Débats 2021-11 : Programme ESR science ouverte : frais de traitement des articles scientifiques

Exposé des motifs

Cette motion est proposée par l’équipage ESR suite à nos travaux sur la science ouverte. L’idée est de rendre obligatoire les pratiques de la science ouverte par tous les acteurs publics ou privés de la recherche française financée directement (subventions, projets de l’Agence Nationale pour la Recherche, etc) ou indirectement (Crédit Impôt Recherche) par des fonds publics. Cette motion a été votée en interne, les résultats sont disponibles ici : https://discourse.partipirate.org/t/cr-equipage-esr-vote-des-propositions-au-programme-esr-du-25-10-2021/27169

Certains journaux détenus par des éditeurs scientifiques réclament aux auteurs des frais de traitement des articles, à savoir des frais de publication. Ceci concerne notamment la publication en gold open access payant (car il existe aussi une forme gratuite), où les articles ainsi publiés sont gratuitement accessible à tous lecteurs. En revanche, les éditeurs réclament aux auteurs des frais allant généralement de 1000 à 2000 dollars américains par article. D’autres journaux réclament également des frais de traitement, certes moins élevés, mais tout en faisant payer l’accès de leurs articles aux lecteurs.

Dans tous les cas, il s’agit d’argent public qui ne sert pas directement à la recherche et se retrouve dans les caisses d’éditeurs scientifiques, alors qu’il existe aujourd’hui des moyens de publier des travaux de recherche sans aucune dépense, dans tous les domaines de recherche.

Un des freins à l’utilisation d’alternatives gratuites est que certains journaux appliquant des frais de traitement sont établis et reconnus depuis longtemps dans certains domaines. Ils jouissent d’un certain rayonnement qui crédite du prestige aux articles qu’ils publient ainsi qu’aux auteurs de ces articles. Les habitudes de publication de certains domaines de recherche ne changeront sans doute pas sans une volonté politique forte.

Contenu de la proposition

Ajouter le point suivant au programme du Parti Pirate :

Interdire l’utilisation de fonds publics pour le paiement de frais de traitement des articles, à savoir les frais de publication des journaux.


Lien vers Congressus : Congressus : Session Novembre 2021 - Assemblée Permanente - Programme ESR science ouverte : frais de traitement des articles scientifiques

    Rapporteur : @Flo

Donc les laboratoires financés (tout ou en parti) par le privé, ou les recherches financées (tout ou en parti) par le privé pourront toujours publier dans les plus grandes revues mais pas les labo/recherches 100% publiques ? Est-ce qu’il y a déjà des pays qui ont essayé cela ? Quelles ont été les conséquences sur leurs labo ?

Je suis d’accord sur le problème, mais je ne suis pas sûr que la solution soit la bonne. Est-ce qu’il ne faudrait pas simplement dépénaliser le piratage dans un premier temps dans le droit français, avant de s’attaquer à ces éditeurs internationaux ? sur lesquels il faudrait une action à mon avis au moins européenne ?

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Est-ce que cette proposition a pris en compte l’existence de ce point :

?

Il y a plusieurs éléments de réponse à cela. Déjà, c’est quoi « les plus grandes revues », si ce n’est que la construction artificielle d’une réputation bien souvent plus basée sur l’ancienneté qu’autres choses. On sait que les « meilleurs » journaux et conférences n’ont pas forcément une meilleure procédure de sélection que d’autres journaux et conférences respectables. Au contraire, les soumissions y sont parfois tellement nombreuses que les biais et les relectures trop rapides y sont plus fréquentes.

Ensuite, je ne connais pas beaucoup de labo 100% privé qui publient dans des grandes revues scientifiques, à part les labo d’IA des GAFAM, mais l’informatique est un domaine heureusement grandement épargné par cette pratique de frais de publication. Maintenant, je ne connais pas bien les pratiques de tous les domaines : par exemple, je doute que les labos de pharma produisent beaucoup de résultats publiables dans des revues de bon niveau, mais je peux me tromper.

