Point de vue sur l'université


#1

Bonjour,
À la lecture du CR de l’AG 2017, j’ai une interrogation sur l’absence de mention à l’université dans son ensemble.
À partir de la rentrée 2018, on va commencer à absorber les enfants du baby boom de l’an 2000.
Connaissant un peu l’université dans son fonctionnement interne, les choses ne vont pas s’améliorer. En gros le baby boom a duré jusqu’en 2011. Le document ne va que jusqu’à 2009, il faudra que je creuse pour retrouver ma source.

On se retrouve donc dans une situation assez explosive dans les années à venir. Du moins, si j’en crois ce qui se passe là, où je travaille.

Pour résumer très grossièrement. Depuis la LRU de 2008, les universités sont devenues autonomes. Ce qui se traduit par un changement de politique interne. Je pense que certains ont connus l’université avant, et bien que la situation était déjà préoccupante dans bon nombre d’endroits, elle était bien meilleure qu’aujourd’hui.

Je ne nie pas les efforts des personnels dans leur ensemble, bien au contraire, j’en fais partie. Néanmoins on est arrivé dans une situation frôlant le kafkaïen. Pour vous donner un ordre d’idée, quand dans l’article que je cite on annonce 40 000 heures de cours en moins, ce n’est pas parce qu’on a pas les moyens. Enfin pas que du moins.

Une des solutions mise en place dans les années précédentes pour permettre un accès d’un nombre toujours plus grand d’étudiants à l’université a été la mise en place de formation à distance.
Je n’ai pas encore fait d’analyse sérieuse des données, mais le postulat est que l’offre de formation à distance a bien profité à un certain public, mais que les taux de réussite sont moins élevés qu’en présentiel.

[1/2]


#2

Le soucis étant, qu’on a beau être virtuellement capable d’absorber le flux d’étudiants, ça se traduit pour ceux-ci par un enseignement de plus en plus au rabais. On voit donc se mettre en place des situations ubuesques (spoiler : on a perdu). Qui devienne la norme malheureusement.

Du coup, pour en revenir au sujet initial, j’étais surpris de trouver pour seule mention :

Le partage est déjà une pratique courante chez nombre d'enseignants mais elle doit être généralisée et centralisée. Si l'on considère que le fruit de leur travail relève du service public, nous pourrions demander la mise en place d'un portail mutualisant cours, exercices et corrigés, et ce au seul coût de l'outil et de sa maintenance. Un tel outil permettrait de mettre fin en France au gouffre économique des manuels scolaires, et autoriserait la multiplication des approches, de la part des enseignants comme des élèves ou des familles. Les usagers auraient ainsi la possibilité d'éditer des livres électroniques sur mesure et à moindre coût.

À mon sens, on passe à côté de pas mal d’enjeux qui vont concerner beaucoup de personnes très rapidement. Si on fait les maths avec les chiffres que j’ai donné, on en reviendra à la situation antérieur qu’en 2027/2029.

Des avis sur la question ?

[2/2] Désolé pour le découpage, pas possible de mettre trois liens dans un seul message.
(Désolé si j’ai crée le sujet au mauvais endroit, je ne suis pas encore rompu aux usages :slight_smile:)


#3

Cela peut être un vaste débat. Et j’irais en parti dans ton sens. Je suis par exemple un défenseur du télétravail (quand c’est possible), mais je dit aussi que ce n’est pas pour tout le monde. Les gens fonctionnant différemment, ils réussissent ou pas à travailler à distance, à couper leur vie professionnelle et personnelle chez eux. Ce n’est pas pour tout le monde. Et c’est le cas pour toute activité “à distance”, les clefs étant pour une bonne part l’autonomie et l’auto-évaluation. Pour réussir dans cette exercice, il faut être honnête avec soi-même, ne pas être complaisant, et c’est difficile. C’est là qu’effectivement le présentiel aide à donner ce regard extérieur moins “diplomatique” qui peut pointer facilement les lacunes cachées sous le tapis de sa propre “arrogance”. Exercice d’autant plus difficile que moins on en sait plus il est difficile de se juger honnetement (faudrait que je retrouve l’étude montrant que ceux qui ont compris se dévalorisent plus que ceux qui n’ont pas compris).

