Parler de culture


#21

Je résume la situation actuelle :

  • Cas 1. 1.5M€ à diviser en deux. Soit 750k€ par héritier. L’Etat empoche 260k€, et chaque héritier 620k€.

  • Cas 2. 1M€ à diviser en deux et un don à une fondation de 500k€. L’Etat empoche 160k€, la fondation 500k€ et chaque héritier, 420k€.

Mais …

La donation à une fondation donne droit, au jour de l’acte notarié (donc avant le décès) à une réduction de l’ISF à 75% (avec 1.5M€, le donateur est soumis à l’ISF… sauf si sur ces 1.5M, il possède des objets d’art dans un coffre pour une valeur de 700k€, auquel cas il sera sous le seuil de l’ISF). De ce fait, on peut imaginer un manque à gagner sur l’ISF relativement important car l’ISF payée pour un patrimoine de 1.5M€ doit être autour de 10k€ par an.

Ta proposition :

  • Cas 3. 1M€ à diviser en deux et un don à une fondation de 500k€. L’Etat empoche 140k€, la fondation 500k€ et chaque héritier, 430k€. Les libéralités sur les donations aux fondations continuent à s’appliquer sur les versements d’ISF.

Bref, à part proposer de réduire de 20k€ les taxes sur les héritages, je ne vois pas bien ni ce qu’y gagne l’Etat, ni ce qu’y gagnent les héritiers. Quant aux fondations, elles disposent déjà d’un arsenal fiscal favorable et ce ne sont pas elles qui manquent d’argent pour financer les projets culturels. Au contraire, dans tous les projets que j’ai pu voir, c’est toujours le privé et particulièrement les fondations d’entreprises qui financent le plus. Ce n’est pas vraiment pour autant “libéral” car seuls les plus riches peuvent le faire. Le financement d’un particulier lambda n’existe pas assez ce qui ne favorise pas un art indépendant des institutions, les impots servent parfois à financer mais seulement s’il y a aussi du privé qui finance. Le “privé” en question, c’est une poignée de personnes en France qui possèdent aussi les fabriques de guerre, les médias, les divertissements… Alors heureusement qu’ils sont là ces derniers car heureusement ce sont des gens éduqués et s’ils sont un peu malhonnête, ils n’en restent pas moins l’élite élitiste : on a donc droit à de l’art institutionnel de qualité.

Cependant on parlait plutôt de rendre l’art un peu moins dépendant des institutions et donc arriver à sortir du financement privé. Aujourd’hui tout est détenu par ceux qui ont les moyens. Il faut qu’on sorte de ce système car dès qu’on propose une réforme fiscale, on se fait taper dessus par des gens comme toi, @Aurifex, qui disent que si on s’en prend à l’argent de ceux qui en ont le moins besoin, on va mettre par terre tout notre système fiscal. Commençons par ne plus dépendre d’eux donc. Ne créons pas de nouveaux biais dans la fiscalité et dégraissons la machine à défiscalisations.

Par contre, arrangeons-nous pour que même les pauvres puissent soutenir des artistes. Que les artistes aient un système social qui ne dépendent pas de la générosité mais d’une simple mutuelle collectivisé entre les hauts revenus et les bas. Entre les moment fastes et ceux qui le sont moins. Entre la fin de vie où les droits d’auteurs se sont accumulés et le début de vie où les droits d’auteurs sont maigres. Bref, on le fait pour les ouvrier en leur demandant de cotiser solidairement, on peut aussi créer un mécanisme de ce type là pour les artistes (et on en reparlera aussi distinctement mais j’y suis aussi favorable -sous une autre forme- pour les autres indépendants avec la suppression du RSI).

Quand même, j’ai rien proposé de révolutionnaire :

  • Création d’un statut d’intermittent (à discuter dans les détails mais qui s’en approche avec une solidarité sur les droits d’auteur par exemple, et une cotisation forfaitaire)
  • Des lieux d’art nationaux à accès gratuit car acheté par l’Etat pour qu’ils soient visités. Cette propositions fait parti des communs ! Par contre insister sur les dons (notamment par rapport aux touristes).
  • Faire payer les expos temporaires plus largement qu’aujourd’hui, moyen de faire rentrer de l’argent pour les plus intéressés tout en suscitant la curiosité par la gratuité du socle de culture qu’on a jugé suffisamment important pour le mettre en expo permanente. (l’expo permanente coute moins cher aussi).
  • Créer un pass culture. Soit gratuit (à tous les citoyens), soit payant mais à envisager comme une licence globale qui permette une sorte de micro don culture. L’accès via ce pass revient moins cher ou peut-être gratuit. Les lieux conventionnés négocient avec l’Etat ou les collectivités d’une subvention pondérée par le nombre de visites (et donc financé grace au pass). Il est parfaitement envisageable d’élargir ce pass aux achats de livres. A voir s’il faut inclure les spectacles vivants et le divertissement type cinéma (je pense qu’il faudra fixer une limite mais je ne sais pas exactement où, à discuter).
  • Retravailler le “1% artistique” : le généraliser un peu plus. On peut penser à des allégements de charge, pourquoi pas. On peut penser aux droits d’auteurs à alléger dans ce cadre. Bref, à voir ce qu’on y mets mais juste faire en sorte que ce “1%” ne soit pas une sculpture sur un rond point sans autre réflexion. Bref, ce levier du 1% est un truc qui marche bien, il faut juste le retravailler un peu.
  • Limiter la defisc (j’ai dis “limiter”). Et particulièrement vis à vis de l’ISF et à la spéculation qui y est lié. A la base, ces defisc sont là pour favoriser l’acquisition d’oeuvres et éviter la fuite des oeuvres à l’étranger. On peut continuer à viser les mêmes objectifs mais sans que l’art devienne aussi débilitant que le pétrodollar. On ne devrait pas faire de spéculation avec l’art. En tous cas, pas juste pour sa valeur pécuniaire. Et limiter, ce n’est pas bolchévique : c’est juste redonner des sous à l’Etat pour qu’il ait la possibilité de faire des choses. On maintient certaines aides et on ne supprime pas tout d’un coup.
  • Dans le discours, arrêter avec ce que dit très bien Cédric en critiquant Dada et avec un ton assez condescendant sur l’art en général. Bon Cédric, c’est particulier mais même des personnes assez respectables jouent avec l’art comme si c’était impossible à comprendre et qu’aimer l’art devait être un délice de pédants. Bref, ça se joue aussi dans la manière où on forme nos discours pour ne pas mettre la Joconde avec “ça c’est de l’art” et une affiche militante dada avec “ça c’est de la merde”. Et je dis Dada mais ça peut-être n’importe quoi. Idem pour la Joconde. Y a des choses qui sont reconnues institutionnellement, souvent il y a des raisons objectives et c’est important de les enseigner. Cependant tout ça n’a de la valeur que si on peut s’autoriser à regarder quelque chose et se dire si on aime ou pas. Si on est touché ou non. Et pourquoi. Comme je le disais en introduction l’art en dit énormément sur notre époque, sur les révolutions actuelles et futures, on doit donc être en capacité de juger, et pas toujours avec complaisance. Pour ça, faut s’autoriser à penser par soi même.