L'économiste Keynes


#1

Bonjour
A propos de l’économiste John Maynard Keynes
Quel est votre avis?
Merci
Bonne journée


#2

Quel aspect de sa pensée ? Macro économie, micro économie, “neutralité” de la monnaie, productivisme ? Le jugement différera largement en fonction de l’aspect abordé…


#3

Bonjour
C’est au niveau de ces plans de relance,par la demande(hausse de salaires,pour que la population consomme,au lieu d’épargner et la dépense publique,pour investir dans des projets d’infrastructures"hôpital,crèche,services publics,etc"),avec les coefficients multiplicateurs,l’inflation au niveau de la planche à billet
Merci


#4

Coefficient multiplicateur : il existe.

Risque d’inflation : limité si l’activité suit, comme dans la MMT.

Souhaitable ? Tout dépend de l’activité dans laquelle l’État investit. Dans les années 70 il n’était déjà plus souhaitable d’investir dans les industries dépendantes des énergies fossiles. L’outil économique n’est qu’un… outil. Keynes lui-même imaginait dans l’idéal qu’un économiste ne devrait pas avoir plus de prestige qu’un plombier.

Des alternatives existent-elles niveau création monétaire ? Oui. Voir monnaie libre G1.


#5

C’est mon humble avis personnel à moi, mais je crois qu’une politique keynésienne n’est plus vraiment applicable, en raison de l’internationalisation et de la financiarisation de l’économie. Par exemple, si on lance une politique d’augmentation des salaires en France, ça stimulera la consommation (de produits essentiellement chinois), et ça boostera l’inflation. Une politique d’investissements plombera la dette, dégradant la crédibilité de la France qui est déjà bien endettée, sans pour autant favoriser la production locale (autant produire là où c’est plus compétitif, c’est-à-dire là où il y a des salaires plus bas et moins de droits sociaux).

D’ailleurs, il est franchement discutable que le keynésianisme ait réellement marché, même durant les années 30 : ce qui a permis la croissance d’après guerre, c’est justement les destructions de capitaux que la guerre a provoqué et le plan Marshall. Le New Deal a permis une bouffée d’air momentanée, au mieux. C’est l’économie de l’armement qui a ensuite pris le relais.


#6

Un keynésianisme contemporain impliquerait une réglementation au niveau des douanes sur certains produits criblés de désavantages compétitifs, chose qui s’est toujours pratiquée jusqu’à la fin des années 80, depuis laquelle on vit dans une exception historique. Mitterrand s’était pris les pieds dans le plat pour ne pas avoir dévalué le franc et avoir ainsi subventionné l’importation. Ce qui précipitera le tournant de la rigueur. Ici, à première vue, pas de difficultés qui vont au-delà de la volonté politique. Les difficultés réelles sont ailleurs.

Le Pacte de Croissance et de Stabilité déjà expose à des sanctions ce genre de velléité politique. À moins de faire du chantage type plan B mélenchonien (“on pèse tellement sur le budget européen, vous voudriez pas vous passer de nous, laissez-nous donc désobéir”), mais c’est le meilleur moyen de se faire dix fois plus niquer qu’attendu en énervant bien les partenaires d’hier. L’UE actuelle aime être sommative pour ne pas que ceux qui l’emmerdent fassent des émules. Un mélenchoniste répondrait qu’on peut nouer d’autres alliances diminuant l’impact de ces représailles, mais (a) ça prend du temps et (b) ce genre de manœuvre tend à être rapidement repérée. Bref, une position type LFI est très naïve.

De fait, l’UE n’étant pas une ZMO et les rapports de salaires allant de 6:1 dans la zone euro, une politique keynésienne y semble périlleuse. Aucun rééquilibrage n’étant possible par les taux de change.

D’autre part, le keynésianisme est un concept insaturé qui peut se dévoyer en un productivisme aux antipodes d’une politique écologique, et il convient donc d’être très prudent sur la finalité de la politique monétaire.

Pourtant, c’est bien de leviers monétaires dont nous avons besoin pour ne plus dépendre d’investisseurs privés, les gouvernants actuels étant jugulés par les taux d’intérêt de la dette c’est-à-dire in fine par les agences de notation. Satisfaire les agences de notation impliquant bien souvent d’énerver les électeurs…


#7

C’est une vraie demande d’éclaircissement : le plan Marshall n’est-il pas fondamentalement une forme de keynésianisme direct ? En effet : une politique keynésienne peut être déplafonnée grâce à des politiques monétaires mais peut se faire sans, qu’elle soit indirecte (pouvoir d’achat) ou directe (activité) ; au sens large il signifie simplement d’une distribution sans contrepartie, escomptant seulement à moyen terme une hausse des recettes fiscales.

Par ailleurs j’ai du mal à comprendre ce que vous entendez par “destruction de capitaux de guerre” : qu’est-ce que ça veut dire ? :slight_smile:


#8

Je dirais que c’est pire car c’est en fait démagogique. Mélenchon, qui, au passage, s’est battu durant se jeunesse trotskiste à l’OCI contre les idées protectionnistes et nationalistes qu’il défend aujourd’hui, a bien retourné sa veste. Les militants de base sont peut-être naïfs, mais Mélenchon qui sait ce qu’il fait est un démagogue.

Quant au plan Marshall, je crois que ce n’est pas vraiment les rentrées fiscales qui étaient visées : il s’agissait d’abord d’arracher à l’influence soviétique les pays de l’Europe de l’Ouest, et d’avoir du monde avec qui commercer ensuite. Parce que si l’Europe en était resté à l’état de la Bosnie aujourd’hui, ça aurait été coton pour trouver des clients. Les politiques menées au Japon et en Corée du Sud sont similaires : aides massives, ouverture du marché américain tout en permettant aux capitalistes du coin de protéger leur marché, quitte à faire émerger des concurrents à terme etc. Est-ce vraiment keynésien ? Je ne le crois pas, de par les objectifs (pas seulement économiques) visés, des retours espérés et du fait qu’il ne s’agisse pas seulement d’une économie nationale ; mais je peux me tromper.

Enfin, la destruction des capitaux par la guerre est cruciale pour faire repartir l’économie : qui dit capitalisme dit accumulation du capital. Or le profit ne provient, au bout du compte, que du travail humain. Le taux de profit a donc tendance à baisser (le capital s’accumule, les salaires, beaucoup moins). Donc le capital trouve de moins en moins de secteurs où s’investir tout en ayant un retour sur investissement correct. D’où la financiarisation, les rachats d’actions (qui seraient débiles à faire s’il était possible d’investir dans la production) et surtout, une incapacité à améliorer la condition des classes moyennes. Si une petite guerre défonce une partie significative du capital existant, le taux de profit remonte pendant un temps. D’où les Trente Glorieuses.


#9

Très éclairant et très intéressant, je ne trouve rien à redire :slight_smile: merci beaucoup d’avoir pris le temps de répondre.