La proposition que tu cites ensuite est grandement tournée vers les collèges et lycées, mais peut-être appliqué aussi en université. Et si des chargés de TD ou prof râlent sur une perte de compléments de revenu, c’est qu’en fait ils ne sont pas assez payé pour le service qu’ils rendent (ou alors ils ont le revenu de base en compensation).

Mais on est bien d’accord qu’en aucun cas ça n’a de rapport avec ta question précédente sur l’enseignement à distance vs le présentiel ?

Autre “problèmes” aussi, tout le monde doit-il aller à l’université ? tout le monde a-t-il envie d’aller à l’université ? pourquoi les gens vont-ils aujourd’hui à l’université ? par envie ? par devoir ? par obligation pour trouver un travail ensuite ?

Je pense que ces questions font aussi partie du problème à résoudre.


#4

Le problème ici est plus la normalisation d’une méthodologie, celle qui consiste à limiter les interactions entre enseignants et étudiants. Cette méthodologie est mise en place, pour des raisons logiques, augmentation du nombre d’étudiants à mettre en parallèle d’une stagnation des budgets.

Mécaniquement, on se retrouve avec moins d’enseignants par élèves. En psycho sur Bordeaux, on est sur un ratio de 2700 étudiants pour 37 enseignants-chercheurs (je ne compte pas là, les BIATSS et assimilés, par contre ça compte les Dr, MC, PR et PRAG).
À l’inverse en mathématiques et interactions, on est sur 835 étudiants pour 27 enseignants-chercheurs.

Présenté juste comme ça, on serait tenté de croire que c’est la situation de l’UF psycho qui est délicate, alors que dans les faits, ce sont les maths qui vont subir le plus les dégradations dans un futur très proche.

J’ai pris un exemple, mais qui malheureusement est généralisable sur d’autres universités, et d’autres filiales

Quand je parle de l’université, je n’emploie pas la bonne terminologie. Je parlais là des études supérieures dans leur ensemble en fait.

Parce que la différence entre présentiel et à distance, est un peu plus délicate que la localisation géographique des interlocuteurs (élèves et profs).
On va prendre des chiffres farfelus (pas sourcés quoi), on part de 2000 étudiants en licence X qui existe uniquement en présentiel. On va passer à 2000+Y (dans la limite d’un quota de formation) une fois l’enseignement à distance mis en place. Et ce, sans augmenter en conséquences le nombre d’heures, mais à l’inverse en le diminuant.
C’est positif, car cela permet d’augmenter virtuellement les possibilités de formation pour les étudiants.

Sauf que si la formation en question est vidée de son contenu (la baisse du niveau moyen des élèves ce n’est pas qu’une légende urbaine, elle est en partie vraie), il n’y a pas d’intérêt pour l’étudiant à court terme. Et j’en vois peux pour la communauté à long terme.

Sur ce dernier point, je peux me tromper.


#5

filières, non ? l’autonomie des universités est déjà arrivée si loin ? #taquinerie

Là dessus, même si ce n’est pas spécifique à l’enseignement supérieur, on a des thématiques sur le droit à la formation et le partage du savoir.

Après je suis d’accord que ça ne répond pas sur le point précis que tu soulèves. Mais, et là je pose de vraies questions :

  • Quelle est le rôle des universités ET de l’enseignement supérieur dans le monde du travail ? Ce qui induit pour certain cursus le rapport entre la quantité / la qualité, à force égale.
  • Quel est le rôle du Parti Pirate ? Apporter des solutions court-termiste ou bien une vision plus large ?

Toujours est-il qu’on prône un accès plus facile au savoir, une meilleure qualité, des alternatives d’enseignement, ce qui à mon sens devrait aller dans la prise en compte du nombre insuffisant et des enseignants et des méthodes.


#6

Sur ce point, comme d’autre, idéalement, il faudrait être en mesure de proposer les deux. Une vision à long terme, parce que tes autres questions sont pertinentes. Mais j’ai pas encore trouvé assez de documentation sur les propositions du PP, pour voir l’ampleur du chantier.

