a décidé après audition qu’il n’y avait pas lieu de condamner, qu’on trouve cette décision juste ou injuste, ça invalide pas mal la volonté de révéler l’identité de l’auteur, à moins que tu n’entendes que les concernés ne s’en servent pour se faire justice eux-même ?

Mais du coup pourquoi ? Tu n’aurais même pas le contrôle social que tu vantes si ce n’est pas public. Ca ne servirait même pas à porter plainte (c’est déjà possible, et ton exemple le montre).

Je ne vois pas en quoi les éventuelles protections policières ont quoi que ce soit à voir ici. Ce ne sont pas l’identification de paroles sur des forums ou réseaux sociaux qui y changerait quoi que ce soit. D’autant que quand il y a des menaces à prendre réellement au sérieux, la justice peut déjà remonter à l’auteur et agir sans avoir besoin que l’identité soit publique à un quelconque moment.

Quant à la valeur qu’on attribue attribue ou pas à ces gens, elle n’entre pour moi nulle part en ligne de compte. Je voudrais par contre que porter une parole publique ne nécessite pas un acte de courage, justement (d’où la différence que je fais quand je dis “porter une parole publique” plutôt que “porter publiquement la parole”).

Je ne vois pas non plus le rapport avec l’article cité à la fin, vu que justement on peut déjà porter plainte, et la justice peut déjà remonter à l’auteur. La justice peut fonctionner, et si/quand elle ne le fait pas ce n’est pas faute de voir afficher “Jean Dupont” en face d’un tweet sur Twitter.


#35

Nous ne devons pas avoir la même expérience. Des paroles comme ça il y en a toujours eu, de la part des forts à l’encontre des faibles, ou de la part de n’importe qui quand la personne concernée n’est pas présente. Il suffit d’aller dans un bar un soir de match.

Effectivement nous devons pas avoir la même expérience. Banaliser ce type de propos me met mal à l’aise.

Le préjugé que les gens seraient moins agressifs sous leur nom public n’est pas corroboré par les faits.

Merci pour ces études, je vais les consulter.
Mais déjà, la première me fait sourire :

Les chercheurs, qui soulignent que seuls 29,2 % des utilisateurs de la plateforme analysée choisissent de rester anonymes avant de publier leur commentaire, citent en exemple quelques-uns des commentaires les plus agressifs publiés à visage découvert : « Des thèses débiles, fausses, inhumaines et dégradantes, racistes, diffamatoires et moches comme celle de Sarrazin [un ancien homme politique allemand] n’ont pas leur place dans notre monde […] Sarrazin n’a rien à faire au Parti social-démocrate allemand et devrait plutôt tenter sa chance avec les nazis. »

Quelle agressivité effectivement, c’est décoiffant.
D’autant que Thilo Sarrazin vient justement d’être exclu du SPD pour ses propos haineux, racistes et anti-musulmans.

D’ailleurs Eric Zemmour court toujours les plateaux avec son nom.

Après le point Godwin, le point Zemmour.
Et qui te dit qu’il ne se modère pas en public ?

Si la justice a décidé après audition qu’il n’y avait pas lieu de condamner, qu’on trouve cette décision juste ou injuste, ça invalide pas mal la volonté de révéler l’identité de l’auteur, à moins que tu n’entendes que les concernés ne s’en servent pour se faire justice eux-même ?

Encore une fois, crois-tu sincèrement qu’un agrégé de littérature, probablement très charmant par ailleurs, aurait publié de telles horreurs s’il avait su que son identité aurait pu être révélée, ne serait-ce qu’à sa victime ?
Heureusement qu’il existe, enfin je l’espère, un fond de civilité qui nous interdit ce type de comportement, même si celui-ci n’est pas condamnable devant les tribunaux.

Je ne vois pas en quoi les éventuelles protections policières ont quoi que ce soit à voir ici. Ce ne sont pas l’identification de paroles sur des forums ou réseaux sociaux qui y changerait quoi que ce soit.

Je réagissais à tes propos sur les éditorialistes, journalistes, politiques rangés “quasi tous” dans la catégorie des “forts”.

Je voudrais par contre que porter une parole publique ne nécessite pas un acte de courage, justement (d’où la différence que je fais quand je dis “porter une parole publique” plutôt que “porter publiquement la parole”).

C’est déjà le cas avec le pseudonymat. Car je ne considère pas que tenir des propos enfreignant la loi (déjà citée) soit un acte de courage.