À ma connaissance, aucun pays n’a légiféré sur l’utilisation d’argent public pour payer les frais de publication scientifique. Mais il faut comprendre que cela ne va pas arrêter la science : de bons résultats restent bons même s’ils sont publiés dans un journal qui n’a pas une grande réputation. Si l’interdiction d’utiliser les fonds publics pour payer les frais de publication est nationale, la seule chose qui pourrait éventuellement être impacté est le recrutement de chercheurs de France vers l’étranger.

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Toutes les propositions de points de programme de l’@EquipageESR ce mois-ci prennent en compte les points de programme déjà existants.

Si c’est au paragraphe

Les résultats scientifiques financés par les contribuables doivent être publiés dans des revues spécialisées à libre accès. Le statu quo des éditeurs commerciaux qui s’approprient des œuvres créées par des institutions publiques doit prendre fin et les résultats doivent être accessibles à tous.

que tu fais allusion, ce paragraphe ne va pas assez loin : un moyen lucratif qu’ont trouvé les éditeurs pour surfer sur la vague de l’open science en se donnant bonne conscience, est de faire payer non pas aux lecteurs mais aux auteurs, avec un ticket d’entrée de 1000, 2000, 3000 dollars pour chaque article.

L’objet de cette proposition ne concerne pas l’accès libre aux articles scientifiques (c’est un des 5 autres points), mais uniquement d’empêcher d’utiliser l’argent public pour engraisser les maisons d’édition scientifique alors qu’il existe aujourd’hui des alternatives gratuites.

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Tu remets en cause le fait qu’actuellement des revues proposent du contenu de plus grande qualité que d’autres ?
Les plus grandes revues, c’est pour moi les 2-3 revues d’une discipline qui sont connues pour présenter des papiers avec des méthodologies irréprochables, fondées sur des théories pas trop bancales, avec des reviewers qui sont des experts dans leurs domaines, bref de la bonne science. Je ne vois pas ce qu’il y a de choquant à dire qu’il y a des revues plus importantes que d’autres, avec des exigences différentes.

Je ne vois pas en quoi c’est un contre argument à ce que j’ai énoncé.

A ma connaissance, le processus de reviewing fait parti de ceux qui améliore le contenu de ce qui est publié.
Là encore, je ne dis pas qu’il n’y a pas de dérive, ni que c’est parfait, m’enfin le tableau peint me semble exagéré, dans le sens, où moi je lis « tout ça c’est de le merde, coupons les vivres à toutes ses revues, et puis on verra bien ce qui se passe ».

J’attends d’une motion pas seulement d’interdire un truc, mais de proposer des solutions des alternatives ou au moins d’expliquer comment ça peut régler le problème. Là j’ai plus l’impression d’un vœux pieux.

Par exemple, est-ce qu’il ne faut pas financer une sorte d’institution indépendante qui organise par discipline, des revues, qui paye des reviewers de qualité, pour que, en parallèle du système actuel pourri il y ai une solution viable ?

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Non, je remets en cause la différence entre une revue respectable, qui applique une procédure de sélection aussi rigoureuse que les autres, par relecture des pairs, et une revue de prestige, qui fait exactement les mêmes choses, mais qui jouit d’un nom reconnu. Les articles publiés dans ces grandes revues ne sont pas forcément meilleures. Je ne parle pas ici de la différence entre bonne revue et revue prédatrice, à savoir avec une procédure de sélection très légère et dont le seul but est de se faire de l’argent via les frais de publication.

Tiens d’ailleurs, je n’y avais pas pensé (car soumettre son papier dans une revue prédatrice n’est pas quelque chose qui me vienne à l’esprit), mais interdire l’utilisation de fond public pour payer des frais de publication empêchera automatiquement la publication d’articles scientifiques français dans des revues prédatrices. C’est donc un gain en qualité, car ce qui sera publié le sera forcément à travers une revue respectable.

De plus, même si cela se voit moins avec les journaux qu’avec les conférences de renom, la procédure de sélection peut aussi être en surchauffe, avec une variance plus élevée en termes de qualité d’articles acceptés que pour de bonnes conférences qui ne sont pas considérée comme étant les 2~3 meilleures de leur domaine.

Oui c’est vrai, je suis allé un peu vite en parlant de labo 100% privé. Tu mentionnais bien les labos partiellement privés et les labo publics partiellement financés par le privé.