Les méthodes sont suffisante dans le sens où, des solutions alternatives à la casse, sont proposées. Je vais rester dans ce que je connais pour expliquer. L’université est censé être une organisation démocratique, et, elle l’est sur le papier. Chaque organe ayant son instance représentative censée étudier les différentes possibilités. Dans les faits il faut y apporter de la nuance. Mais ces nuances ont été permises grâce à la LRU justement, qui a permis une concentration des pouvoirs décisionnaires dans les mains de moins en moins de personnes.

Mais là, je m’égare.


#7

Du coup avant de répondre à certains point je vais détailler pour moi ce que doit être / ne pas être l’université :

  • L’université doit avant tout être un lieu de partage et de création de connaissances
  • En conséquence elle n’a pas à être un lieu de formation professionnelle, on peut exercer certains métiers après nos études car les connaissances requises correspondent mais pas parce-que l’université se plie au monde du travail ( ce qui est de toute façon inutile au vu de la durée des études et l’évolution rapide du marché du travail )
  • L’université doit être ouverte à tous, et en conséquence les gens doivent pouvoir y entrer avec des niveaux complétement différents. ( donc soit on a individualisation des méthodes, soit tout est simplifié … je ne pense pas que cette deuxième solution soit la meilleure )

Pour l’enseignements à distance j’y suis également favorable quand ce n’est qu’une alternative proposée aux étudiants.

Une autre chose qui me gène ( outre les soucis déjà évoqué ) est le contrôle continue, quand je comprends la nécessité de s’évaluer tout au long du semestre, le soucis est le fait que cela compte pour les examens :

  • Absence d’anonymat
  • Problème pour les étudiant.e.s salarié.e.s dont l’adaptation du planning n’est pas toujours pris en compte ( même si pour moi tout le monde devrait pouvoir faire des études sans avoir besoin de travailler à coté c’est une situation qui existe et qui doit donc être prise en compte )
  • Difficulté pour les personnes en situation d’handicape, ou souvent malade sans être reconnu comme étant en situation de handicap, d’obtenir les aménagements nécessaires

#8

En conséquence elle n’a pas à être un lieu de formation professionnelle, on peut exercer certains métiers après nos études car les connaissances requises correspondent mais pas parce-que l’université se plie au monde du travail ( ce qui est de toute façon inutile au vu de la durée des études et l’évolution rapide du marché du travail )

Sur ce point, je tiens simplement à faire remarquer qu’une formation comme MIASH ou MIAGE qui sont conçues justement pour permettre une insertion rapide dans une activité pro, obtiennent de très bon résultats (~85% de taux d’emploi à 6 mois après l’obtention du diplôme(le chiffre en question date un peu, 2012)) .

L’objectif à l’université c’est de transmettre un pack de connaissances, mais aussi de réaliser un tri dans ce pack, pour ne donner que ce qui pourra être potentiellement utile. Pour ça justement qu’on apprend encore à coder en COBOL en 2017 … Pas parce que COBOL c’est génial.

L’université doit être ouverte à tous, et en conséquence les gens doivent pouvoir y entrer avec des niveaux complétement différents. ( donc soit on a individualisation des méthodes, soit tout est simplifié … je ne pense pas que cette deuxième solution soit la meilleure )

Tu as tout à fait raison, malheureusement j’ai tendance à observer la seconde méthode. On est pas encore arrivé au stade des examens sous forme de QCM, mais on en prend vraiment la route.

C’est un faux problème. Ton enseignant quand il corrige ta copie anonymisée, tu crois réellement qu’il n’a pas une petite idée de l’auteur de la copie ? Quand bien même il ne peut pas en être sur à 100%, il connait ses élèves. D’autant plus que dans l’optique ou l’étudiant se destine à la recherche, on ne peut pas envisager des publications d’articles de manière anonyme. Pour des raisons de pratique dans un premier temps.

C’est le rôle de service comme PHASE à Bordeaux. Je reconnais bien volontiers que c’est foireux, dans le sens où ça ne résout pas tout les problèmes. Mais cela permet au moins un minimum d’accompagnement pour les étudiants en situation de handicap (encore que, on parle là de handicap physique surtout).

Edit : typo


#9

En faite si. (Pas pour tous les examens, je précise).


#10

(Attention :Premier message depuis ma ré-adhésion/le nouveau forum :slight_smile:)

Je suis en cours de finalisation d’un mémoire de recherche en digital studies sur l’adaptation de l’université française aux nouveaux publics étudiants post révolution numérique et l’axe d’argumentation principale autour duquel je navigue est celui de la massification de l’enseignement supérieur.

Je suis ravi de voir ce sujet posté ici, j’ai en effet (et cela vient appuyer ce que disait @AmrasCalen) eu le plus grand mal à réaliser mes recherches tant l’information est diffuse et les travaux de compilation/organisation sur ce sujet précis sont … maigres (quasi inexistants ?) à tel point que je me demandais si mon sujet était même pertinent. Si, si peu de chercheurs souhaitent mettre en relation la régularisation de pratiques liées aux outils informatiques, l’augmentation de l’équipement notamment chez les étudiants avec le rôle et le fonctionnement de l’université et la réponse à l’enjeu de massification (qui va s’accentué comme le dit @AmrasCalen ) alors c’est peut être qu’une telle relation est farfelue… évidement après mes recherches j’ai plutôt tendance à penser que non.

Pour répondre à la question :

Je pense que l’université est effectivement un lieux de création et de partage de la connaissance, mais cette vision n’est complète que si elle est comprise avec l’idée de formation tout au long de la vie.

Dans notre société actuelle penser que l’on peut faire toute une vie avec exclusivement au mieux une formation initiale de 5 ans dans un domaine précis m’apparaît comme peu crédible. Surtout si l’on prône le “chômage pour tous” alors on sous-entend que chacun possède un droit à la formation/reconversion tout au long de sa vie.

Car en explorant l’adaptation de l’université à de nouveaux publics on comprend rapidement qu’il n’y a pas de solution palier qui tienne, le temps de mettre en place un plan adapté à une génération une autre l’a remplacée. Il faut donc soit beaucoup de stabilité (rigidité?) (celle mise en place par une démocratie représentative à laquelle aucun usagers ou presque ne prend part et dont les pouvoirs décisionnels, ont comme dit plus haut, étés concentrés par la LRU) soit un développement et un fonctionnement beaucoup plus fluide (plus de démocratie directe un momentum plus court pour le changement et donc une incitation quasi systémique au changement basée sur le besoin des acteurs)

On est selon moi très très loin de dé-corréler le diplôme et l’embauche. On en connaît déjà les dangers : la spéculation sur le diplôme. De part la très grande quantité de diplômés sortants de l’enseignement supérieur, les diplômes se dévaluent selon une liste de critères pas toujours si arbitraires que ça (la faute à l’idée d’une éducation pour hiérarchiser la société et constituer une élite bienveillante issue de l’école de Condorcet ?) plaçant à diplôme égal l’université comme fatale bonne dernière notamment derrière certaines formations privées.

Sur ce point j’ai un peu peur de voir l’université quitter ces formations professionnalisantes pour voir les rapaces se saisir de cet espace et enfermer l’université dans son rôle de centre de recherche.

Pour finir avec la liaison diplôme/embauche le gros du travail est sans doute du côté de l’embauche et de l’organisation de la distribution du travail (ok j’enfonce des portes ouvertes mais ça retirerait de la pression sur les diplômés et libérerait de la marge de manœuvre, il est difficile de réformer l’université si cela signifie mettre au chômage de facto une cohorte d’étudiants ça ne se fera pas on le sait).

Voilà je vais finir en disant que, oui je pense que le PP devrait voir l’université comme un chantier d’avenir déterminant c’est un Nexus de beaucoup de problématiques qui sont au cœur de l’idéologie pirate l’ouverture, le partage, l’émancipation (empowerment), la démocratie liquide etc… de plus comme me l’a justement rappelé Frédéric Taddei lors d’un entretien : si vous touchez l’université vous touchez toute une future génération de parents, de cadres, et de profs qui pourront rendre votre expérience systémique, car il n’y a pas d’évolution à la marge qui suffise. (pas de guillemets, c’est une très vilaine synthèse)