Je ne connais pas de labos partiellement privés. Ça existe peut-être mais ça ne doit pas être légion. J’ai pensé au CEA, mais c’est un labo complètement public, dont les employés ne sont pas fonctionnaires mais sont sous droit privé. L’établissement n’en ai pas moins public. Si tu as des exemples de labo partiellement privés, je suis preneur.

Les labo publics financés en partie par le privé seront sans doute plus nombreux. Donc oui, eux pourront utiliser leur fond privé pour payer les frais d’inscription. Est-ce que cela privilégiera le prestige des chercheurs et des labos ? Un peu, à l’international. Est-ce que cela rendra meilleure leur recherche, et la science dans leur domaine ? Absolument pas.

Je pense que tu as mal interprété ce que j’appelle un journal qui n’a pas une grande réputation. Il n’y a pas 2 catégories, les journaux prestigieux et les journaux poubelles. Il y en a une troisième : les journaux respectables qui font les choses tout aussi bien que les journaux prestigieux (et pour les conférences, parfois même mieux), mais dont le nom n’a pas la même aura. C’est de ces journaux-là dont je parlais.

Ce qui se passera, c’est que la recherche financée par de l’argent public devra se faire publier ailleurs, dans de bons journaux mais qui ne seront peut-être pas les noms plus prestigieux. Ce n’est qu’une habitude à changer.

Il existe de bons journaux sans frais de publication dans de nombreux domaines, si ce n’est pas tous. Certains d’entre eux sont même open access, donc laissant leurs articles en libre accès. Ils sont donc gratuits pour les lecteurs ET gratuit pour les auteurs. Mieux, certains d’entre jouissent d’une excellente réputation ! C’est le cas du Journal of Machine Learning Research et du Journal of Artificial Intelligence Research, pour ceux que je connaisse le mieux.

Les solutions alternatives existent déjà, justement. Cette interdiction n’est pas un blocage bête et méchant du genre « vous n’avez plus le droit de publier ici, maintenant débrouillez-vous ». Il s’agit de dire « maintenant, il faut publier dans des journaux qui ne font rien payer aux auteurs ».

Le monde de la publication scientifique a pris un virage étrange il y a longtemps, celui de faire payer ses auteurs pour être publié. C’est devenu depuis une norme dans certain domaine, sans que l’on se pose plus la question. Pourtant, je ne connais pas d’autres milieux où les auteurs doivent payer pour voir leur production être publié (et sans aucun retour financier derrière). Cette proposition vise à mettre un terme à cette pratique, et à forcer certains domaines (c’est par exemple à toi que je pense, Biologie) à se tourner vers des alternatives tout aussi bon scientifiquement, et gratuit pour leurs auteurs.

Comme je l’ai écrit plus haut, les alternatives existent déjà. Pas la peine de créer une institution indépendante (qui devrait être internationale en plus, donc bien au-delà d’un programme national) : des journaux respectables et sans frais de publications existent et sont bien administrés. La plupart d’entre eux ne font pas payer les auteurs mais les lecteurs. Cette proposition se complète donc avec la proposition de déposer systématiquement une version libre de droit dans une archive ouverte, ainsi que celle proposant un mécanisme pour que les auteurs ne cède plus leur droit d’auteur aux éditeurs.

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J’attendais des exemples justement. Est-ce qu’on pourrait avoir des infos d’autres domaines ? (appel à participation)
En psycho à ma connaissance, si c’est en open access pour les lecteurs, c’est encore + payant pour les auteurs. Et je ne connais aucun journal d’importance qui ne fasse pas payer de frais de publication.

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Voici une liste, sans doute incomplète et pas forcément à jour, des journaux open access sans frais de publication : Eigenfactor: Index of Open Access Author Fees.
Les domaines sont assez divers et les journaux mentionnés en premiers sont ceux avec une meilleure métrique d’impact (quoi que cette métrique veuille dire). Les numéros 24 et 29 sont en psychologie.

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Les 5 motions de programme ESR ont été remplacé par l’équipage ESR une motion unique.
Suite du débat sur ce fil : Débats 2021-11 : Amendement du point du programme "Science"

alexscott pour le secrétariat